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Les saisons du saumon

C’est un mouvement qui naît des grandes villes et va aux montagnes.
Été, hiver, les saumons remontent. « Retour à la montagne ! » dit l’un d’eux. « Frison-Roche, 1957 » précise-t-il, soucieux qu’on ait mal saisi la sincérité de son amour.
Ils disent qu’ils retournent, à la montagne car ils sont un peu de là.
Une arrière grande tante du côté du cousin de mon épouse avait une masure dans le coin et nous venons en vacances ici depuis toujours ; c’est dire comme les racines vont profond. Ils savent toutefois que pour être vraiment de là, il leur faudra quatre générations au cimetière ou cinq selon qui leur a raconté la blague en dernier. Il n’empêche, tellement ils sont du pays, leur voiture grise arbore un autocollant 73 ou 74, drapeau savoyard en fond pour les plus convaincus. « Je paye la taxe foncière ici, j’y ai droit ! » précise un saumon rigolo dont la plus enjouée des fiertés est d’accéder librement à la déchetterie. Paradoxe du tout-venant que d’y éprouver le sentiment d’un privilège.
Quand ils remontent à la source, les saumons de la ville sont très heureux, ils gigotent de l’arrière. Ici, terre nourricière, ils sont chez eux. Le jour d’arrivée, c’est habituel, on va boire le café au bistrot de la place, un p’tit blanc parfois, soyons fous. Ils mettent une tenue type sport, la vareuse ce sera pour Ré et ils achètent le Daubé qu’ils enroulent dans Le Monde. Ils allongent les

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