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Le pourquoi du comment

Tu n’as pas tout compris. Personne n’a tout compris. D’un côté, tu veux croire le Premier Ministre, qui te promet la liberté après le 11 mai si tu tiens à carreau. Tu veux écouter le Ministère des Sports, qui après cafouillage sur la valeur qu’aurait le sport, indique le 28 avril qu’ « il sera possible de pratiquer une activité sportive individuelle en plein air à partir du 11 mai en respectant les règles de distanciation physiques » (1), une déclaration urbi et orbi toutefois nuancée par un « dans les espaces ouverts autorisés ». Ainsi tu apprends que les Préfets ont décidé à leur guise : en Isère, le Préfet, représentant de l’État, a signé le 2 avril la prorogation d’un arrêté signé le 20 mars « portant interdiction des rassemblements dans les parcs et jardins publics, et de la pratique des activités de montagne, jusqu’à la fin de l’état d’urgence sanitaire. » (2) Ce qui est interdit, hum, n’est pas autorisé, non ?

En Suisse, les refuges du Club Alpin Suisse sont accessibles à partir du 11 mai.

Précision : la loi d’urgence sanitaire est pour l’instant en vigueur jusqu’au 24 juillet. Tu as dû mal lire un truc quelque part. Tu as fébrilement constaté que les 100 kilomètres promis te permettait le bivouac de rêve lors duquel tu réduiras la distance qui te sépare de ton/ta confiné(e). Le bivouac sur le parking, tu n’y songeais pas. La loi d’urgence sanitaire est un couvercle sous lequel les libertés individuelles sont étouffées. Tu te demandes comment il est finalement possible que le pays des Droits de l’Homme, celui de la Révolution de 1789, celui de Voltaire et celui de la Boétie*, se soit complètement soumis à cette loi. Celle qui fait d’hommes libres des moutons. Celle qui a habillé des secouristes en garde-chiourme. Les règles nous envahissent à une allure bien plus rapide que le virus ne s’est propagé.

Tu te dis, parcourir l’Alpe est-il si risqué pour les poumons ? Visiblement pas versant suisse : certains refuges du Club Alpin Suisse seront autorisés à accueillir sur réservation à partir du 11 mai (3). De même pour les courses en montagne, qui n’ont jamais été interdites « à condition qu’elles ne rassemblent pas plus de cinq personnes ». Idem en Autriche, où les courses en montagne sont elles autorisées depuis le début du déconfinement, mi-avril. Enfin, le Club Alpin Suisse fait appel au sens des responsabilités des adeptes de sports en montagne pour ne pas prendre de risques inconsidérés.

Haute-Maurienne, mai 2019. ©JC

En France, avec un sens du timing remarquable, la FFME a choisi la semaine dernière de communiquer sur son désengagement des falaises, faisant peser le risque d’une possible interdiction de la pratique dans certains sites. La FFCAM qui travaille à l’ouverture des refuges communiquait encore récemment sur ceux-ci sur les réseaux sociaux : si tu cherches un ermitage, tu peux postuler pour garder le refuge de l’Étendard, un super spot pour un refuge sans randonneur.

Mais de la liberté de pratique, point. Ni l’une ni l’autre des fédération n’a pour le moment émis une quelconque protestation devant la vague d’interdiction, défendu les grands principes de liberté qui sont écrits, d’ailleurs, dans notre constitution (4). Alors oui, les fédérations travaillent dans l’ombre (5 et 9), nous laisse-t-on entendre, la FFME avec le Syndicat Interprofessionnel de la Montagne, comme par ailleurs et séparément le SNGM avec la Coordination Montagne – ressuscitée – pour organiser la reprise des professionnels, guides et moniteurs. Voilà qui est bel et bon : les pros du canyon qui cousent des masques néoprène (sic), pendant que la FUB (fédération des usagers de la bicyclette) fait plier le Conseil d’État et fait sauter l’interdiction inique de la pratique du vélo de loisir (dans la zone 1km) pour tous (6).

Qu’ont fait les fédérations de la montagne pour que l’on autorise, pleinement, dès le 11 mai, la pratique des activités montagne ?

Qu’ont dit les fédérations délégataires aux pratiquants de la montagne, grimpeurs, randonneurs, alpinistes ? Qu’ont-elles fait pour que l’on autorise, pleinement, dès le 11 mai, la pratique des activités montagne « dans le respect des gestes barrières »? Chacun devrait cesser de se poser la question du comment pendant cinq minutes et se poser la question du pourquoi. Faut-il aller jusqu’à Ouessant pour entendre la décence commune chère à Orwell, Ouessant dont le maire, Denis Palluel, dit (7) qu’il ne compte « pas emmerder les gens » en faisant appliquer sur sa commune l’interdiction d’accès aux plages après le 11 mai ? Ledit maire n’a jamais vu, même en été, s’entasser les serviettes sur les plages de sa commune, du moins pas plus que dans la vallée Blanche, hein. Mais il est vrai qu’en autre info paradoxale, ou au contraire révélatrice des priorités, la Compagnie du Mont Blanc annonce la réouverture pour le 15 mai du Montenvers ou du téléphérique de l’Aiguille du Midi (8). Avec barbelés pour éviter que les méchants alpinistes ne passent par-dessus les rambardes ?

Notes et liens 

1. Document ici.

2. Prorogation de l’arrêté page 63 de ce document.

3. Infos détaillées sur le site du CAS et relayées par le Nouvelliste et 24heures.ch

4. La liberté d’aller et venir, composante de la liberté personnelle protégée par les articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, constitue une liberté fondamentale au sens de l’article L. 521-2 du Code de justice administrative.

5. Sauf par twitter interposé, où la FFME a questionné @Sports_gouv le 30/04, obtenant une réponse si courte (twitter oblige) que la réponse positive du ministère à la question de la pratique de l’escalade s’en trouve biaisée, puisque le ministère aurait répondu à l’attention des sportifs compétiteurs uniquement. 

6. Conseil d’Etat saisi le 30 avril, a donné raison à la FUB comme expliqué ici.

7. Info relatée par France Bleu.

8. Info relayée entre autres par France 3.

9. Mise à jour de l’article le 4 mai à 14h34. La FFME a publié, ce lundi à 13h30 sur sa page facebook, et sur son site web, ce communiqué à propos des modalités de reprise des activités fédérales. Un communiqué qui pour l’instant ne précise que ceci :

« La pratique de nos activités en extérieur, et notamment de l’escalade en sites naturels (SNE), répond aux critères posés pour le déconfinement à partir du 11 mai. Elle devra se faire dans le respect strict de mesures de précautions que nous sommes en train d’édicter en collaboration avec le Ministère des sports. »

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