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Le malheur des autres

Quand une sensation bizarre vient frapper deux fois à votre tête dans une même semaine, c’est qu’elle a une réalité à vous dire.
La première giffle a eu lieu à Autrans, à la sortie d’un film sur la détresse des « migrants » dans la vallée de la Roya, un sujet, si ce n’est brûlant d’actualité, dont les cendres ne sont pas prêtes de s’éteindre. Un type d’allure presque sympathique est sorti de la salle en disant qu’il y en avait assez. Encore un sujet sur les réfugiés, marre de ça et ça commence à bien faire. Sans doute s’attendait-il à un film sur les petites fleurs. Ne jamais se fier à une sympathie de façade. Rien n’est réglé dans la Roya ou ailleurs mais apparemment, il ne faut plus en parler car on le sait désormais. Pour certains, savoir peut suffire. Je lui suggère qu’on en a encore le droit, alerter sur la détresse des autres, presque le devoir, tant qu’elle est un fait mais dans l’esprit gelé de ce monsieur, non, la répétition dit l’habitude et l’habitude autorise l’oubli. Il sentait même le soupçon son regard de spectateur saturé d’aisance ; aujourd’hui si l’on témoigne du malheur, on est soit un commercial du bon sentiment soit un rabat-joie empêchant Noël de tourner en rond soit un démago en équilibre de conscience. Se faire vigie touchée, inquiète et nauséeuse d’impuissance n’est plus une hypothèse, d’ailleurs si j’écris sur le sujet, c’est nécessairement par calcul. C’est ainsi, le malheur

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