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L’autre cime

Nous avons tous, un jour, maudit une antécime.
Même les plus aimants d’entre nous, même ceux qui parlent aux cailloux. Pesté, juré contre celle qui ne s’était pas annoncée et qui n’en finit plus de ne pas finir. Nous n’étions pas venus pour elle et elle est là, fichue antécime, haute mais pas assez. Les plus diaboliques d’entre elles ressemblent comme deux montagnes au vrai sommet. Pourtant, d’en bas, on l’avait repérée cette trouble-fête, on s’était promis de ne pas crier victoire trop tôt. Mais sur le terrain, trop pressés, trop exaltés, trop sans plus de jus, on se remet à espérer qu’il s’agisse du grand sommet. On avance péniblement, collé à la montagne, on ne distingue rien de plus haut, c’est bon signe, ça semble se coucher et redescendre jusqu’à la mer mais c’est louche, personne ne s’enlace en ce lieu et petit à petit, le ciel de derrière se charge d’une nouvelle bosse, blanche, au loin. On ose croire à un nuage, à un mirage mais c’est bien le sommet, là-bas, là-haut. Il y a du monde. Ici ce n’est que l’antécime. Certains disent putain et soufflent très fort.
Parfois c’est la désillusion de trop, celle qui clôt l’affaire et ordonne le repli. On se voyait déjà en haut, on préparait nos larmes de conquête et la seconde d’après, c’est celles de dépit qui gorgent la tête. Quand notre corps et notre cœur ont cru, ne serait-ce qu’un instant, parvenir à leurs fins, leur dire encore un

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