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Grâce à un élan citoyen, l’ONG Guides Sans Frontières a réussi à organiser l’évacuation et l’accueil en France de réfugiés ukrainiens. Mais elle appelle les institutions et autorités publiques, en montagne comme sur le plan national, à « faire leur part » de façon aussi déterminée pour répondre à l’ampleur et à l’urgence des besoins.

Entre le 28 mars et le 22 avril, Guides Sans Frontières (GSF) a organisé le transfert de quelque 150 réfugiés ukrainiens des camps de la frontière polonaise vers la France puis leur accueil « chez l’habitant » en Rhône-Alpes, PACA et jusqu’à Bordeaux. Cette action montée en urgence a mobilisé un budget de 30 000 € (réuni grâce à des donateurs individuels et à divers partenaires), dix-huit vans, un autocar de cinquante places et une cinquantaine de chauffeurs et de coordinateurs dans les camps de Przmyl, Korzcowa, Medyka ou à Varsovie – des professionnels de la montagne et de la pleine nature mais aussi des agents immobiliers, des artisans, une boulangère et bien d’autres encore….

Un engagement humain massif et cosmopolite

De façon inespérée, nous avons réuni très rapidement les moyens financiers, matériels et humains nécessaires à la réussite de cette opération – ceci grâce au levier de communication des réseaux sociaux et autres outils numériques mais aussi et surtout d’un formidable mouvement populaire de soutien à l’Ukraine. Car l’action menée par GSF n’est qu’un exemple parmi la multitude de démarches de soutien au peuple ukrainien, en France comme dans toute l’Europe, par des associations, des collectifs, des entreprises ou de simples citoyens. Toutes les professions et toutes les nationalités sont ainsi représentées parmi les bénévoles qui s’activent, qui comme assistant dans les camps, qui comme chauffeur, qui dans les antennes médicales ou qui encore pour offrir un hébergement provisoire. Et il n’est pas rare de compter des ressortissants russes parmi ceux qui assistent les victimes de guerre…

Dans ces équipes comme dans les nôtres au sein de GSF, constituées de bric et de broc entre personnes qui pour la plupart ne se connaissaient pas, la cohésion est immédiate, et l’élan partagé : il faut – chacun doit – dans cette guerre en Ukraine « faire sa part » d’humanité et de solidarité, comme le fameux colibri invite aussi à le faire en matière d’écologie. Les besoins sont incontestables – il suffit pour s’en convaincre de voir une mère de cinq enfants en bas âge débarquer de nulle part dans un camp avec parfois un petit sac plastique pour seul bagage et une simple paire de tongs aux pieds…

Ce n’est pas grand-chose à l’échelle des besoins, mais on a fait tout ce qu’on a pu.

Permettre à ces réfugiés de poursuivre autrement leur chemin de vie. Les mettre à l’abri de la guerre mais aussi des réseaux de proxénétisme et autres trafics d’êtres humains venus sans la moindre vergogne sévir dans les parages. Bien loin des élans romantiques ou autres aspirations mal placées à un héroïsme de pacotille, voilà notre rôle à tous, notre utilité très concrète. Cette évidence sautée à la gueule a cimenté une équipe et construit une énergie collective, de façon parfois brouillonne et désordonnée, mais déterminée. Voilà déjà 150 femmes, enfants, vieillards arrivés souvent très abîmés mais dont la flamme de vie est désormais rallumée, au calme, en sécurité, entourés de chaleur humaine, à Grenoble, sur le plateau du Vercors, à La Grave, dans le Champsaur, à Gap, à Moustiers, à Villefranche-sur-Saône ou dans bien d’autres refuges éparpillés en France. Ce n’est pas grand-chose à l’échelle des besoins, mais on a fait tout ce qu’on a pu ; et le sourire et les jeux retrouvés chez bon nombre de ces familles nous expriment que c’est peut-être ce qu’il fallait.

Les institutions et les pouvoirs publics doivent prendre le relais

Ces convois de 4 000 km, ces séjours de plusieurs jours dans les camps, ces évacuations au prix de mille problèmes logistiques, administratifs ou humains, certains d’entre nous en ont déjà effectués trois et seraient prêts à repartir demain ! Mais nous avons épuisé notre budget, sinon nos équipes, et la charge de subvenir aux besoins grandissants d’évacuation et d’accueil ne peut être laissée exclusivement à l’initiative privée de petites associations comme la nôtre et de simples citoyens, aussi motivés soient-ils. Quand quelque 2,5 millions de réfugiés s’entassent déjà tant bien que mal en Pologne, la capacité de seulement 100 000 places annoncée par le gouvernement français apparaît bien modeste – et le minimum serait de faire les efforts nécessaires pour qu’elles soient effectivement occupées !

Nous appelons le gouvernement à mettre en mouvement la puissance publique.

Nous appelons donc l’ensemble des acteurs de la montagne à se joindre à la cordée pour l’Ukraine et à y prendre le relais avec leurs moyens : nous demandons aux syndicats nationaux ou locaux de guides, moniteurs et accompagnateurs, à l’École Nationale des Sports de Montagne, aux fédérations et à leurs clubs, à l’Association Nationale des Maires de Stations de Montagne, aux membres de Domaines Skiables de France, notamment, de fournir et de financer à la hauteur de leurs moyens des véhicules et des chauffeurs pour effectuer des convois à intervalles réguliers vers les camps de Pologne, de Roumanie et de Moldavie.

Nous appelons plus largement, à l’échelle nationale, le gouvernement à mettre en mouvement la puissance publique. Les besoins sont clairement identifiés : il faut des correspondants permanents dans les camps pour rassurer, informer et orienter les réfugiés ; il faut des navettes régulières vers la France ; il faut une coordination de l’accueil en France ; il faut des moyens financiers, matériels et humains et surtout une volonté gouvernementale à la hauteur des besoins réels. Le politique, lui aussi, doit « faire sa part ».

 

Yannick Vallençant, vice-président de l’association Guides Sans Frontières

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