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Deux lettres et puis c’est tout

Mon grand frère me demande si je serai là jeudi. Je lui dis que non, je serai en montagne.
Ça l’amuse que je dise en montagne, à chaque fois, il me le fait remarquer. Lui, quand il vient ici, il dit qu’il va à la montagne. Moi, je fais ça pour la mer. Je vais àla mer. Je n’oserai pas dire en mer, ce serait comme prétendre. Un jour peut-être.
Il me demande pourquoi je dis en. Les questions les plus profondes sont posées par ceux qui regardent les passions à distance. Ceux dedans ne s’interrogent pas, c’est comme une évidence et les évidences, on peine à les expliquer. C’est même la définition d’une évidence.
Je prends mon inspiration et j’essaye.

  • Tu dis en pour un tas de raisons.
  • Et encore ?

En, c’est un mot de la géographie. Tu vas en montagne comme tu irais en Afrique. Tu t’offres un voyage. Elle peut être à deux pas de la maison mais elle sera toujours ailleurs que là où tu te trouves. Tu pointes le doigt, tu dis là-bas et tu y vas. Quand tu vas en montagne, tu franchis une frontière symbolique. Une borne. C’est souvent un ruisseau, ça vaut mieux que des murs.
En, c’est la matière. Tu te souviens, ce coffre chez mamy, notre caverne d’Ali Baba ? Il était en bois. Eh bien, la montagne, elle est en quelque chose aussi, en glace, en terre, en neige, en rocher, c’est selon.

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