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Des tas de rêves et de mémoire

Comme des châteaux de cartes. Elles sont tombées.
Elles se sont passées le mot et ont basculé. Des dominos.
Elles se sont fracassées en bas, en mille morceaux et plus. C’est cela le pire, voir des montagnes unes et massives se disloquer en tas de pierres. Pourtant elles étaient déjà ça, des tas de cailloux. On ne cessait de le dire pour ne pas leur prêter d’intention. C’est peut-être de notre faute.
Elles avaient des petits noms sur elles, tatouages de leurs caractères. Vire du Trident, Corniche de Rochefort, Muraille de Castelnau. On ne pourra plus les dire ni au futur ni au présent. Ça aussi, on nous l’a enlevé. L’été a été meurtrier pour les montagnes du Monde, surtout celles qu’on disait les nôtres. Et c’est irréparable. Personne ne sait recoller les montagnes, même le plus habile des restaurateurs d’art.
Le premier mouvement de nos cœurs fut la sidération. On les croyait immortelles, qu’elles nous survivent était entendu. Ça nous allait bien. Or, nous les voyons crever. Peut-être ne leur avons-nous pas assez dit comme elles étaient essentielles à nos vies ? C’est comme ça quand on s’imagine que ça durera toujours, on oublie de dire.
La tristesse a pris le pas. En un souffle qui claque et qui gronde, nous avons perdu des souvenirs et des projets. De la mémoire et du rêve, voilà ce qui est parti en fumée. En vérité, c’est un peu de nous qui est en tas. On se rappelle apprendre l’alpinisme sur

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