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Douze sommets de 2000 mètres : c’est le nombre de sommets à dépasser cette altitude en Suède, tous situés au-delà du cercle arctique, dans la région du Sarek, au nord du pays. Partis début avril, quatre skieurs dont deux guides de la Grave ont mis en commun leurs connaissances pour réussir cette expédition au long cours. 30 jours en pulka avec douze sommets à gravir au passage. Après 200 km sur les 350 km prévus, nous avons joint Benjamin Ribeyre par téléphone pour faire le point sur cette très belle aventure.

C‘est un seuil critique : « il me reste deux centimètres de saucisson ! » s’exclame Benjamin Ribeyre joint par téléphone. Autant dire qu’il est temps pour l’équipe d’Artic 12 de parvenir à son prochain et unique dépôt de nourriture et d’équipement. Le 15 avril, l’expédition Arctic 12 avait bouclé un peu plus de la moitié de son aventure. « Nous sommes partis depuis douze jours » explique Benjamin Ribeyre. Guide à la Grave avec sa compagne Erin Smart, américaine, elle aussi guide de haute montagne, Benjamin connaît les expéditions en milieu froid pour avoir gravi quelques belles lignes en Alaska.

Mais là, en ce début avril, les quatre membres de l’expédition ne s’attendaient pas à ces températures glaciales. « C’est hallucinant ! » témoigne Benjamin, « le 12 avril nous avons gravi deux sommets du Sarek, à 14 heures en face sud, la neige était poudreuse. Il faut dire que la nuit la température est descendue à -22°C. J’ai pris un duvet -9°C, je dors avec mes 3 collants et mes doudounes ! ».

©Arctic 12

En haut, Jackie Paaso et Reine Barkered, en bas Erin Smart et Benjamin Ribeyre ©Martin Olson/Arctic12

©Arctic 12

200 km de bouclés sur les 350 km de la traversée Arctic 12

Après avoir traversé l’Europe en voiture au départ de la Grave en échappant de peu au confinement, Erin et Benjamin sont arrivé début avril en Suède et ont rejoint les locaux. En l’occurence, Jackie Paaso et Reine Barkered ne sont pas des alpinistes mais des skieurs professionnels habitués du circuit Freeride World Tour. C’est donc une équipe internationale à laquelle il faut ajouter Martin Olson, suédois et cameraman, qui s’est lancé dans cette aventure. Arctic 12 est une véritable expédition : il s’agit de réaliser et si possible skier les douze sommets de plus de 2000 mètres en Suède, où jusqu’en 2016, on pensait qu’il y en avait que onze. L’expédition a donc commencé par les six sommets se situant dans le parc national du Sarek (site Unesco), une région peuplée par les Sami, et qui constitue la première moitié d’une grande traversée de 350 kilomètres… à boucler en 30 jours maximum. C’est donc un bilan à mi-chemin que nous faisons.

Des pulkas de 70 kilos au départ

Pour cette expé, « nous avons des skis nordiques à écailles, 57mm sous le pied, avec des peaux type classiques ou alors un tiers de la longueur pour pouvoir glisser mieux » raconte Benjamin. L’équipe se déplace en tirant des pulkas, sur lesquelles chacun dispose d’une paire de skis de rando (105mm au patin) pour skier les sommets en aller-retour au fur et à mesure de la progression. « Changer de chaussures pour faire les sommets donne l’occasion de les faire sécher » explique Benjamin, qui constate que « l’humidité est le problème numéro 1 ». Chaque ascension est ensuite suivie d’une à deux journées de pulka. « Au départ, la pulka faisait 70 kilos ! Maintenant elle fait dans les 50. Et nous allons retrouver notre dépôt de matériel et de nourriture pour pouvoir continuer ». 

la pulka  ? sur le plat c’est facile, 5 degrés de pente c’est dur, et 15 degrés c’est extrême

L’équipe table sur encore 15 à 20 jours d’expédition. « La suite pourrait passer en douze jours mais on compte 5 à 6 jours de rab. C’est vraiment une histoire d’endurance » raconte Benjamin. « Nous avons un jour de beau temps pour deux à trois de mauvais temps. Surtout, tout est un peu soit très simple, soit vite extrême. par exemple, la pulka sur le plat c’est facile, 5 degrés de pente c’est dur, et 15 degrés il faut enlever les skis et être deux pour la faire avancer ». Idem pour le vent : dès qu’il se lève, il faut s’abriter ou renforcer le camp avant de se faire « défoncer ». Et le terrain ? A quoi ressemble les montagnes de Suède, qui en pleine pandémie semblent aussi exotiques que l’Antarctique ?

©Martin Olson – Arctic 12

©Arctic 12

©Arctic 12

 ©Arctic 12

Benjamin Ribeyre au top. ©Arctic 12

De l’alpinisme (presque) inattendu

Côté technique, les guides de la Grave maîtrisent : « le niveau le plus dur qu’on a fait c’est autour de PD+, mais attention, c’est des arêtes avec des choux-fleurs de givre, un peu comme en Alaska, il faut la pelle en bandoulière pour avancer ou pour creuser et ceinturer des blocs ! » explique Benjamin Ribeyre. « Erin et moi gérons la sécurité, et ce n’est pas une mince affaire car les conditions ont été difficiles plutôt avalancheuses. Jackie et Reine gèrent les descentes à skis, et le tournage du film ». L’ambiance arctique est prenante, l’engagement certain dans cette région isolée : les secours sont disponibles mais de façon aléatoire « ça peut être un hélico qui vient d’un site de forage… » Les rares cabanes sont l’occasion de faire un jour de repos et recharger les batteries, mais la plupart du temps l’équipe se partage les tentes – et Martin Olson, heureux homme, a la sienne !

Sur des arêtes pleines de givre, on avance la pelle en bandoulière

Encore deux semaines donc d’expédition pour Arctic 12, et un guide de la Grave qui a pris la mesure du projet : « finalement on fait pas mal d’alpinisme, ce qui n’était pas forcément prévu, et vu les conditions on prend des marges de sécurité énormes. La météo est très spéciale. » Les faces pleines de poudreuse ont donc été évitées, mais les arêtes ont réservé des passages étonnants, dans une contrée méconnue des alpins. A suivre donc. Et vive la Suède !

Plus d’infos : Arctic12

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