VTT : La traversée intégrale de la Great Divide aux Etats-Unis, « une expérience à la Jack London »

Après avoir traversé les États-Unis d’Est en Ouest en 2024, l’ultracycliste Axel Carion a remis le cap sur l’Amérique cet été. Avec son compagnon de route Grégory Girard, il a parcouru la légendaire Great Divide Mountain Bike Route, reliant le Canada au Mexique en 26 jours, 4 400 kilomètres et 50 000 mètres de dénivelé. Une expédition sans assistance au cœur des Rocheuses qui a marqué les deux VTTistes : l’immensité du paysage, le retour à l’état sauvage et l’effort physique et mental. Il nous raconte. 

C‘est un habitué des (très) longues distances à vélo, spécialiste du bikepacking extrême et fondateur du championnat du monde d’ultracyclisme BikingMan. Cet été 2025, Axel Carion est parti pour une nouvelle expédition : la traversée intégrale de la Great Division Mountain Bike Route, l’itinéraire à vélo traversant les États-Unis d’Amérique, du Canada au Mexique, par la Continental Divide. Accompagné de Grégory Girard, un autre ultra cycliste, ils ont pédalé sur leurs VTT sur à peu près 4 400 kilomètres et 50 000 mètres de dénivelé.

« Cette expérience en duo fut extraordinaire à tout point de vue. Greg a su faire preuve d’une résilience rare pour enchaîner ces journées intenses et supporter la rigueur de ce parcours exigeant », écrivait Axel Carion sur ses réseaux sociaux. Déjà parti aux USA pour les traverser d’Est en Ouest en 2024, il souhaitait continuer son exploration des grands espaces. Il partage avec nous ses moments forts.

Axel Carion et Grégory Girard à l’arrivée. ©Coll. Carion

Tracé de cette Great Divide Mountain Bike Route, du Canada au Mexique. ©Coll. Carion

C’est mon dada de faire ce genre d’expéditions longuissimes à vélo

Pendant 26 jours, sans assistance ni ravitaillement extérieur, ils se sont mis dans un autre mode, plus sauvage, et sont partis à l’aventure. « C’est mon dada de faire ce genre d’expéditions longuissimes à vélo. Cet été, la lumière était au vert pour pouvoir repartir, raconte l’ultra-cycliste. Reprendre la poudre d’escampette et explorer les plus beaux territoires de notre planète. Chaque année, je cherche tous les prétextes possibles pour en faire. Et ce depuis 15 ans. Mais l’idée de relier le Canada au Mexique, je l’ai en tête depuis quelques années déjà parce que c’est un itinéraire mythique, très connu aux États-Unis : c’est le plus long du monde. »

Ce sont 80% de pistes, 20% d’asphalte pour évoluer dans ces espaces vides, aller à la rencontre de la population locale… et bien gérer ses provisions pour ne pas être en manque pendant les 200 kilomètres qui séparent parfois un espace urbanisé d’une autre. « Pas un shop, pas une épicerie, pas une station service. Donc tout repose sur un calcul précis du nombre de calories que tu vas potentiellement brûler en fonction de la topographie de l’étape. Pour l’eau, c’est plus simple : il y avait beaucoup de rivières et nous avions des filtres. »

©Coll. Carion

le chemin de compostelle des états-unis, version vtt et xxl

Sur leurs vélos d’environ 30-35 kilos chacun, Grégory et Axel aiment et admirent l’immensité du territoire. « Que tu le traverses d’Est en Ouest ou du Nord au Sud, par les pistes, la dimension extra-ordinaire de ces États ressort vraiment. C’est vertigineux. D’autant plus à vélo, où le rythme de progression est assez lent. La taille des espaces, des exploitations forestières qu’on a traversées, c’est incroyable. Tu as l’impression que tu ne sortiras jamais du labyrinthe forestier dans lequel tu es. Tu peux en devenir fou ! »

Canada, Montana, Idaho, Wyoming, Colorado et enfin Nouveau-Mexique. Un périple physique et mental de taille attendait les deux ultra cyclistes. « Globalement, on a eu des températures entre 4 degrés et 42 degrés. La plus grosse difficulté météo n’est pas la pluie mais ces grandes variations de température que le corps doit savoir supporter », complète Axel Carion.

©Coll. Carion

©Coll. Carion

Au-delà des kilomètres, du dénivelé et des conditions climatiques, l’objectif majeur est que le binôme d’Axel, Grégory, arrive au bout du voyage. Et ce, sans être dégoûté du vélo et de l’aventure. « Il était super fier de lui. Je crois bien qu’il a même adoré se retrouver pendant ces 26 jours sur un itinéraire, avec un retour à l’état sauvage. On a bivouaqué pendant 23 nuits, dans les bois. Une expérience à la Jack London ! C’est quand même beau de pouvoir faire ça, dans ces conditions. On n’est bien sûr pas les seuls à le faire, ça fait des années que l’association de cyclisme américaine entretient cette trace cyclable. C’est un peu le chemin de Compostelle des États-Unis, version VTT et XXL. »

Ce duo est cependant l’un des seuls à le faire en intégralité d’un coup et à un tel rythme. Habituellement, il faut une cinquantaine de jours aux cyclistes pour attendre le Nouveau Mexique. 

on dirait un cerf qui entre dans une épicerie

Les seuls contacts qu’Axel et Grégory ont avec la civilisation locale, c’est lors des ravitaillements. « Quand on arrivait dans des petits villages, on tombait sur des stations-services et épiceries sans âge, avec nos fringues qu’on porte depuis 15 jours en se lavant brièvement dans les rivières, image l’ultra-cycliste. On dirait un cerf qui entre dans une épicerie. Tu te transformes d’un point de vue comportemental, tu sors des normes sociales et tu ne fais même plus attention à ça. Un peu à l’état animal. C’est assez grisant. »

©Coll. Carion

©Coll. Carion

©Coll. Carion

Une sensation à laquelle Axel veut encore s’exposer. Parmi ses futurs projets, beaucoup sont encore secrets car en réflexion. Mais d’autres sont clairs : retourner aux États-Unis avec son vélo ! Avant ça, ce sera le Maroc pour une étape du championnat du monde de BikingMan puis des séquences de reconnaissance de parcours en Amérique latine.

Pour aboutir, donc, à une troisième traversée de ces États qui l’attirent tant. « Les parcs sont gigantesques, il y a de quoi faire ! L’année dernière, c’était le tiers Nord de New York à l’Oregon. Cette année, le tiers Ouest par les Rocheuses. Et il y a cet autre itinéraire mythique : l’ancienne route 66, qui a été inaugurée à la suite du choc pétrolier des années 70. » En route pour la suite.