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Rang d’honneur

L’été qui se termine a ce charme du métissage.

Sur un même sentier de montagne, au même instant, se croisent des genres bigarrés. Des grimpeurs allant grimper, des alpinistes revenant de la nuit, des parapentistes prêts à l’envol, des cueilleurs gourmands et des marcheurs…qui marchent. Seuls ces derniers marchent pour marcher.

Il n’y a rien valant moins qu’un classement des mérites, il n’y a pas plus stérile que le cloisonnement et la comparaison des pratiques mais tout de même, que ces randonneurs sont admirables. Ils m’éblouissent. Profondément. Au bonjour usuel de la courtoisie montagnarde, lorsque je les observe à cette marche qui leur suffit, c’est un bravo d’admiration qui me brûle les lèvres. Je n’ose jamais, ils croiraient à de la dérision qui n’en est pas. Ils regardent nos cordes et nos doigts pansés, ils nous félicitent pour notre courage, je ne prends jamais le temps de leur dire comme ils se trompent.

Leur marche gratuite me fascine. Ils s’y plient ni par défaut ni par dépit. Elle est leur temps plein, elle n’est qu’un bout du nôtre, elle est leur objet, notre moyen. Car pour beaucoup d’entre nous, la marche, qu’elle soit d’approche ou de retour, n’est qu’un accès au manège, la porte ouverte à une cinétique plus récréative que le seul marcher : grimper, glisser, voler et d’autres jeux à inventer. Nous l’acceptons volontiers, avec plaisir souvent, elle nous met en appétit, elle est un temps d’excitation ou d’apaisement, de projection ou de bilan. Elle est un

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