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Treks en Himalaya

Chaque automne, un groupe de passionnés explore les moulins, ces tunnels naturels qui s’enfoncent au coeur des glaciers, plusieurs dizaines de mètres sous la surface. Retour sur leur dernière exploration spectaculaire au coeur des glaciers suisses.

S

i la spéléologie est une pratique peu ordinaire, ses pratiquants d’éternels incompris et son terrain de jeu le théâtre de toutes sortes de phobie, l’exploration des cavités de nos glaciers marque un degré encore supérieur dans l’extraordinaire. Extraordinaire parce que rare, si on compte un millier d’adeptes de la pratique sur l’ensemble de la planète c’est bien le bout de monde, mais extraordinaire également parce que ce que nous avons sous les pieds là-haut dépasse l’imagination.

Ce que nous trouvons sous les glaciers dépasse l’imagination.

La spéléo glaciaire, c’est d’abord une longue exploration des glaciers. Ci-dessus sous les séracs de l’Obergabelhorn, à Zinal. © Katharina Beyer

Ces torrents deviennent parfois des rivières au sein des glaciers.

La spéléo glaciaire pour les nuls

Un écoulement de surface, de fonte ou de pluie, s’appelle une bédière, ces torrents évoluent sur les glaciers et nous permettent de suivre le cheminement de l’eau. Ces torrents, au hasard d’une crevasse, d’une dépression ou d’un point de faiblesse de la glace, vont creuser ce que nous appelons un moulin, un puit de glace, avant d’évoluer à l’intérieur du glacier. En galerie, en puits successifs, en méandres et parfois jusqu’au socle du glacier, l’eau se fraie son cheminement pour atteindre … la mer  ! Bien entendu, les moulins évoluent en permanence, bien plus rapidement que les réseaux sous terrain, mais ils n’évoluent qu’en été, et subsistent d’une année à l’autre, vivant avec le glacier. De simple galerie, ces torrents deviennent parfois de véritable rivières au sein du glacier, ou à même le substrat rocheux. Parfois, au flux des mouvement de la glace, le torrent trouve un autre cheminement, et de rivière la galerie devient sanctuaire, les spéléologues l’appellent alors galerie fossile.

Exploration sur le glacier de Moiry. © Katharina Beyer

La NASA s’y est mise aussi

Les spéléologues ne sont pas les seuls à jouer sous la glace, bien entendu, de temps à autre un alpiniste s’y perd et en fait son terrain de jeu, mais la glace trop compacte n’offre pas la grimpe la plus rassurante, ni même la plus agréable. Ce sont surtout les glaciologues et les climatologues qui s’intéressent à nos moulins, et ces derniers offrent un outil d’analyse de nos climats des plus pertinents. La NASA aussi a joué un temps dans les moulins, mais les résultats se font encore attendre… (lien sérieuxlien moins sérieux) Plus sérieusement, cette activité offre quelque chose d’autre. Bien entendu, si un jour vous vous rendez sous ces glaces, vous découvrirez que ce monde figure au premier plan des endroits les plus beaux du monde. De mon expérience, à égale splendeur de la Terre du Baffin et du corps d’une femme. Mais au delà, et c’est chose bien plus importante pour un homme, ce monde est un territoire à explorer. Tout est neuf, ou renouvelé chaque année. Peu ou pas de topos, peu ou pas d’explorateur tant la pratique est rare. Alors on cherche, on tente, on explore un puits de 10m, on remonte, on marche encore, on trouve une galerie, on descend ici et ailleurs, sans certitude de trouvaille. Et parfois, comme par quelques fois cet automne encore, on découvre, et on jubile.

Précautions d’usage

Si le concept vous semble attirant, il reste une mince volée d’éléments à maitriser pour envisager le voyage  :

1. Avoir du temps en automne. L’hiver la neige cache les entrées, elle rend difficile et dangereuse le déplacement sur les glaciers. En été, la fonte est trop importante, donc les débits d’eau bien trop marqués pour pouvoir s’engager dans ce qui est finalement une rivière souterraine ou conduite forcée selon le rapport entre débit et diamètre…
2. Maitriser les techniques de spéléologie. Si l’attirail emprunte ses crampons et ses piolets au glaciériste, l’évolution et l’équipement se font sur corde, pour gagner en vitesse et en sécurité. Hors de question de prendre un vol à 80m sous glace, après 200m de méandre et 3 étroitures, et perdre du temps en escalade lorsque l’eau monte est également exclu.
3. Avoir un bon stock de broches à glace. Entre têtes de puits, fractionnements, déviations et mains-courantes, un rack de glaciériste se montre vite trop léger.
4. Aimer l’humidité et la fraicheur. Vraiment. Je ne vous fais pas de dessin.
5. Être curieux, un poil rustique, avoir un soupçon de condition physique, et surtout, savoir s’émerveiller.

Au coeur des glaciers de Zinal et de Moiry.. © Katarina Beyer

© Katharina Beyer

Membres de l’exploration 2018

Barnabé Fourgous, Katharina Beyer, Mathéo Maquet, Alain Maurice, François Kern, Alexandre Faucheux, Tom Lallemand.