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On ne claque pas la porte d’un refuge

Le refuge solidaire de Briançon doit fermer ses portes le 30 octobre 2020. Cette sommation émane du nouveau maire de la ville, Arnaud Murgia, également président de la Communauté de communes du Briançonnais. Ce modeste bâtiment d’accueil des personnes réfugiées, juste après leur traversée du col de Montgenèvre, est depuis 2017 un lieu d’espoir retrouvé pour ceux que le désert, la mer ou les régimes nationalistes d’Europe de l’Est n’avaient pas réussi à décourager dans leur tentative de survie. Après le froid glaçant du front de neige de Montgenèvre, transformé en no man’s land hautement surveillé, c’est au Refuge solidaire qu’ils peuvent espérer se sécher, boire un thé et se réchauffer.

Quelques jours plus tard, après avoir retrouvé et apaisé leurs esprits, ils sont accompagnés dans leurs démarches administratives, car pour beaucoup le périple continue. D’autres prennent le temps. On sort les cartes sur la toile cirée de la grande table. On recharge les portables pour se renseigner sur la famille, les copains, anticiper les péripéties à venir. La vie quoi. Tant bien que mal.

des gens ça ne se disperse pas
ni vu ni connu

L’un des dortoirs du Refuge solidaire de Briançon. ©Ulysse Lefebvre

Comment imaginer que le Refuge solidaire disparaisse parce qu’il n’est pas aux normes ? L’a t-il jamais été ? N’existe t-il pas d’autres lieux de remplacement ? Le prétexte de la responsabilité d’un élu n’est-il pas un bon moyen de mettre la poussière sous le tapis ? Mais des gens ça ne se disperse pas ni vu ni connu.

Quant à la solidarité montagnarde, elle ne dépend pas d’une couleur politique. Elle dépend encore moins du courage d’un homme ou de la frousse d’un autre. Elle est en tous. Elle est partout. Tout le temps, insoumise à l’air du temps. Mieux : elle se renforce quand ça cogne dur. Alors elle serre les coudes et bombe les torses. C’est l’attitude du montagnard qui fait le dos rond dans la tempête. Celui que le froid galvanise. C’est un élan qui n’attend pas la trève hivernale, surtout quand ça gèle dur dès septembre. Pas de bouton pause. Cette solidarité n’est pas un obscur concept ou une idée impalpable. Encore moins un privilège d’altermondialiste ou de bien-pensant.

En arrivant d’Italie, au Refuge Solidaire, vers 2h du matin. ©Ulysse Lefebvre

C’est un acte de chaque soir dans le Briançonnais. Du concrêt. Ce sont des paires d’yeux dans l’obscurité, ramenées du côté de l’humanité à l’arrière d’une bagnole. C’est la sueur des maraudeurs, les chaussures trempées, les doigts gelés. Parfois la mort au bord d’une piste bleue. C’est la bétadine qui soigne les pieds abîmés, la soupe qu’on réchauffe au milieu de la nuit, l’odeur de la peur qui s’évanouit dans quelques fragiles mots d’anglais : « Friends, friends… ».

Cette solidarité irrigue nos montagnes. Et elle est intarrissable, comme le montre l’appel à signatures lancé par l’association Tous Migrants, pour le maintien du Refuge solidaire. Comme trop souvent, il va falloir se battre contre l’autorité, avec la désagréable impression de perdre du temps, de l’énergie et peut-être des vies. Parce que le choix des urnes ne légitime pas tout. Parce que surtout, des gens continuent de passer. Ils sont là et en détresse. Qu’on le veuille ou non.

 

Signez la pétition de Tous Migrants en ligne en cliquant ici

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