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Le point Nemo

Cédric Sapin-Defour aime sa station-village de montagne. Mais parfois, aussi, il s’y sent terriblement seul, hors-saison. Qu’est-ce que j’peux faire, j’sais pas quoi faire. Ah si, un café et au lit.

Il existe dans l’Océan Pacifique, au plus éloigné des terres émergées, l’endroit le plus isolé sur Terre. Le point Nemo. Aucun homme en latin et accessoirement le petit nom du capitaine du Nautilus qui n’aimait pas non plus la proximité des hommes. Pas âme qui vive, votre plus proche voisin tourne au-dessus de votre tête dans la Station Spatiale Internationale.
En montagne, le point Nemo existe aussi. Ouf ! Machin soit loué. Il y en a même plusieurs, c’est une plus value de la montagne sur la mer.

Station village

Les points Nemo se situent précisément dans… les stations villages… à la Toussaint. Pas âme qui vive et toujours Thomas Pesquet ou Sergeï Ryazansky pour voisins de palier.
Pour qui a acheté un appartement en pleine euphorie hivernale ou au beau milieu du charme estival, venir en novembre dans sa station village est une expérience de repli sur soi des plus captivantes. Le changement d’heure finira de vous achever.
Au début, vous pensez à un exercice d’attaque nucléaire. Puis à un couvre feu. Vous souhaitez vous renseigner auprès de l’office du tourisme sur les horaires à respecter mais celle-ci est fermée. Il apparaît néanmoins que tout rassemblement de plus de zéro personne sur la voie publique est interdit. « C’est sacrément mort » ne cessez-vous de répéter. Pour un peu et pour pousser la logique jusqu’au bout, vous ne diriez pas non à une sépulture. Que les gens du coin réapparaissent. Le doux air de Cabrel vous accompagnera toute la semaine. On doit être hors saison. Peut-être un jour les gens reviendront. Certes la tranquillité a du bon, c’est même pour elle que vous êtes « monté ». Mais il est des seuils où la tranquillité prend des airs de fin du monde. C’est le mérite premier de la hors saison, dire la vérité.
Vous souhaitiez retrouver Paulo (tout le monde l’appelle Popo), le patron de l’Edelweiss qui n’a pas son pareil pour faire tourner la grolle, les têtes et le Madison. Il est en automnage à Saint-Domingue. Plus loin qu’un jet de sarbacane. Réouverture le 25/12. Le même jour que le débrayable de la Combe aux Loups. Hasard du calendrier.
Vous étiez revenu pour le grand air, bas les masques de la ville. Vous voilà promu fournisseur officiel de la taxe carbone. 5 kilos équivalent carbone pour mettre la main sur une baguette et un café (à ce poids là, autant faire d’une pierre deux coups), 20 kilos équivalent/carbone pour la salade, le double pour une quatre fromages. La planète vous dit merci.
C’est le patrimoine rural dont vous souhaitiez de nouveau vous imprégner. Ma chère France. Le voyage au long cours pour le premier cinéma de quartier, une heure aller, deux heures retour, vous fait changer d’humeur quant à Netflix. Y’a la 4G aussi l’automne ?
Vous cherchiez votre gentil moniteur à la moustache rieuse, celui qui vous a éduqué à la Nature, à l’adret qui n’est pas l’ubac et aux traces du lièvre variable. C’est ce bon monsieur à la même veste rouge qui épand son lisier (celui de ses vaches, soyons précis) à deux mètres de votre balcon terrasse et qui paradera demain dimanche, tout de kaki vêtu, un chamois troué dans son pickup. Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’habit.

Esprits ouverts

Vous reveniez goûter à la fraternité et à la convivialité des semaines à l’or blanc, pot d’accueil, flash mob et fête du village qui est un monde. Au diable l’anonymat et la méfiance des villes, venez comme vous êtes ! 1min 25 s, c’est la durée de survie aux railleries pour un couple d’homos se baladant main dans la main dans la rue principale et pour le coup moins déserte de ce beau village fleuri de Trumptown, un matin de novembre. Moins d’une minute si l’un des deux a la mauvaise idée d’avoir le teint plus halé qu’un moniteur d’avril. La pureté d’un ciel de montagne, ça veut aussi dire Marine.
Et pourtant notre belle langue vous avait prévenu. Station-village qui disait le panneau. Une station qui prend des airs de village le temps d’un décor. Pas village-station. La nuance, toujours la nuance.
Et pourtant la bande à Jean Rochefort vous avait prévenu. Qu’elle nous manque cette moustache là, la fine. On ne visite pas son Paradis aux heures choisies par le vendeur. Eux croyaient au calme de leur maison de campagne et de camaraderie (avec terrain de tennis !), c’est un bout de piste d’aéroport qu’ils découvrirent, fort dépourvus quand le bruit fût venu.
Pour vous c’est la même histoire. À l’envers. Jolie mélodie devenue silence assommant.
Un dahut aussi, ça trompe énormément.