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Après huit semaines d’une longue ascension dont la dernière longueur de quinze jours aura été corsée par une météo capricieuse, une faible visibilité et un dernier crux le 7 mai, les premiers de cordée de la république gagnent le si convoité plateau sommital du massif du Covid, par la Voie du Confinement. Qu’on ne se réjouisse pas trop vite. Ni accolade, ni embrassade, distanciation sociale oblige. Après une rapide photo à visages masqués, les édiles ont porté un toast à base de gel hydroalcoolique, pour célébrer le chemin parcouru et montrer l’exemple. L’arrivée sur le vaste plateau du déconfinement a lieu non sans frilosité. Car désormais, une question est dans toutes les bouches à mesure que les confinés citoyens de l’immense cordée, se désencordent dans la brume ambiante. Et maintenant on va où ?

A fos mafques, frêts, fortez !

Le conseiller technique Salomon qui n’est pas du genre à mettre des gants, n’y va pas par quatre chemins et s’adresse à la foule éparse, non sans un brin de précipitation :

  • A fos mafques, frêts, fortez !

A ces quelques mots, les concitoyens incrédules face à de telles lacunes en communication, invitent d’une seule voix Salomon à abaisser son masque avant de s’exprimer dans le mégaphone. Celui-ci fait tomber son prototype en fibre « cool masque » et reprend un rien irrité :

  • A vos masques, prêts, partez !

Bien conscient qu’il laisse planer le doute quant à la direction à emprunter pour un déconfinement sûr ; il précise avec une assurance toute relative :

  • C’est simple, en abscisse vous êtes limités à 100 kilomètres, en ordonnée un seul objectif :  Véran bas !

Et d’ajouter un brin provocateur :

  • Préférez le port du masque ! Nous n’en n’avons pas un max et c’est un coup dur, mais il vous reste la couture !

Sur ces quelques annonces cousues de fil blanc, Salomon tourne les talons de ses beaux souliers et s’en va dans le brouillard, bien décidé à dévaler de l’ordonnée. Il se murmure que ce sera son dernier rappel… à l’ordre.

Là-haut, des milliers de concitoyens fraîchement désencordés se retrouvent littéralement bouche-bée, en dépit de toutes les recommandations en matière de geste barrière. A bien à y regarder, il y aurait même de quoi tousser. Il se murmure que les premiers de cordées pourraient bien être pris d’un violent MAM -Mal Aigu des Manifestations- d’ici quelques mois et le retour des concitoyens dans les vallées.

Il se murmure que les premiers de cordées pourraient bien être pris d’un violent MAM -Mal Aigu des Manifestations- d’ici quelques mois.

Pour l’heure, faute d’avoir pu obtenir la bonne direction, ces derniers s’invitent mutuellement au bon sens et prennent leurs responsabilités. Certains décousent les sacs et cousent des masques. Puis tous s’expriment, à visage masqué ou à visage découvert. Après tout, chacun est libre de respirer comme il l’entend.

Naturellement, il fait l’unanimité qu’un éparpillement maximum dans le massif tient du bon sens. Ni une ni deux, les grimpeurs impatients de revenir à une vie normale s’égarent par petits groupes dans les itinéraires de descente du Déconf’, plus ou moins verticaux. Bientôt, les pentes du massif sont toutes propices à une descente ordonnée. Bon sens ne saurait mentir…

Avec un peu de discernement, on notera que nombre de concitoyens prennent soin d’éviter la ligne de rappel peu hospitalière, empruntée par le conseiller technique Salomon et les premiers de cordé. De dé-confiné à déconfit, il n’y a qu’un pas… dans le vide.

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