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Imaginez un peu, une cordée sans fin de concitoyens – contraction de confinés-citoyens – en manque de repères. La voici à date juste sous le dernier des quatre relais de la Voie du confinement. Située dans le massif du Covid, en Macronie, cette grande voie composée de 4 longueurs d’une quinzaine de jours chacune, n’avait jamais été gravie. Le 16 mars dernier à l’appel des premiers de cordée français, marcheurs confirmés, experts en nœud de cravate et pas du genre à lâcher crise ; des milliers de concitoyens se sont encordés en respectant aisément la distanciation requise, pour se lancer à vue dans la Voie du confinement. Nullement équipé du fait de l’absence de pandémies récentes, l’itinéraire nécessite la pause de nombreuses protections avec toutes les mesures de précautions qui s’imposent en raison des propriétés de la roche péteuse, pour ne pas dire pourrie. Précisons par ailleurs, qu’il ne s’agit pas à proprement parler d’escalade libre, chaque mouvement nécessitant une attestation, chaque pas étant épié depuis les airs. Drone d’époque.

il semblerait que cette dernière longueur de 15 jours
ne présente pas plus de difficultés que les 3 premières semaines

La Voie du confinement, sans grande difficulté physique ni technique, s’apparente à un bel enchaînement de vires et de fissures. C’est avant tout l’ampleur psychologique qui interpelle la majorité, notamment du fait d’un itinéraire plus compliqué à lire qu’il n’y paraît vu d’en bas. Si les gants initialement préconisés se sont avérés forts utiles en raison des nombreux coincements à opérer dans lesdites fissures, le masque en revanche s’est révélé peu adéquat. En ces circonstances, un casque eut été plus recommandable étant donné le nombre de grimpeurs engagés dans la voie et la nature de la roche en place. Sans compter qu’à ce stade de l’ascension, nous ne sommes toujours pas l’abri de voir le ciel nous tomber sur la tête !

Quoique que jusqu’ici, la météo a volé au soutien de l’immense cordée, lui offrant des conditions printanières quasi établies durant les trois premières longueurs, soit six semaines au total. En dépit de rares épisodes orageux, c’est bien un soleil radieux qui a réchauffé les corps engourdis. Faut-il y voir le signe d’une entreprise vouée au succès, allez savoir !

D’après les observations effectuées par les premiers de cordées, il semblerait que cette dernière longueur de quinze jours ne présente pas plus de difficultés que les 3 premières, sinon moins. Aussi, ces derniers, avant d’avoir atteint le pic, planchent-ils d’ores et déjà sur un itinéraire de déconfinement sécurisé en vue d’atteindre rapidement le plateau à la descente. De là à crier victoire ?

– renfougne au centre et colos à gauche…
– Les écolos j’en peux plus, poursuivez dans la renfougne !

Extrait d’un échange radio entre les premiers de cordées à la mi-journée :

Où êtes-vous ?

– Sommes (pprffttt)…sur (pprffttt) … la (pprffttt) … vire Philippe ! (pprffttt)

Peux-tu répéter ?

– Vire Philippe !

Virer Philippe, mais pourquoi ?

– Pour progresser !

Mais vers où ? 

-Véran haut !

Justement, c’est comment vers en haut ? 

– Varié ! Réglettes à droite, renfougne au centre et colos à gauche…

Les écolos j’en peux plus, poursuivez dans la renfougne !

– Bien reçu, on reste sur la même ligne – terminé !

Pas si simple de tutoyer les sommets. D’autant que bien des drames se trament à la descente. Gageons que le sentier du déconfinement, ne soit pas trop scabreux. Ensuite il s’agira pour certains de ne pas dévisser dans les sondages, suite aux avalanches de déclarations à venir.

Comme c’est souvent le cas avec les grandes classiques, il y a fort à penser qu’une fois revenus sains et saufs à la vie normale, nous donnions à cette voie un diminutif plein d’affect. Je propose La Duconf‘.

 

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