Le monde de la photographie de montagne grouille de talents en tous genres. Parmi eux, Paul Zizka tire son épingle du jeu. Son truc à lui : la photo de nuit. In the starlight raconte la démarche de ce photographe des étoiles. 
Rencontre avec son réalisateur, Mathieu Le Lay. 

Quand un vidéaste filme un photographe… À quoi le public peut-il s’attendre avec ce film?

Le public peut s’attendre à voir des paysages époustouflants de lieux emblématiques des Rocheuses canadiennes, des scènes spectaculaires d’une expédition dans le sud du Groenland et certains des cieux les plus purs et étoilés en Namibie.
In the Starlight est un film de portrait sur l’astrophotographe canadien Paul Zizka. Il s’agit d’une introspection dans la vie passionnée du photographe qui veille à instaurer un équilibre entre sa vie professionnelle et sa vie familiale.
Je suis entré en contact avec Paul au moment idéal. Nous suivions nos travaux respectifs depuis un moment lorsque je le contactais au début de l’année 2016. Paul était immédiatement très enthousiaste à l’idée de faire un film axé sur son approche photographique, ainsi que sur sa vie de famille. Je voulais montrer comment il concilie sa passion pour la photographie avec ses responsabilités en tant que jeune père. À travers une approche intimiste, In the Starlight explore sa vie créative et explique comment la parentalité la rend plus difficile au quotidien. Son histoire peut être perçue comme une source d’inspiration, non seulement pour la partie créative et artistique dans son approche de la photographie, mais aussi au niveau de la gestion de sa vie professionnelle et de son emploi du temps familial. 

©Paul Zizka

Quelles étaient tes intentions en réalisant ce film ?

J’aime partager les histoires d’hommes et de femmes qui vivent des choses extraordinaires et inhabituelles. Je m’intéresse particulièrement aux personnes qui passent le plus clair de leur temps dans la nature, parfois loin de la vie trépidante de la ville. Ces idées de film émanent de fascinations personnelles. Je suis un grand fan du travail de Paul Zizka, que je trouve absolument remarquable et unique. C’est son travail qui m’a poussé à le contacter en premier lieu pour partager cette idée de film. Je voulais montrer les coulisses de son travail, quand il photographie souvent seul dans des lieux reculés et difficiles d’accès. L’autre aspect de sa vie qui m’intéressait particulièrement, c’est celle de la famille pour laquelle il doit trouver un certain équilibre. Pour y parvenir, j’ai passé quelques semaines chez les Zizka, en hiver et en été 2017. Mistaya, la fille de Paul, alors âgée de quatre ans, ne prêtait pas attention à la caméra. Insouciante et naturelle, son comportement m’a permis de saisir des instants authentiques et privilégiés au sein de leur famille.
Une autre de mes principales motivations à vouloir réaliser ce film était de filmer pendant la nuit. Nous avons eu la chance d’assister à une pluie d’aurores boréales pendant le tournage au Groenland grâce à d’importantes activités solaires directement liées aux phénomènes.

©Paul Zizka

En quoi ce tournage se démarque t-il des films que tu as réalisés jusqu’à présent ?

Je devais avoir plusieurs compétences pour réaliser ce film. Des compétences physiques bien sûr, mais aussi avoir l’esprit d’aventure, ce qui semble indispensable lorsque l’on s’aventure sur la calotte groenlandaise ou que l’on grimpe un des sommets les plus difficiles des Rocheuses canadiennes.
J’ai coproduit ce film avec la société de production parisienne Camera Lucida et le diffuseur Ushuaïa TV qui a diffusé en exclusivité le film sur la chaîne en début d’année. 

En tant que coproducteur, je démarche les marques et sponsors qui auraient un intérêt particulier à se joindre à l’aventure. Ce projet a été possible grâce au soutien de partenaires financiers tels que Ball Watch, Mountain Hardwear et Visit Greenland. Quelques sponsors nous ont rejoint pour apporter un soutien logistique et matériel comme Canon France, Aquatech, Syrp, Expédition Tasermiut Greenland, Wilson Mountain Sports. J’ai également obtenu la bourse du FODACIM puisque ce film est principalement tourné dans l’univers de la montagne.

Sur le plan logistique, Paul et moi devions planifier nos expéditions, y compris les recherches sur Internet ainsi que le repérage de nos itinéraires depuis Google Earth, notamment pour toute la partie du tournage au Groenland.
Sur un aspect très personnel de cette expérience, je ne suis pas encore père ; j’ai donc beaucoup appris sur la parentalité grâce aux propres expériences de Paul et à la façon dont il les gère au quotidien.

©Paul Zizka

L’astronomie est un vaste domaine. Comme l’aborder dans un film sur la photo ?

Le nouveau challenge en réalisant ce film était de le filmer en partie pendant les heures les plus sombres de la nuit. De nos jours, les capteurs ultra-sensibles des boitiers photo comme le Sony A7sII permettent de capturer de telles images. Les étoiles étant au cœur du travail de Paul, je voulais évoquer la magie du ciel nocturne à travers ses mots, qu’il puisse partager sa connection à l’univers qui nous entoure et qui nous dépasse. En tant que cinéaste, c’était formidable d’en apprendre davantage sur les étoiles, sur notre infinie galaxie et la manière dont nous pouvons tous interagir avec elle. J’espère que les spectateurs pourront ressentir cette notion de mystère de la nuit à travers le film et qu’ils puissent se connecter à leur tour aux étoiles et au monde de la nuit de quelque manière que ce soit. Dans la démarche et l’attitude de Paul, ce qui m’a particulièrement touché, c’est son sens de l’émerveillement. On dirait encore un gamin de 8 ans qui découvre le monde ! On dit souvent qu’il ne faut pas perdre sa part d’enfance… C’est fabuleux de voir que certains y parviennent à ce point.

©Paul Zizka

©Paul Zizka

©Paul Zizka

Quelles ont été les conditions les plus difficiles dans lesquelles vous ayez filmé ?

Certainement sur la calotte glaciaire du Groenland lorsque nous avons passé quelques nuits au milieu de la glace. Les conditions peuvent changer rapidement et de manière très inattendue là-bas. Le vent peut fortement compliquer les prises de vue. Au cours des expéditions groenlandaises, nous avons dû parcourir de longues distances avec nos sacs à dos très chargés puisque nous transportions tout notre matériel de bivouac, notre matériel photo et audiovisuel, sans compter la nourriture et d’autres équipements d’expédition.
Mais les conditions les plus difficiles dans lesquelles j’ai filmé étaient probablement au cours de l’ascension du Mont Whitehorn (3395m) dans le parc provincial du Mont Robson en Colombie-Britannique. Le rocher de cette montagne est très friable. Avec le poids des sacs, l’escalade sur certaines sections de l’arête sud était délicate. Nous avons eu la chance d’avoir l’aide de deux alpinistes très compétents pour parvenir au sommet, le guide de haute-montagne Jesse Milner et Emma Freeman qui ont assuré toute la partie liée à notre sécurité. Le cinéaste australien Benjamin Dowie m’a assisté à l’image pour filmer la majorité de cette ascension.

©Paul Zizka

Espères-tu qu’un tel film puisse avoir une influence sur le publics et en particuliers les plus jeunes ? 

En tant que réalisateur, je souhaite transmettre à travers mes films des personnalités attachantes et inspirantes pour le public. Je pense que nous respectons et protégeons ce que nous aimons et nous connaissons. Pour les enfants, l’éducation commence de cette façon. Ils doivent sortir pendant leur enfance pour développer autant que possible leur sens de l’émerveillement, leur curiosité et leur esprit sauvage. Ce lien avec Mère Nature conduira inévitablement à son respect. 
L’excitation et la joie immenses de Paul à travers le film peuvent inciter les personnes de tous les âges à sortir pendant la nuit pour se sentir profondément connecté à quelque chose de plus grand, qui dépasse notre entendement. J’espère que ce film peut jouer ce rôle. Je pense que Paul est un merveilleux « ambassadeur » grâce à l’énergie qu’il dégage et à son travail photographique exceptionnel.

©Paul Zizka

©Paul Zizka

In the starlight, par Mathieu Le Lay est disponible en VOD et DVD Blue Ray

Le film a reçu le premier prix du 8ème Festival du Film de Sestriere et du Festival du Film de Montagne de Milan 2018. Il vient tout récemment de recevoir le Cairn d’Argent au 7ème Festival du Film de Montagne et d’Exploration de Saulxures-les-Nancy. Le film poursuit actuellement sa tournée dans les festivals.