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2013 : dans la revue de l’American Alpine Club, Mike Royer révèle une couronne de Big Walls à la confluence de deux fjords, au beau milieu de la côte Est du Groenland. Dénommée depuis le Mythics Cirque, elle a été de nouveau explorée cet été par le Français Symon Welfringer, l’Italien Matteo Della Bordella et le Suisse Silvan Schüpbach. Bilan : près de 400 kilomètres de navigation en kayak, et deux ouvertures engagées sur deux sommets du lieu. Récit de Symon Welfringer.

Deux ouvertures en Big Wall et une expé « By fair means », mêlant kayak et grimpe, Matteo Della Bordella d’Italie, Silvan Schüpbach de Suisse et moi-même revenons du Groenland, comblés.

Après les premières difficultés bureaucratiques liées à la pandémie de Coronavirus, qui nous ont bloqués pendant une semaine en Islande, tout a fini par rentrer dans l’ordre.

À Tasiilaq, point de départ et d’arrivée de ce long voyage en totale autonomie parmi les mers et fjords de la côté Est du Groenland, nos kayaks sont chargés avec tout le matériel de grimpe et 25 journées d’autonomie. Nous partons pour le Mythics Cirque, une région reculée du pays où seules quelques expéditions se sont aventurées (Kangertittivaq Fjord, sur la commune de Sermersooq, NDLR), et 350 kilomètres de navigation aller-retour.

Les Mythics Peaks du cirque (d’où son nom), sur la côte Est du Groenland. Au centre et bordée d’un couloir, la Siren Tower ©Coll. Symon Welfringer

Nous avons réussi à garder une moyenne de 40 kilomètres par jour, soit 8 à 10 heures de navigation quotidienne

Nous atteignons le cirque, l’explorons, et y ouvrons deux itinéraires d’ampleur : l’un sur un sommet complètement vierge – le Paddle Wall – et l’autre sur la Siren Tower, deuxième ascension de ce sommet, deux journées après nos amis Belges qui étaient aussi dans les parages… (Nicolas Favresse, Sean Villanueva O’Driscoll, Jean-Louis Wertz et Alekseï Jaruta, NDLR).

La préparation des mois précédant l’expédition pour la partie kayak était essentielle pour pouvoir mener à bien ce voyage. Nous avons réussi à garder une moyenne de 40 kilomètres par jour, soit 8 à 10 heures de navigation quotidienne dans cet environnement spectaculaire ! Par rapport à une expédition classique, nous avons eu un réel sentiment d’exploration, de découverte en vivant sur un territoire où le paysage change constamment, jour après jour.

Plusieurs jours de navigation… ©Matteo Della Bordella

… parmi les glaces… ©Matteo Della Bordella

Pour trouver à l’arrivée des Belges nus bien connus ! « Vous ici ? » – Évidemment. ©Jean-Louis Wertz

Siren Tower : FORUM, 21 longueurs, 7c max, 840 m

 

« Forum » est le nom de la nouvelle voie que nous avons ouverte sur ce magnifique sommet qu’est la Siren Tower. Nous sommes trois fortes personnalités et chaque décision sur quoi faire, où aller, comment nous organiser a toujours nécessité de grandes discussions. Des moments constructifs qui nous ont permis d’atteindre notre objectif, c’est pourquoi nous avons appelé la voie ainsi.

Au début de la voie,  nous faisions face à de nombreuses inconnues, la partie centrale du mur semblait très raide et les fissures paraissaient discontinues sur 200 à 300m, laissant présager des longueurs dures et bien engagées.

Ces inquiétudes se sont avérées justifiées. Après avoir grimper les premiers 200 m rapidement, nous avons buté sur la partie la plus raide du mur avec de nombreuses longueurs surplombantes.Cette section s’est avérée complètement démente, avec le strict minimum pour pouvoir grimper en libre à notre niveau.

Il nous a fallu 6 jours pour boucler l’ouverture et enchainer toutes les longueurs, en utilisant un style d’ouverture le plus pure possible à base uniquement de friends, coinceurs et pitons.

6ème jour dans le mur de la Siren Tower : Symon Welfringer dans la fissure clée de FORUM, évaluée à 7c ©Silvan Schüpbach

Jour 6 sur la Siren Tower : Silvan libère une longueur bien technique, évaluée à 7b ©Matteo Della Bordella

Symon, Silvan et Matteo au sommet de la Siren Tower ©Coll. Symon Welfringer

Les deux équipes réunies au camp de base après leurs ouvertures respectives sur la Siren Tower. De gauche à droite et de bas en haut : Jean-Louis Wertz, Symon Welfringer, Matteo Della Bordella, Alekseï Jaruta, Nico Favresse, Silvan Schüpbach et Sean Villanueva.  ©Coll. Symon Welfringer

Paddle Wall : LA CÈNE DU RENARD, 7a max, 450 m

Après cette belle ouverture et quelques journées de pluies sous la tente à ruminer, nous avons décider de partir explorer la région alentour à la recherche d’autres objectifs intéressants. 12 kilomètres en kayak nous ont conduit vers un mur vierge qui paraissait très intéressant pour l’escalade libre, le bien nommé « Paddle Wall ».

Nous y avons trouvé des longueurs vraiment magnifiques dans un rocher compact rayé de superbes fissures, une escalade qui se protégeait super bien et une descente confortable. Nous réussissons cette ouverture à la journée, cerise sur le gateau avant d’entamer le retour en kayak vers Tasiilaq. Le nom de la voie est un petit hommage au renard qui, lors de notre séjour, nous a nonchalamment piqué et englouti un demi-kilo de fromage suisse pendant notre sommeil.

 

FORUM, 7c max, 840 m, sur la Siren Tower ©Coll. Symon Welfringer

La cène du renard, 7a max, 450 m, sur Paddle Wall ©Jocelyn Chavy

Les paysages sont infinis, que ce soient les montagnes à perte de vue ou la mer qui rejoint le ciel au bout de l’horizon

Une petite réflexion

J’ai passé un bon bout de temps à chercher la traduction du mot « Liberté » en langage Inuit – le Inuktitut – et je n’ai rien trouvé.
C’est bien simple, ce mot n’existe pas dans cette langue, comme le mot « Futur » par exemple. En revanche, il existe plus de 200 mots différents pour désigner la « Neige ».
Je trouve la linguistique assez fascinante, dans la mesure où l’on considère qu’une langue reflète la culture d’un pays. Ces mots comme « liberté », « futur », sont essentiels dans nos propres langues latines, mais les Inuits n’ont peut être pas besoin de retranscrire ces idées par des mots. Ces notions seraient-elles tellement naturelles et innées pour eux ?!

Soit. Tout ça pour dire que je n’ai jamais eu une sensation de liberté aussi forte qu’en parcourant les fjords groenlandais. Ces journées à pagayer au milieu des icebergs pendant des heures m’ont montré à quelle point la nature était puissante à cet endroit. Les paysages sont infinis, que ce soient les montagnes à perte de vue ou la mer qui rejoint le ciel au bout de l’horizon.

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