L’escalade du futur, le documentaire qui bouscule le monde de l’escalade

En une dizaine d’années la popularité de l’escalade a explosé. L’Escalade du Futur, documentaire de 52 minutes réalisé par Guillaume Broust avec Cédric Lachat, part d’un constat simple : l’escalade a changé d’échelle. Entre ouverture de nouvelles salles, entrée aux Jeux olympiques et pression croissante sur les falaises, le film interroge moins la performance que ce que devient le monde de l’escalade en se développant. Edlinger et les pionniers de l’escalade libre étaient quelques milliers. Aujourd’hui on estime que près de deux millions de personnes ont goûté à l’escalade, surtout en salle. 

Pour son film, Guillaume Broust choisit la circulation plutôt que la démonstration. Le film avance d’un lieu à l’autre, d’une parole à l’autre, avec Cédric Lachat comme fil conducteur, passeur plutôt ironique dans un paysage qu’il connaît bien. C’est sans doute ce qui fait le ton juste du documentaire : il ne cherche ni à célébrer l’essor de l’escalade, ni à le condamner en bloc. Il regarde ce déplacement du centre de gravité, des falaises vers les salles, de la marge vers l’industrie, de la pratique vers son image. Voir Cédric faire semblant de massacrer un bloc avec des « tickets » de magnésie est drôle, mais surtout révélateur d’un malaise, celui de la surfréquentation de certains coins de Fontainebleau.

Dans les colonnes d’Alpine Mag, vous pouvez lire depuis plusieurs années les articles que nous publions à propos des problématiques d’équipement, d’assurance, de liberté d’accès aux falaises, des interdictions suite au déconventionnement, de gestion des falaises… C’est exactement le propos du film : le succès de l’escalade comme fait social peut causer sa perte, du moins celle de la liberté de pratique.

L’Escalade du Futur rappelle que grimper n’est pas seulement une affaire de sport, mais aussi de lieux, d’usages, de voisinages, de limites. En creux, le film pose cette question assez rare dans les productions de film d’escalade : comment continuer à grimper sans épuiser ce qui rend la pratique désirable. Il n’apporte pas de réponse définitive, et c’est très bien ainsi. Le film ouvre un espace de réflexion, accessible, parfois un peu appuyé, mais sincère. Un film à voir absolument. 

Un film soutenu par Karpos.

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