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Dans le panneau

La semaine dernière, il a fait chaud.
Toutes les heures, sur Inter, on nous disait de boire, de nous isoler du soleil et d’appeler nos proches. C’est ça le niveau 3.
Du haut des montagnes, nous rions de cette infantilisation du monde, certains de l’étanchéité du notre à de semblables maux. Nos montagnes sont ces îlots où survit une confiance en la responsabilité de chacun. C’est une fable.
Les avertisseurs, ceux qui vous prennent par une main et ouvrent le parapluie de l’autre, sont aussi là-haut, autant. Le mal s’insinue et dans la neige plante ces panneaux qui nous alertent sans cesse. Vous êtes en haute-montagne, danger, vous quittez un monde sûr. On ne les voit même plus ces gros triangles jaunes tant ils font partie du décor.
Pourtant, montagnards, nous nous flattons d’être des observateurs lucides, avertis et vigilants dès lors qu’une liberté vacille. On connaît la ficelle, on ne nous la fait pas. Les mordus de panneaux guettent un touriste en claquettes ou un alpiniste à la noix, crampons à l’envers pour vite dresser un portillon et un arrêté qui fronce les sourcils. Ça ne sert à rien, l’imprudent isolé ne lit de toute façon pas ces choses-là et aime à les enjamber mais le prétexte a été saisi, on dit au reste du monde de faire attention, jouant la bienveillance pour mieux se couvrir et placer les jalons d’une prochaine interdiction qu’on appellera préservation, c’est plus joli. Le triangle jaune qui prévient deviendra rond rouge qui

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