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À repeindre en blanc, ou d’une autre couleur

Surtout ne faites pas comme moi, ne regardez pas les webcams le lundi. Ce matin, j’aurais pu écrire ma joie de voir l’hiver revenu, le spectre de la sècheresse s’éloigner, les sommets repeints de blanc. Pensant à mes petits glaciers personnels et mes goûts assez lambda (des rimayes remplies plutôt que béantes), je pourrais me satisfaire d’entendre que nous venons de vivre, dans le confort du gaz russe, la nuit la plus froide depuis 1947. Nonobstant le malheur des producteurs de fruits, j’aurais pu me réjouir de tous ces signes qui manifestement nous séparent de ces deux dernières années de Covid et de liberté entravée. Il y a deux ans, comme des centaines de milliers d’entre nous, je hurlais contre la laisse qui nous empêchait de respirer au-delà de un kilomètre. Il y a un an, je t’invitais, lecteur, lectrice, à ne pas te satisfaire du nouveau rayon, d’abord de dix, puis de trente kilomètres, tandis que les licenciés du foot pouvaient se déplacer d’un bout à l’autre de leur département. Ah bon, tu as déjà oublié ?

Écrins, glacier de la Girose. ©Jocelyn Chavy

On oublie tout. C’est merveilleux. Je peux mettre une tente de toit sur mon véhicule et partir à l’aventure, comme si le Valjouffrey était le Ruwenzori ou le lac de Salagou le lac Tchad. Je peux mettre cette tente à la con sur le toit tant que je peux mettre de l’essence à deux euros le litre dessous. Youpi. 

Dans un contexte « normal », le rapport du Sénat sur la place des cabinets de conseil privés dans la prise de décision politique aurait dû faire trembler la République, car l’affaire McKinsey révèle non seulement un scandale d’État mais la propension antidémocratique de ceux qui gouvernent.

Dans un contexte « normal », le deuxième volet du rapport du GIEC sur le réchauffement climatique émis fin février, qui confirme les pires craintes des savants, aurait dû faire trembler l’opinion publique. Ce qui confirme l’inanité de ceux qui arrosent la montagne de millions d’euros d’enneigement artificiel (et rêvent, oui, de 2027) *.

Pourtant, dans un troisième volet publié ce lundi 4 avril, les experts de l’ONU détaillent les scénarios possibles pour limiter le réchauffement et ses impacts et appellent de leur voeux des plans climat, sans oublier les questions d’acceptabilité sociale et la place des technologies comme le captage et le stockage du carbone.

Ce lundi 4 avril, le GIEC dévoile un éventail de possibilités pour limiter le réchauffement climatique.

À quoi servent les élections ? À ne pas oublier. Les libertés bafouées, passées, et à venir. Les décisions pas prises. À repeindre une démocratie qui est solide, mais qui prend cher. 

Dimanche prochain, quarante cinq millions d’électeurs et d’électrices sont invités à voter pour élire le prochain président de la République. Vous pouvez aller grimper le weekend, mettre une tente dans le coffre pour bivouaquer tranquille samedi soir. Mais n’oubliez pas d’aller voter. « De tous les moyens de faire des choix de société, le moyen électoral est peut-être le plus imparfait, parfois même le plus trompeur. Mais un moyen médiocre vaut mieux que pas de moyen du tout.»**

* lire notre dossier Élections présidentielles et particulièrement Environnement : un chantier pas prioritaire

** lire le billet de F. Lordon sur le blog Monde Diplo.

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