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Dragon Fly

À chaque expé, son astuce photo ! Workshop avec les Bourses Expé

Ils sont motivés tous ces jeunes lauréats des Bourses Expé. Que ce soit en parapente, à vtt, en escalade, en alpinisme ou même en voilier, tous ont des idées plein la tête pour vivre leurs aventures le plus intensément possible. Mais nous, ce qu’on leur a demandé, c’est de prendre une journée à nos côtés pour apprendre à en ramener de meilleures images et pour nous raconter au mieux leur périple. Quatre expés et cinq conseils pour photographier. Résumé. 

Alpine Mag est partenaire des Bourses Expé pour la seconde année. À chaque fois, on se régale à lire les dizaines de dossiers de candidats à la précieuse aide apportée à ces aventuriers en herbe. Quand ils ne reçoivent pas un peu de cash, c’est du matériel qui leur tombe tout cuit dans le bec grâce aux autres partenaires : les magasins Expé bien sûr Béal, Petzl, Ferrino, Katadyn, Julbo, Vertical Raidlight, la FFCAM, Spéléo Mag et la ville de Grenoble.
De notre côté, nous avons donné rendez-vous aux lauréats au coeur du massif de la Chartreuse pour une soirée et une journée de workshop photo. Comme toujours, chacun a déjà des connaissances dans un ou plusieurs domaines : cadrage, technique, placement, retouche. Si quelques rappels théoriques ne font jamais de mal, ce sont surtout des conseils pratiques en exercices pratiques sur le terrain qui leur ont été les plus utiles. Il faut dire que les deux ancêtres-formateurs cumulent à eux deux près de 20ans d’expérience et une cinquantaine de pays visités, appareil photo autour du cou et moyens de locomotion variés aux pieds. Au bout du compte, le maître-mot reste le même : lâchez-vous ! Franck, de l’expé « La trav’AIRsée des Carpates » témoigne (et on ne l’a pas payé pour dire ça !) : « Vous avez su éclaircir des zone d’ombres que je ne pouvais voir tout seul, et m’apporter une nouvelle forme d’inspiration pour être plus créatif et professionnel. » On attend de voir ça à son retour d’Europe de l’Est, des images plein les cartes-mémoire !
Cette année quatre projets ont été sélectionnés. Plutôt qu’un long discours, on vous laisse visionner les vidéos de présentation de ces projets teintés d’humour, de passion et parfois même d’ambition. Ensuite, on revient sur un conseil photo de base mais essentiel, qui fonctionnera particulièrement bien pour l’expé indiquée.

Sur le chemin de la vérité photographique, lors du workshop photo pour les Bourses Expé 2019 en Chartreuse. ©Ulysse Lefebvre

Nuorrek : voile et alpinisme

Le projet
En Sami contemporain, Nuorrek signifie ‘‘le long des côtes’’, cela résume parfaitement le défi à venir. Thibault et Loic se lancent dans une expérience unique et inédite, entre mer et montagne. Ils vont longer les côtes du Finnmark, en partant d’un village de Samis situé au Cap Nord jusqu’aux Alpes Lyngen en catamaran de sport pour réaliser l’ascension du Store Lenangstind.

Le conseil photo : Sur-exposer avec la correction d’exposition
Pour la partie alpine et l’ascension du sommet au nom compte triple (gardez le pour la prochaine partie de Scrabble), on a de cesse de recommander la correction d’exposition lorsque le paysage est en grande partie enneigé. En quoi ça consiste ? L’idée c’est que toute la neige, blanche donc, si tout va bien, va influencer majoritairement le calcul d’exposition par l’appareil photo. Neige blanche + soleil = beaucoup de lumière à gérer par le capteur. En conséquence, l’appareil va décider de sous-exposer la photo, c’est à dire de baisser la quantité de lumière. Pas bête pour avoir une belle neige. Problème : le personnage, bien souvent le sujet essentiel de la photo, sera lui totalement sous-exposé, trop sombre, bouché comme on dit. Mieux vaut donc privilégier le personnage et s’occuper de la neige en post-production, sur votre ordinateur. 
Pour ce faire, on va utiliser la petite molette de correction d’exposition située sur l’appareil sous le déclencheur, pour forcer l’appareil à sur-exposer la photo de 1/2 ou 2/3 de diaphragme. 

La mollette de correction d’exposition, en bas à droite sur un Sony A7III, graduée de -3 à +3. ©Ulysse Lefebvre

À gauche, le sujet est bouché et les détails seront difficiles à récupérer. La neige, elle, est bien exposée mais elle n’est pas l’élément essentiel de la photo. À droite, avec une correction à +2/3 de diaph’, le sujet est débouché et les détails reportent mieux. La neige est peut-être sur-exposée mais elle sera facilement récupérée en post-traitement. ©Ulysse Lefebvre

Le 8 expé au Kenya : escalade

Le projet
Projet d’ouverture de voies sportives/grandes voies sur les 5 principaux monts du Kenya. Le 8 expé s’inscrit dans une démarche solidaire du club parisien Le 8 assure qui organise des expéditions aux 4 coins de la planète, avec une équipe d’amateurs.
Portée par une équipe totalement mixte, pleine de talent et d’humour, de simplicité et de dérision, l’aventure sera ponctuée de récits et d’illustrations et se clôturera par une projection du film d’expédition dans une salle de la capitale.

Le conseil photo : shootez du dessus ! 
On ne le répétera jamais assez : aussi beau soit le popotin de votre premier(e) de cordée, ne le photographiez pas de dessous ! Cela ne met pas en valeur ses atouts et ça écrase la verticalité. Alors si, faites-le pour une photo « bloc-note », histoire de vous souvenir du passage, de l’itinéraire, des prises, mais oubliez ça pour raconter votre histoire autant que possible et prenez le temps de photographier de dessus. Ainsi, la verticalité prend tout son sens et la sensation de gaz est prégnante. Cela permet aussi de faire la mise au point au grand angle sur la main du grimpeur par exemple, tout en laissant l’arrière-plan plus flou, qui sera interprété comme du vide. Comment ? Plusieurs options : 

  • dans une cordée de trois, le second prend l’appareil photo pour photographier le 3e du dessus et laisser les mains libres (et le dos léger) au premier de cordée. 
  • à trois, après l’ascension d’une longueur particulièrement photogénique, si le temps ne presse pas, le photographe reste au relais et les deux autres redescendent pour gravir à nouveau la longueur en se faisant tirer le portrait d’en haut. C’est long certes et c’est, Ô malheur ! un début de mise en scène, mais si le fait de ramener de belles images est essentiel, c’est un passage presque obligé pour ramener des photos intéressantes. 
  • à deux, le premier embarque l’appareil photo et prend le temps de photographier son second depuis le relais ou des points de repos (il est vraiment très fort ce premier de cordée).

[attention, escroquerie !] Renforcement artificiel de la sensation de vide (de gaz) en photo d’escalade prise de dessus. Ici, la hauteur sous les pieds du grimpeur est de 10cm environ. ©Ulysse Lefebvre

La trav’AIRsée des Carpates : vtt et parapente

Le projet
Franck, Guillaume et Jérémy vont effectuer une traversée complète des Carpates à vélo (de Vienne en Autriche à Nìs en Serbie) en emmenant avec eux leur matériel de vol libre. Une traversée d’environ 1500km pendant laquelle ils espérent survoler les massifs autant sauvages qu’inconnus que comportent les Carpates.

Le conseil photo : osez la (légère) mise en scène ! 
À vélo, sur les routes d’une virée itinérante, il est assez simple de poser l’appareil photo en mode retardateur pour réaliser des clichés de l’ensemble des membres de l’expé sur leur destrier. Cette modeste mise en scène, qui ne devrait pas dénaturer le récit, permettra d’obtenir une vision d’ensemble de l’équipe. C’est aussi un moyen d’obtenir des photos de paysage propres avec les vélos au bon endroit (plutôt que la photo prise par le copain Jojo dans la roue arrière ou le pote Momo trop loin devant.
L’idée, c’est que dès qu’un paysage ou un cadre original apparait, on prend le temps de poser l’appareil sur un petit trépied léger, un muret ou même au sol, puis on cadre et on s’arrange pour que les vélos soient placés au bon endroit au moment du déclenchement de l’appareil (souvent 5 ou 10s plus tard). Nul besoin de partir de loin, surtout que le photographe va devoir rejoindre sa monture juste après avoir enclenché le retardateur. Ensuite, il faudra probablement réessayer plusieurs fois pour avoir la bonne photo et les cyclistes au bon endroit, mais ça vaut le coup. Et si vous trouvez ça trop long et fastidieux, souvenez-vous des innombrables plans faits en solitaire par le cycliste du film The Frozen Road, dans des conditions de froid et de neige abominables de l’arctique canadien. Pour se filmer, Ben Page pose souvent la camera et refait des portion de route pour pouvoir raconter son histoire solitaire, malgré l’épuisement. Alors, encore des râleurs dans la salle ? 

Poser tout simplement l’appareil au sol permet de montrer l’ensemble d’une équipe tout en obtenant un cadrage original qui met en valeur les textures du sol, comme ici la neige. (c’était cet hiver en fat-bike dans le Vercors). ©Ulysse Lefebvre

Curry powder : ski

Le projet
Etienne, Tristan, David, Maxime et Régis vont partir pour l’Inde mi-mai pour tenter la première à ski du Tharang I (6066m) ainsi que la première ascension et première descente à ski du Tharang II (6011 m).

Le conseil photo : vite vite vite ! Vitesse de déclenchement élevée et le reste suivra ! 
Trop de reportages consacrés au ski nous parviennent composés de magnifiques photos d’ambiance, de préparation  de repas, de montée en peaux de phoques mais… sans photos de descente, du moins peu de photos de descente décentes ! Un skieur qui descend, ça va vite et pour le photographe placé au bon endroit sur la trajectoire, il s’agit d’assurer avant tout un skieur net (sauf démarche artistique bien sûr). Pour cela, on se met en mode priorité à la vitesse (donc on gère la vitesse et on laisse l’appareil s’occuper de l’exposition et des ISO) et on indique une vitesse au 1500e de seconde minimum, voire 2000e. À cette vitesse là, même si le copain Fredo envoie plus de bois que jamais, il devrait être figé par l’appareil au moment de son passage, même à Mach 12. À charge pour le photographe d’ajouter quelques éléments de composition au premier plan ou au second plan. Mais ça, c’est une autre histoire… Au moins, le sujet sera net et vous aurez quelques photos de descente pour raconter ce qui reste, quand même, l’un des meilleurs moments d’une sortie ski, non ? 

 

Photo de ski ratée en situation typique : le couloir est superbe, la neige incroyable, l’envie de descendre à son paroxysme MAIS il est bon aussi de faire une photo. On sort l’appareil, on fait vite pour ne pas trop faire patienter la copine dans les starting-blocks, on lui fait signe d’y aller et on ne vérifie pas les réglages, toujours en priorité ouverture à f/7,1. Résultat : vue la faible luminosité de la scène, l’appareil compense en obturant au 1/250e de seconde à ISO 200. À cette vitesse là, notre skieuse guronzée resort floue à l’image. Grrr…. ©Ulysse Lefebvre

Un dernier pour la route : incarner avec du portrait !

L’idée
Le sport et l’action, c’est bien, mais incarner l’aventure en montrant les gens qui la font, les visages qui l’ont imaginée voire les gueules qui la subissent, c’est essentiel. 

Le conseil photo : prenez le temps de faire des portraits, et ce dans des situations variées. Un portrait en partant, lorsque les visages sont encore pimpants, puis un portrait à la fin de l’expédition, quand les barbes ont poussé, que le bronzage a coloré les visages, que les bouts de glaçons sont tombés et ont marqué le nez du glaciairiste… Le portrait peut-être posé bien sûr mais cela peut aussi être un portrait plus ou moins volé ou sur le vif. Il s’agira enfin des protagonistes de l’expé mais aussi des personnes rencontrées en route,  au camp de base, au bistrot du patelin… Cette galerie de portraits variés saura apporter l’humain indispensable aux histoires de déambulation dans ce vaste monde.

Les lauréats des Bourses Expé révisent les bases d’un portrait posé : un fond uniforme ou au motif harmonieux (le bardage bois, ça marche souvent) que l’on adoucit avec une faible profondeur de champ et un sujet disposé à prendre quelques minutes pour se laisser tirer le portrait. ©Ulysse Lefebvre

Petits exercices entre lauréats des Bourses Expé, lors du workshop 2019 en Chartreuse. ©Ulysse Lefebvre