Ciao Ben et Quentin

Je ne sais finalement pas grand chose de Ben et de Quentin. Même si quelques jours passés en montagne permettent parfois de révéler quelques traits de caractère. À la Petite Verte avec Quentin, on faisait quelques photos rapides dans une belle ambiance hivernale. On avait parlé de ski, de Pralognan-la-Vanoise, du plaisir qu’on avait à être dehors sous les pizzas qui tombaient du ciel. Et qu’on irait sûrement skier dans la foulée. 

Quentin Lombard à la Petite Verte. ©UL

Quant à Ben, on avait passé deux belles journées à grimper et prendre des photos dans feu la Lepiney, au Trident du Tacul. L’année d’après, il foulerait la cime du Nuptse avec Fred Dégoulet et Hélias Millerioux. Le Gang des Moustaches était né.

Depuis, on entendait peu parler de Ben. Je respectais sa discrétion en ces temps d’étalage. J’admirais sa polyvalence. Peu d’alpinistes (aucun autre ?) savaient mettre en oeuvre toutes les qualités nécessaires pour gravir une immense paroi himalayenne telle que la face sud du Nuptse, avant de cocher un 9a dans les gorges du Loup, quelques mois plus tard, après avoir décidé de s’y consacrer pleinement. J’admirais peut-être aussi le bonhomme qui savait conjuguer vie de famille et vie en montagne. Ben et Quentin étaient tous deux pères de deux enfants. 

Ben Guigonnet sur la terrasse du refuge Torino. ©UL

Depuis, la Lepiney s’est effondrée et nous sommes nombreux à l’être aussi avec la mort de Ben et Quentin. Un peu rageux aussi, il faut bien l’admettre, de voir encore une fois un accident de la route emporter deux alpinistes par ailleurs très engagés en montagne. Mais il n’y pas de justice dans ces histoires, encore moins de retour en arrière possible. 

La route des crêtes s’est dérobée à leur passage. Et le vide du Verdon n’a sans doute jamais été aussi palpable. Et douloureux. 

Une pensée très personnelle pour les compagnes et compagnons de cordée et de vie de Ben et Quentin.