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Un espresso à la mer #1

Nève et Jibé travaillent pour l’Office du Tourisme de la Chapelle-en-Vercors dont le Maire est dépité devant le peu d’afflux de touristes. Chaque été, son dépit s’accroît. Il est une évidence, l’estivant préfère le sud. Pas le Diois, plus au sud encore, la mer !
Alors Monsieur le Maire a chargé ses deux animateurs de prendre le large une semaine et de revenir, leurs besaces remplies de recettes touristiques, celles dont usent et abusent les gens du Sud depuis que les vacances existent. Dix il a dit ! Pas une de moins. Il était temps de réagir.
Le flocage de la Chapelle a été ôté du Berlingo, c’est une opération secrète. En route.
La première règle a été facile à repérer. Sur la route justement, à hauteur d’Orange. Le touriste semble goûter aux joies de la promiscuité. Il lui faut du surplace, du pare-choc collé serré, ce sentiment d’être au bon endroit au bon moment car tant d’autres sont là. Il fait mine que ça l’agace mais il est rassuré. Alors que pour monter à la Chapelle, c’est une fluidité suspecte qui l’accompagne. Même constat pour le stationnement ; à leur arrivée au Cap d’Agde, les deux animateurs ont tourné 1h02 pour trouver une place. Montre en main. Nève a alors songé avec effroi comme il était facile de se garer à la Chapelle, juste devant la boulangerie, juste devant la piscine, juste devant quoi que ce soit en fait. C’est effrayant pour le touriste, la peur du vide, cette désagréable sensation d’être le seul à avoir eu l’idée de venir là. Jibé a ouvert le carnet bleu « Belle est la Chapelle » et il a noté : « Règle n°1 : faire comme en hiver, rendre l’accès pénible. Organiser des bouchons et des nuits en gymnase serait un plus. Penser à garer des voitures devant la boulangerie.»
C’est à la plage que le deuxième axe de progrès a sauté aux yeux de Nève. Les gens, jeunes et moins jeunes, revenaient de la baignade, enthousiastes, euphoriques. En vainqueurs, ils pointaient du doigt le large. La bouée jaune ! Quelle trouvaille. À peine trois cent mètres, rien plus loin, quelques brasses et puis c’est bon, une réussite visible de tous. Alors que chez nous, l’effort est isolé, confidentiel. Nève a demandé le fameux carnet à Jibé : « Règle n°2 : arrêter de placer les lacs, les cols et les sommets à cinq heures de marche de la voiture. Ne pas faire de la vue depuis le sommet l’alpha et l’oméga d’un séjour en montagne. Imaginer des satisfactions de proximité. »
Puis Jibé s’est approché du club de loisirs.
Il a observé le prix d’une demi-heure de pédalo. Au départ, il a crû à des francs, lui qui était à peine né. La chanson que ne cessait de lui fredonner sa grand-mère lui est venue immédiatement en tête. La mer, qu’on voit danser le long des golfes clairs, a des reflets d’argent. Tu m’étonnes.
Il s’est dit alors que la mission confiée par le Maire n’était pas si ardue, des martingales à touristes, il suffisait de se baisser pour en trouver.
– « Nève, file-moi le carnet, j’en ai une ! »

La suite lundi prochain, les doigts de pieds en éventail…