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La montagne vue de la mer. Ici la montagne est un volcan, une floppée de volcans, cônes, cratères, calderas. On ne les compte pas. Ils dessinent la ligne d’horizon tous azimuts. Très jeunes pour certains, 300 ans à peine. Roche friable, coulées de lave figée, pétrifiée, champs de pouzzolane. Du grand art volcanique sur des hectares d’aridité. Une île océanique, fraction affleurante d’un rift, dorsale atlantique. Infime partie visible comme le serait celle émergée d’un iceberg dans les eaux polaires. Plantés là les volcans, au milieu des flots qui n’ont de cesse de reprendre ces quelques arpents volés à l’océan. Revancharde la houle. Coups de boutoir, assauts permanents, vagues, rouleaux, ressac. Pas vraiment pacifique l’Atlantique. La falaise la plus imposante est bordée d’une longue plage de sable grande ouverte aux éléments de nord-ouest. Nul obstacle à la course furibonde des trains de houle. Ça rentre dans la grande baie, ça se lève, ça se forme, ça creuse, ça casse et ça déferle. Fracas des vagues. Eternel recommencement. Combien de temps qu’elles s’acharnent ici au pied de la falaise qui les domine pleine d’aplomb. Presque 600 mètres tout de même, imposant vue d’en bas lorsqu’entre deux séries (de vagues), assis à califourchon sur la planche, on tourne le dos au large et on lève ses yeux piqués de sel vers là-haut. Grandiose.

– Pourquoi surfez-vous ces vagues ?
– Parce qu’elles sont là !

Arrive la série suivante, on observe, on rame un peu. On se place au pic. La petite montagne d’eau s’élève, luit au soleil, se creuse. La crête s’affine, la lèvre se forme qui blanchit. Ramer, se dresser, glisser sur cet ourlet d’eau qui déjà s’affaisse puis disparaît en écume. Ephémère et addictif. A la question, Pourquoi surfez-vous ces vagues ? George Mallory versant surfeur (le seul de l’histoire en knickers), aurait répondu : Parce qu’elles sont là ! Qui plus est au pied d’une montagne.

Mer et montagne. Entre les deux c’est bien connu, le cœur balance. Alors le lendemain, chaussures au pied, on remise la planche pour tourner le dos au swell. On s’élève dans la vallée courue par un petit canyon aride, on se laisse guider par un joli sentier. Roche noire, terre ocre, figuiers de barbarie. Jusqu’à gagner un plateau sommital aride et venté. Quelques pas à main gauche, escarpements rocheux sculptés et le plateau s’efface, c’est le vide. Attention, ici au pic ne pas glisser. La montagne a mis l’océan à ses pieds.

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