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Rêve de nuit

Il arrive que nous ayons des envies de nuit. À ski. Coller ses peaux, libérer le talon et plonger dans l’obscurité.
On attend que le soleil aille voir ailleurs, d’autres de la Terre l’attendent et hop, on sort.
Au début, on fait comme en plein jour, c’est notre repère. On nourrit les mille lumens de notre frontale pour que la nuit ressemble au jour et ne pas avoir trop peur ; cette frontale, elle est un peu la veilleuse de notre enfance. Puis on se dit que c’est idiot – la nuit est éclairante – pour trois raisons. Parce qu’on a grandi et qu’il n’est plus l’âge d’avoir peur du noir. Parce qu’il est stupide de faire semblable quand c’est la variation que l’on souhaitait. Parce qu’on ne voit que nous depuis le village et nous n’avons pas fait le choix de la nuit pour être à ce point visible.
Alors on baisse la lumière, jusqu’à presque rien sauf parfois la lune. On baigne dans le noir, cette corbeille de rêves et de fantasmes. Notre univers se réduit aux deux mètres devant nous et c’est une magie que cette sensation ; au-delà de ces deux mètres, il n’y a rien qui nous intéresse ni nous distrait, l’oubli joyeux du Monde est autorisé. Il suffit de tourner la tête pour changer d’histoire.
Et tout se met à baisser de concert. Le rythme, l’idée n’est pas de nous presser. La voix, nous nous mettons à chuchoter, comme si nous étions chez

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