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Il n’y a guère de configuration plus difficile que le monde sous-terrain en photographie. Et pourtant, que de beauté, et d’histoires à raconter. En deux jours de formation photo – de la technique au storytelling – entrecoupés de deux jours de pratique dans les réseaux souterrains de la Dent de Crolles,  l’équipe Jeunes de la Fédération Française de Spéléologie a pu s’y mettre vraiment. En partenariat avec Petzl, et avec la complicité du photographe Serge Caillault, ce workshop aura produit un reportage à travers le fameux Trou du Glaz, en Chartreuse. Le résultat ? En mots et en images.

Mon téléphone sonne, un fort accent franc-comtois résonne à mes oreilles. C’est Grégoire Limagne, un ami spéléo, coordinateur du pôle développement de la commission jeune de la Fédération Française de Spéléologie.

–  » Ho, Thomas, tu veux pas venir faire une formation photo spéléo chez Petzl ?

– » Heu, tu sais quand même que je sais faire aucune photo sans mon téléphone ? »

–  » T’inquiètes pas, allez, viens ! »

Persuadé que je vais tenir des flashs pendant tout le week end et rester figé tel une concrétion millénaire, une occasion comme celle ci ne se présentant pas tous les jours, j’accepte ! Contrairement à l’adage, la curiosité n’est pas un vilain défaut. Je rejoins donc mes compères spéléos pour cette formation spéciale.» Thomas Boileau

Premier jour techniques photo et narration, lors du workshop photo pour les jeunes spéléo Petzl. ©Ulysse Lefebvre

Ateliers pratique, premier jour : Greg par Thomas. ©Ulysse Lefebvre

Apprendre et mémoriser les modes semi-auto de son appareil. ©Ulysse Lefebvre

De la photo en spéléo ?

« Les spéléologues sont des êtres discrets qui pratiquent leur activité dans les profondeurs loin des regards… et si d’aventure ils se font remarquer c’est parce qu’ils étalent des kilos de matériel en tout genre lors de la préparation de leurs explorations ou parce-qu’on les retrouve pleins de boue à la sortie d’un trou ! Pour autant, ils n’ont pas vocation à rester dans l’ombre et beaucoup d’entre eux ont à cœur de transmettre et raconter la passion souterraine qui les anime. C’est pour cela que nous, cinq jeunes membres de la Fédération Française de Spéléologie, nous nous sommes embarqués dans un workshop photo avec l’équipe d’Alpine Creative.

Grâce au partenariat entre la société Petzl, dont les origines croisent le chemin de la spéléologie, et la Fédération Française de Spéléologie, nous avons pu rencontrer deux photographes conteurs de montagnes et d’aventures humaines comme sportives, Ulysse Lefebvre et Jocelyn Chavy. Ils nous ont transmis avec enthousiasme pendant deux jours tous leurs conseils pour nous permettre de raconter à notre tour avec des images nos histoires ! » Luca Terray

Le Spéléo Gang. Belle photo prise à la volée, digne des grands reporters ! ©Grégoire Limagne

Approche bucolique en Chartreuse, règle des tiers en photo. ©Grégoire Limagne

Contre jour ! Les spéléos arrivent devant le Trou du Glaz dont l’ouverture béante ne laisse personne indifférent. ©Luca Terray

Du triangle de l’exposition au storytelling

« Tout d’abord le premier jour nous nous sommes glissés à l’intérieur de nos boîtiers d’appareils photo pour en comprendre tous les ressorts. En effet, sans technique point de salut. « Tu ouvres le diaph à f8 pour bénéficier d’une bonne plage de netteté et t’oublies pas de régler 50e de seconde pour faire entrer assez de lumière sans quoi avec 200 iso tu verra pas grand-chose sur ton capteur APS-C muni d’un 35mm équivalent 50mm », vous me suivez ? C’est normal. Nous non plus… Heureusement, la pédagogie par l’exemple et la mise en pratique a du bon et Alpine Creative aura finalement réussi à nous convaincre de ne plus utiliser le mode automatique de nos appareils !

Mais la maîtrise technique ne fait pas tout. Et c’est là qu’Alpine Creative nous a amené sur un terrain insoupçonné… À force d’avoir contemplé des photos de grottes techniquement superbes, monumentales dans la description des paysages souterrains ou impressionnantes dans la capture d’une action sportive, on en avait presque oublié que ce qui compte le plus c’est ce que nous voulons partager en dehors de notre cercle restreint d’initiés. Avec leur regard d’alpinistes, plutôt enclins à parcourir les arêtes que les profondeurs, les photographes d’Alpine Mag nous ont fait toucher du doigt ce que pourrait être un récit de spéléologie qui parle aux gens et nous ont confié plusieurs astuces pour construire une narration efficace.» Luca Terray

Mise en scène de la progression. ©Grégoire Limagne

Détail sur des cristaux de calcite agencés en bouquet. ©Charlotte Honiat

La spéléo et son univers incroyable. ©Charlotte Honiat

Mise en pratique à la Dent de Crolles

« En effet, notre but est d’allier formation théorique avec l’équipe d’Alpine et pratique avec un photographe spéléo, Serge Caillault, dit le Maître. La grotte que nous allons visiter est située dans la dent de Crolles. C’est le trou du Glaz. Le soir Serge nous rejoint au gîte pour terminer les derniers préparatifs. Action ! L’ alpiniste grimpe, le spéléo descend, pourtant l’approche est assez similaire, sac sur le dos, chargés comme des mules, il faut monter. Notre première ascension se nomme le « Pré qui tue ». Pas mal pour un sentier qui accueille plusieurs dizaines de visiteurs chaque week-end. Tout le monde y trouve son compte, randonneurs, traileurs, même un photographe animalier resté figé à sa cachette tel un coquillage à son rocher. Il serait peut-être temps de photographier ce tableau diversifié. Bonne chance, le soleil est avec nous. Règles des tiers, grand angle, diaph à 8  » CLIC » ça shoote. Il est très intéressant de voir que pour une même cadre, la possibilité d’image est infinie. Mais comme on nous l’a souvent répété durant ce stage, CHOISIR C’EST RENONCER, il faut être sélectif . Il est donc très intéressant de positionner son appareil en mode  » priorité d’ouverture ». Ici on ne cherche pas à shooter Marcel Irscher en plein carving mais à faire ressentir un sentiment d’approche, on pose le thème. Le jeu étant de ne pas faire rentrer trop de lumière, baisser un peu les ISO pour ne pas cramer la photo. » Thomas Boileau

La photo de spéléo n’est pas une mince affaire : contraintes techniques, éclairage, et photographe sur corde. Pendu à sa longe Thomas s’apprête à photographier son collègue en contrebas, ce qui requiert une certaine dose d’équilibre et de concentration ! ©Luca Terray

Trou du Glaz en mode studio

« Une fois dans le Trou du Glaz, nous choisissons les scènes que nous voulons photographier le long de notre progression : l’entrée du trou – espace magique à la transition entre le monde extérieur et le monde souterrain, la progression horizontale pendant laquelle nous sommes proches les uns des autres, la progression verticale sur corde dans les puits qui est plutôt une expérience impressionnante et solitaire, la concentration du spéléologue en mouvement tout comme les moments de rêverie pendant lesquels on s’imprègne des formes étranges de la cavité dans la pénombre ambiante, les élans d’exploration pendant lesquels on s’autorise à quitter le chemin balisé pour se confronter à l’inconnu et la difficulté, l’observation minéralogique en collant son œil à la roche tout comme l’observation de l’ensemble d’un puits en s’éloignant le plus possible car la beauté se décline à toutes les échelles, les moments de camaraderie, la mise en abîme avec le photographe photographié, le retour à la civilisation qui brille et nous attire de ses mille feux, promesses de fêtes et de réconfort.

Aidés par Serge, nous positionnons des éclairages spécifiques (flashs radio-commandés) ou nos éclairages continus pour donner naissance à la photographie. Cela prend du temps, beaucoup de temps, et il nous faut longtemps appuyer sur le déclencheur car une tache sombre éclairée ici entraîne une zone sur-exposée là-bas, et un problème apparaît à chaque solution trouvée. Serge nous apprend à construire la photographie progressivement, en ajoutant éclairage après éclairage sans chercher à trouver d’emblée la meilleure solution. Après chaque déclenchement, des voix impatientes s’élèvent de tous les côtés : « Alors alors, elle est comment celle-ci ? Fais voir ! ». Nous nous entraidons tous, tant techniquement (pour installer les éclairages ou tenir la pause) que moralement et c’est là la clé, car il en faut de la bonne humeur pour rester dans le froid du trou du Glaz (5°C) pendant de longues minutes à attendre la bonne photo qui tarde à arriver. » Luca Terray

Progression dans un chaos de dalles effondrées, par dessus ou par dessous, on n’oublie pas d’indiquer le chemin au suivant. Mise en scène originale ! ©Luca Terray

Portrait Close-up sur Thomas dans la remontée du puits de l’Ogive . ©Charlotte Honiat

Charlotte en plein passage de main courante. Avec des flashs bien placés, la photo prise en grand angle au dessus d’une vire de 5/6 mètres donne l’impression que le photographe est debout bras tendu. En réalité il est coincé dans un méandre pas plus large que ses épaules en position fœtus. En photo tout est notion de perspective ! ©Thomas Boileau

Un deuxième jour sous Terre

« Dimanche matin nous partons au trou plus tôt que la veille.

On est repartis pour faire la marche d’approche. J’en profite pour faire quelques photos. Arrivé au trou on refait quelques photos, je pique l’appareil de Thomas pour le tester et lui montrer comment jouer sur la profondeur de champ, je réalise à la volée la photo du gang (appréciée des formateurs, ndlr !) et je fais le modèle pour des photos d’enkitage. Puis nous retournons dans le froid mordant de la grotte, on croise de nombre randonneur en short avec les enfants et s’éclairant au téléphone portable… Nous décidons d’avancer assez vite jusqu’au lieu repéré la veille. On fait des photos en tout genre. J’essaie d’en réaliser une en plaçant l’appareil photo dans un kit mais ça ne donne pas l’effet voulu… Pendant que les autres font des photos sur la main courante, je prépare la bouffe, car la bouffe c’est la vie ! Puis on avance jusqu’au puits suivant. Il y a un peu d’eau qui coule et un grand volume vertical. Plein de possibilité pour faire de bonnes photos, si possible ! » Grégoire Limagne

Beauté, cadrage et …sécurité

« Au-delà de l’exploration, la beauté est partout à qui sait la voir, il suffit de s’arrêter et regarder autour de soi, coller son nez contre la paroi, lever la tête ou la baisser. Des petits cristaux de calcite se regroupent en bouquet et éclosent comme une fleur. Pour rendre la dimension des verticales en photographie il faut surplomber son modèle, se longer au relais, nous n’hésitons pas à prendre de la hauteur tout en restant sécurisé, ce que le photographe oublie parfois, pris dans l’action d’obtenir le meilleur cliché. On se rappelle parfois à l’ordre les uns les autres pour ne pas oublier de se longer. On enchaine les photos des passages verticaux sous les conseils avisés de Serge… On oublie souvent les portraits en spéléo (il n’est pas rare d’avoir de la boue au bout du nez !) à cause de notre obsession à montrer les grands volumes de la grotte. Avec un effet « close-up » on peut rendre cet effet vertigineux même sans voir le fond du puits, et le petit regard qui tue rajoute une autre dimension à la photo. On change les rôles, le photographe devient modèle et le modèle photographe. » Charlotte Honiat

Superbe mise en scène de progression spéléo. ©Ossian Seran

Puits de la Lanterne, une verticale de 20m. Un flash devant, un flash derrière. ©Thomas Boileau

Mr. Serge Caillaut himself. ©Charlotte Honiat

Fin de journée bien remplie, post-traitement pour récupérer la bonne température de lumière d’un ciel nocturne. ©Ossian Seran

L’art des choix (et du post-traitement)

« Pour finir ce workshop, nous retrouvons l’équipe d’Alpine Creative pour une deuxième et dernière journée de travail. Au programme, le dépouillement de nos images, leur retouche avec Lightroom et la construction d’une sélection cohérente et diversifiée qui raconte quelque-chose de notre pratique de la spéléologie ! On découvre avec surprise que la photo que l’on trouvait la plus réussie sur le moment ne raconte pas grand-chose mais qu’à l’inverse, celle que l’on croyait bonne pour la corbeille devient après retouche une image forte et parlante. Le meilleur moment est celui où nous nous apercevons que mises ensemble, nos photographies se répondent et se complètent, forment un tout. Et ce n’est pas que du hasard : nous nous sommes bien entendus, nous avons pris beaucoup de plaisir à travailler tous ensemble. » Luca Terray.

Un grand merci à tous les participants de ce workshop Alpine Creative.

Le post-traitement sur Lightroom, une étape essentielle en photographie. ©Jocelyn Chavy

©Jocelyn Chavy

©Jocelyn Chavy

Remerciements ! ©Ossian Seran

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