Un cyclone a frappé le Népal en début de semaine dernière. Au Yalung Ri, trekking peak situé dans la vallée isolée de la Rolwaling, plusieurs groupes de la même agence étaient ensevelis sous des mètres de neige après qu’une avalanche ait balayé le camp de base, causant la mort de sept personnes, cinq étrangers et deux népalais.
Au Panbari, un presque 7000 situé au nord du Manaslu, la même tempête de neige causait la mort de deux Italiens, retrouvés plusieurs jours plus tard, enterrés dans leur tente en altitude. Dans la même tempête de neige provoquée par le cyclone, deux Indiens, un père et sa fille, ont péri non loin d’un village, et leurs corps viennent seulement d’être retrouvés.
Au Yalung Ri, certains observateurs – dont l’influent Mingma G. Sherpa, patron d’agence – ont pointé la responsabilité du gouvernement : la lenteur de la bureaucratie aurait fait perdre plus ou moins une journée entière aux hélicoptères de secours.
Spécialiste et habitué des expés du Népal, Paulo Grobel était au Panbari. Guide de haute montagne, il encadrait un groupe visant l’ascension du sommet de presque 7000 m, au même moment que les Italiens, dont deux ont ensuite péri.
En contact régulier avec son routeur météo, Paulo Grobel a décidé d’évacuer la montagne avant que celle-ci ne soit frappée par la tempête amenée par le cyclone. Des tempêtes toujours plus puissantes, mais des moyens de communication plus performants et des prévisions météo très accessibles : pour Paulo Grobel, faire porter la responsabilité de ces onze morts sur les autorités est trop facile. Voici son point de vue.
La rédaction.
Le Panbari, élégant presque 7000 proche de la frontière tibétaine, au nord du massif du Manaslu. ©Paulo Grobel
Cet automne au Népal, la situation a été particulièrement chaotique. Un cyclone et des chutes de neige importantes ont provoqué des accidents. Des informations d’une grande confusion se sont répandues, agrémentés de déclarations tonitruantes sur les secours et la responsabilités de l’état népalais.
Pourtant Migma G. Sherpa, himalayiste ultra compétent, le sait forcément, les accidents ne sont pas dûs au hasard et les facteurs humains sont au coeur des décisions. Rien de nouveau, même au Népal. En montagne, nous sommes souvent directement responsables de ce qu’il nous arrive. C’est avant tout notre décision, ou notre absence de décision qui sont au coeur du drame.
Il est peut être plus important d’essayer de comprendre pourquoi un accident a lieu plutôt que de désigner un bouc émissaire, même si la question de l’éventuel retard des secours héliportés mérite d’être posée.
En altitude, le camp du Panbari, avant le drame. ©Paulo Grobel
Acclimatation au Panbari, avant le drame. ©Paulo Grobel
Il y a ce qui est, la grandeur des montagnes himalayennes et la démesure des phénomènes météorologiques. Et il y a ce qui change. Ces événements météo deviennent plus fréquents, plus violents. Ils sont connus, nommés et annoncés largement en avance grâce aux progrès des prévisions météo.
Surtout, les outils de communication sont devenus plus fiables, facilement disponible et peu coûteux. Comme le petit boîtier InReach de Garmin qui permet d’être en contact très facilement avec un correspondant au Népal (l’agence) ou a l’étranger (le routeur météo).
Pourquoi les informations météo n’ont-elles pas été prisent en compte, ou sous-évaluées ?
Pourquoi rester dans un camp de base ou d’altitude quand les conditions se dégradent radicalement ?
Un camp de base qui « avant » était classique
peut devenir un piège redoutable
C’est peut être le message qu’il faut retenir de ces drames. Les temps changent et il est nécessaire en tant qu’agences, que guides, clients ou alpinistes de modifier nos comportements, nos habitudes, de tout faire pour être mieux informé. Un camp de base qui « avant » était classique peut devenir un piège redoutable, quand les conditions sont exceptionnellement mauvaises.
En altitude, le camp du Panbari. ©Paulo Grobel
Peut être est-il temps au Népal de mettre en place un service d’information fiable, facilement accessible par tous sur les évolutions de la météo en montagne, dans les différents massif à la fois pour les expéditions, mais aussi pour tous les trekkeurs engagés sur les haut cols à plus de 5000 m.
C’est un miracle qu’il n’y ait pas eu de catastrophe * massive au Tilicho Lake, au Thorong La ou au Larkye La, tellement le chaos sur place était incroyable, avec des groupes de trekkeurs qui montent et croisent d’autres groupes alors que la météo se dégrade. Mais demain, au passage du prochain cyclone ?
c’est un miracle
qu’il n’y ait pas eu de catastrophe massive
au Thorong La ou au Larkye La,
deux cols très fréquentés
Ce serait un sacré challenge, si les agences les plus puissantes, celles qui possèdent également des compagnies d’hélicoptères, se mettaient autour de la table pour coopérer et construire ce service d’information indispensable pour tous.
Et par la même occasion, elles pourraient travailler ensemble avec les ministères pour simplifier la réglementation en cas de secours.
NDLR * : déclarés disparus fin octobre, deux touristes de nationalité indienne, un père et sa fille de 17 ans, ont été retrouvés morts près du monastère de Milarepa, une grotte et un lieu de culte proche de Manang. Leurs corps étaient ensevelis dans la neige.

