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Le Pumori en solo pour Lucien Boucansaud

©Lucien Boucansaud

Il s’est offert l’un des plus beaux sommets du Khumbu en solo : Lucien Boucansaud a gravi le Pumori, 7138 mètres, au Népal, version express. Récit.

C‘est une belle conclusion à une expédition d’une quarantaine de jours au Népal, et plus précisément dans le Khumbu. Au pied de l’Everest, dont il connaît le camp de base pour y avoir oeuvré avec Marc Batard à un possible nouvel itinéraire pour franchir l’Ice Fall en 2021, Lucien Boucansaud s’est offert le Pumori, 7138 m, en solitaire. Mais auparavant, son voyage était déja un succès : Lucien, Guillaume Pierrel – son compagnon de cordée chamoniard – et David Göttler ont réussi une jolie première en style alpin sur le Cho Polu, 6739 m. Une très belle face raide sur ce sommet proche du Makalu, d’abord une ascension en face ouest puis l’arête sud-ouest. Lucien Boucansaud expliquait ainsi :  » les conditions du moment, la beauté, l’isolement de cette montagne, la solitude et la répétition d’un itinéraire technique réalisé en style alpin avec l’ouverture d’une nouvelle variante nous ont remplis de bonheur.  » 

Le majestueux Pumori, 7138 m. ©Jocelyn Chavy

Sur le Pumori ©Lucien Boucansaud

Les compagnons partis, Lucien Boucansaud s’est dirigé à Gorak Shep, les derniers lodges avant le camp de base de l’Everest, près du Pumori. À trente minutes des lodges il a planté sa tente, d’où il a pu observer le sommet à loisir. Il se lance dans une première tentative jusqu’à 6700 mètres : puis le demi-tour en raison d’un risque d’avalanche trop important. Nous sommes mi-octobre, il y a beaucoup de neige sur le Pumori, dont l’ascension se divise en deux parties : la première partie, technique, demande de franchir un éperon de 500 mètres en rocher instable. La seconde partie consiste à remonter les pentes de neige qui livrent l’accès au sommet : plus faciles, elles sont dangereuses car avalancheuses, le Pumori étant fouetté par les vents du Tibet tout proche.

Comme Lucien Boucansaud l’explique, « l’alpiniste italien Simone Moro avec deux Sherpas, Pemba and Datuk ont vécu le même genre d’aventure et ont poussé le bouchon jusqu’à environ 100m sous le sommet avant de réaliser définitivement que le risque était trop gros et faire demi tour si proche… La décision était sage et la bonne c’est sûr.« 

Après la première tentative il a fallu garder la motivation,  et surtout attendre le bon moment pour retourner gravir ce Pumori. « Je me suis concentré sur chaque détail, l’organisation la météo et surtout la récupération, l’alimentation et le sommeil. J’ai également fait une coupure des réseaux sociaux, chose que je referais dans le futur pour préparer un gros objectif. » 

Après la première tentative il a fallu garder la motivation

Le Pumori ©Lucien Boucansaud

La voie suisse allemande de 1962, dite voie normale du Pumori évolue en face sud puis en face nord-est. Lucien Boucansaud raconte : « il m’aura fallu une lecture et une immersion totale dans la montagne pour trouver le meilleur cheminement avec un itinéraire rapide qui contourne les séracs et les crevasses pour minimiser le plus possible les risques. La voie commence réellement au-dessus du camp 1 vers 5700m par une traversée de couloir exposé et un éperon en rocher très instable sur 500m où il faut vérifier à chaque mouvement si les prises tiennent. Ensuite arrive la neige et la glace avec une partie éprouvante jusqu’au col nord à 6600m où j’ai évolué à droite et à gauche entre les murs de glace compacte avec quelques passages raides et des ruptures de pente. L’avant-dernière partie de plus de 500m en face nord-est était facile mais très complexe à évaluer niveau conditions d’avalanche. Le sommet du Pumori forme un dôme de neige battue par les vents et parfois même une semaine après la dernière chute de neige le vent forme des nouvelles accumulations. À la première tentative c’était clair qu’il ne fallait pas continuer plus haut que 6700m vu les départs spontanés d’avalanches tout proche du sommet. »

La deuxième tentative est la bonne. Lucien Boucansaud part du lodge, monte sa tente au camp d’altitude, dit camp 1, à 5700 mètres. Le coucher de soleil embrase l’Everest et le Nuptse, juste en face. Il est parfaitement acclimaté. Concentré, il va monter au sommet en 8h20, et revenir au camp en 13h43 aller-retour. Une ascension ultra-rapide, et accessoirement la seule de cet automne pour l’instant. Pas de cordes fixes ni de traces facilitant la montée, ou la descente. « J’aurais beaucoup appris sur la gestion de l’effort en haute altitude avec aussi des bivouacs et des nuit glaciale et l’importance d’avoir un matériel chaud et léger, j’en profite pour remercier David Göttler à ce sujet  » raconte Lucien Boucansaud.

Qui n’a pas croisé la panthère des neiges mais revient avec un smile bien mérité !