À l’occasion de la publication prochaine de son livre Jökull, le photographe Robin Bar exprime avec humilité son regard et ses doutes. Après ce qui a tout l’air d’un voyage initiatique aux côtés du maestro de la cascade de glace Jeff Mercier, Robin rappelle les paradoxes d’un élément aussi sublime que terrifiant, pour l’alpiniste comme pour le photographe plongé au coeur de l’hiver islandais. Des mots et des photos préludes à un bel ouvrage à venir.
J‘ai 5 ans, la bouche ouverte et les yeux brillants. Je suis dans le paradis de la ligne glaciaire pour photographe de montagne passionné. Le craquement de mes crampons sur cette glace, unique, lisse, rythme mon émerveillement exclusif ce jour-là. J’ai commencé à faire des photos de cascade avec Jeff Mercier il y a plus de 4 ans maintenant, en 2022, dans les Écrins. C’est un domaine que je ne maîtrisais pas du tout. Que je ne maîtrise d’ailleurs toujours pas.
Il faut une énorme connaissance du milieu vertical, mais également de l’élément. Il faut des années d’expérience, toute une vie de pratique pour parvenir à ce que Jeff réalise aujourd’hui, avec une maîtrise qui dépasse tout ce qui peut être imaginé dans ma simple tête de photographe.
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Et je me retrouve là, au milieu de cette lagune islandaise, avec lui, Florent & Asgeir, à marcher sur un lagon gelé. Une vingtaine de centimètres de glace sous nos pieds qui nous sépare de la profondeur de ce lac glaciaire. J’ai l’impression de marcher dans un rêve.
Je me surprends à plaisanter sur le fait que Jésus ne marchait décidément pas sur l’eau, mais qu’il faisait de la cascade de glace en hiver, en Islande, et qu’il se déplaçait sur des lagunes gelées, au milieu des icebergs, immuables, artistiques, immobiles…
Nous avons marché sur cette étendue lisse et sans rien pendant près d’un kilomètre avant d’arriver contre la première colline flottante que nous avions envisagé de grimper. Puis… une autre. Et encore une autre. Plus haute encore. Plus tortueuses, plus belles…
jésus ne marchait décidément pas sur l’eau,
mais il faisait de la cascade de glace en hiver
Aujourd’hui, je n’ai plus 34 ans. J’ai 5 ans, la bouche ouverte et les yeux brillants. Je suis à l’aube de passer les meilleurs instants de ma vie photographique, à immortaliser un artiste du piolet dessiner des lignes sur ces monstres gelés flottants…
Une fascination. J’ai rarement eu davantage ce paradoxe en tête que là-bas. Celui du contraste entre la mort et la beauté. C’est rare comme l’hostile peut être beau. J’ai toujours dit, lorsque je parle de montagne, que c’est un milieu hostile. Un monde à ne plus prendre à la légère. Un milieu qui ne vous veut pas de mal mais qui, paradoxalement, peut vous tuer.
le paradoxe entre la mort et la beauté
La montagne, l’outdoor, en réalité, il s’en fiche de votre présence, que vous soyez là ou pas, l’eau gèle et dégèle, les moulins se creusent et les glaciers avancent. (J’exclus tout débat avec le réchauffement climatique que nous accélérons forcément, et qui nous prouve que nous avons une réelle incidence sur le climat, mais ce n’est pas le propos).
J’ai rarement eu plus ce paradoxe en tête que là-bas. Celui du contraste entre la mort et la beauté. Pourtant, en alpinisme, on est souvent beaucoup plus confronté au danger que pendant un voyage comme celui-ci. Mais la puissance fascinante de l’environnement renforce considérablement cet opposé.
Je me souviens de ce sentiment d’insécurité totale lorsque j’étais en train de marcher sur ce glacier, en pente, lisse comme une vitre, et où le moindre faux pas, irrattrapable, nous ferait basculer dans un des trous dans lesquels nous grimpions. Et où la chute, de plusieurs dizaines de mètres, est sans s’y tromper : fatale. Pourtant, c’est tellement beau…
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on en vient à oublier qu’on est en train de marcher
sur une matière éphémère
qui pourrait nous engloutir
De même lorsque je marchais littéralement sur de l’eau gelée, sur une étendue de plusieurs kilomètres, et au-dessus d’un lagon profond de 300 m… Passer à travers la glace à ces endroits-là, ne peut avoir qu’une seule issue… Pourtant c’est tellement beau.
Je suis en permanence en train de jongler entre la peur et l’admiration, entre l’inquiétude et la fascination. Lorsque je suis pendu à une corde, dans un moulin pour faire une photo de Jeff, j’ai peur de tomber même si je suis bien accroché, et en même temps je suis complètement bouleversé par la beauté de ce que je suis en train d’immortaliser.
Cette même beauté de l’environnement glaciaire et cristallin du monde des icebergs, où on en vient à oublier qu’on est en train de marcher sur une matière éphémère qui pourrait nous engloutir, et où on alterne en permanence entre le fait de faire attention où on met les pieds et le bonheur des images qu’on est en train de faire.
Jökull, le livre
Le livre paraîtra en version papier en septembre, mais il est d’ores et déjà possible de le précommander. Pour que ce projet voie le jour, nous avons besoin de vous : nous disposons de 30 jours pour atteindre notre objectif de précommandes. En réservant votre exemplaire dès maintenant, vous bénéficierez d’une édition limitée, avec votre nom dans les remerciements ainsi qu’une dédicace personnalisée.










