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Horizons gagnés

Pourquoi ? Suer, porter un sac, marcher des heures, passe encore. Mais risquer le pire ? Pourquoi ? Comment accepter l’inacceptable, le décès brutal d’ami(e)s, de compagnons, de guides comme Adèle ou Marine ? Je n’ai pas de réponse. Les guides payent un très lourd tribut en cet été de malheur où les glaciers s’évanouissent et les montagnes croulent. Sans doute sont-ils et sont-elles plus exposé(e)s au risque, pour que d’autres gagnent de nouveaux horizons.

Ces fameux horizons gagnés : un titre bien sûr emprunté à Gaston Rébuffat qui décidément m’inspire, titre d’un film (et d’un livre) dans lequel le guide Rébuffat emmène des clients découvrir la Barre des Écrins, la Meije, les Aiguilles de Chamonix, entre autres. Pour qui arrive de la plaine, ces nouveaux horizons frappent si fort, et sont si majestueux, sauvages, et surtout, différents de l’étage humain, que la mémoire en garde une trace indélébile.

Col de la Girose, Écrins ©JC

Ces horizons gagnés en valent-ils la peine ? Chacun a non pas une, mais plusieurs réponses. Gravement blessé en ski, un caméraman du film la Liste 2 dit que non. La souffrance ? Trop, beaucoup trop.

Et pourtant, aller là-haut c’est aussi laisser la souffrance en bas. Monter dans un alpage ou traverser un glacier, c’est changer de perspective. De regard sur le monde, sur soi, sur ce qu’on accomplit, ou pas. Atteindre un col, ou un relais, c’est surplomber le temps en y prenant du plaisir, voire de beaux fous-rires, c’est accepter l’inexorable écoulement du temps.

Chacun peut sans doute évaluer son propre chemin, la valeur de ce qu’il ou elle a appris ou construit, de ce qui l’entoure. La montagne est un panorama intérieur. Qu’il soit ravagé par le réchauffement climatique, ou par une terrible disparition, c’est le nôtre. Les yeux clos ou grand ouverts, nous vivrons avec.

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