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La championne de ski alpinisme, pilier de l’équipe de France jusqu’en 2019, était en passe de devenir la plus jeune femme guide de France, cette fin d’été. Elle a disparu tragiquement ce vendredi 12 août 2022 avec une cliente en chutant dans le massif du Mont-Blanc, sur l’Aiguille du Peigne. 

La nouvelle est tombée le 12 août dans la soirée, ébranlant le monde du ski alpinisme. Adèle Milloz, l’une des figures de l’équipe de France de 2012 à 2019, est décédée lors de l’ascension de l’aiguille du Peigne par sa voie normale. Une voie classique, qui débouche sur un sommet aérien. Adèle guidait une autre femme d’une trentaine d’année dont on ne connait pas l’identité. Elle aussi a perdu la vie.

L’alerte a été donnée au PGHM aux alentours de 17h50 ce vendredi, selon France Bleu Pays de Savoie, par une autre cordée présente dans le secteur. Les secours précisent que l’accident n’est pas lié à une chute de pierre ou à un éboulement. On pense donc à un eprogression à corde tendue et à la chute de la cordée. Les circonstances du drame ne sont pas développées pour le moment. Les gendarmes du PGHM de Chamonix ont ouvert une enquête.

Adèle Milloz, durant la Pierra Menta 2018. ©Jocelyn Chavy

Adèle avait une vraie capacité
à communiquer aux autres son enthousiasme

Adèle avait 26 ans à peine et s’affirmait comme l’une des figures du monde de l’alpinisme. Nous l’avions d’ailleurs intégrée à notre Top 100 des personnalités qui font la montagne, en début d’année, pour son palmarès passé en ski alpinisme, mais aussi car elle symbolisait la féminisation en marche du métier de guide. En passant son examen final du guide à la fin de l’été, elle s’apprêtait ainsi à devenir la plus jeune femme guide de France.

Mais au-delà de ça, elle s’engageait concrètement à promouvoir la montagne auprès des femmes en encadrant des stages 100% féminins. Elle les organisait avec l’agence 5e Élément, dirigée par Caroline Freslon, autre championne de ski alpinisme : « Tous ses clients étaient ravis des sorties avec elle, Adèle avait une vraie capacité à communiquer aux autres son enthousiasme vis-à-vis de la montagne », assure Caroline, dévastée.

Les hommages se sont multipliés hier, sur les réseaux sociaux de la part de Kilian Jornet, Jeff Mercier, Liv Sansoz, Mathieu Navillod, Emelie Forsberg, etc. Cette disparition allonge la triste liste de skieurs alpinistes français pris par la montagne ces dernières années. Les noms de Stéphane Brosse (mort le 17 juin 2012 à l’Aiguille d’Argentière) et d’Idriss Hirsh (le 19 mars 2015 sur l’Eiger, à seulement 23 ans) restent en mémoire.  

Adèle dans la voie Bonatti-Tabou, à la Chandelle (Mont-Blanc). ©Ulysse Lefebvre

Adèle durant une session de bloc à la Colombière (Bargy). ©Jocelyn Chavy

Adèle Milloz avait débuté le ski de randonnée à 6 ans, encouragée par un père guide de haute-montagne et une mère monitrice de ski, elle aussi disparue en montagne. Sous les publications Facebook de la page athlète d’Adèle, des proches rappelaient régulièrement la mémoire de sa maman après un bon résultat sur les compétitions. « Ta maman serait fière de toi » disait un commentaire, alors qu’Adèle annonçait qu’elle devenait aspirant guide.

À 6 ans, donc, son père avait mis des fixations de rando sur ses skis de géant, afin qu’elle puisse encourager un oncle courant sur la Pierra Menta, à son passage au Grand Mont. 

C’est difficile de trouver une image d’elle
où elle n’a pas le sourire

C’est en 2011 qu’elle passe de l’autre côté de la barrière. Thierry Galindo, l’actuel entraineur de l’équipe de France de ski alpinisme, l’avait repérée lors d’un stage inter-comité à Tignes, station d’où était originaire Adèle. Dès mars 2012 elle décrochait une médaille d’argent en sprint aux Europe de Pelvoux, en cadette. C’est aussi dans cette discipline qu’elle signe son meilleur résultat international en décrochant le titre européen senior sur l’Etna, en 2018. Dans la foulée elle intégra le top 5 sur la Pierr’ avec Valentine Fabre.

Depuis 2019, elle avait mis entre parenthèses sa carrière internationale pour se consacrer au guide. « Elle travaillait comme gendarme volontaire au PGHM de Bourg-Saint-Maurice (entre 2015 et 2019), se souvient Thierry Galindo. Elle était même devenue championne du monde militaire en équipe avec Laetitia Roux en 2017. Elle cherchait à intégrer l’armée des champions mais n’avait pas été retenue. Ça l’avait contrarié, car c’était compliqué pour elle de jongler entre le boulot et la compétition.
Après 2019 elle a voulu faire une pause avec les courses. Je l’avais appelée ces dernières années pour savoir si elle voulait revenir en équipe de France, car c’était un des piliers de la sélection. Je l’avais entrainée en cadette et junior. C’était une fille géniale, toujours de bonne humeur, motivée, souriante. C’est difficile de trouver une image d’elle où elle n’a pas le sourire. À l’entrainement, c’est clair qu’elle préférait se lancer dans une grande bambée en montagne plutôt que sur une séance d’intensité sur piste, comme beaucoup d’athlètes. Elle avait un amour des grandes courses, même si elle excellait aussi en sprint. »

Après l’équipe de France de ski alpinisme, Adèle était resté dans le giron de la FFME en intégrant l’ENAF, promo 2019-2021, sous la houlette de Lise Billon.

« Il faut savoir observer et écouter la montagne sous toutes ses formes et en toutes saisons. La montagne nous offre un terrain de jeu « hors du temps » qu’il faut savoir apprécier et respecter à 300% », écrivait Adèle avec sagesse. Elle méritait de la parcourir plus longtemps.

 

 

 

PS : Nous avons eu la chance chez Alpine Mag, de partager quelques moments d’escalade et de photo avec Adèle. Le reportage suivant en reste l’un des très bons moments.

Adèle au sommet de la Chandelle (Mont-Blanc). ©Ulysse Lefebvre

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