Escalade : falaises du Charmeil à Presles

Un Festival de calcaire

Lise Billon, à Festival, Presles.

Paradis de l’escalade, Presles offre des centaines de longueurs dans ses parois verticales. Mais Presles, c’est aussi des falaises où pratiquer l’escalade toute l’année et même les mois d’hiver, comme le Charmeil qui offre plusieurs secteurs distincts. Points communs ? Des couennes de tous niveaux du 5 au 9. Un rocher sculpté avec des profils variés, dalles ou dévers. Une vue stupéfiante perché au-dessus de la Bourne. Direction Pont-en-Royans, en Isère.

Dilemme : faut-il parler de spots d’escalade qui connaissent déjà une importante fréquentation ? C’est le cas de Festival, l’une des falaises du Charmeil, hameau qui permet d’accéder à plusieurs spots d’une longueur. Situés au sommet des grandes parois de Presles, fief de l’escalade iséroisen en grande voie, les secteurs du Charmeil ont tout pour plaire : une approche relativement rapide, des voies hyper variées, et une vue stupéfiante selon l’expression de Romain Gendey, l’un de ses découvreurs. Tout concourt donc à faire des falaises du Charmeil une destination populaire les weekends d’automne et de printemps.  « Même l’hiver on grimpe ici, grâce à l’exposition sud » explique Romain, et constate que la falaise de Festival est parfois victime de son succès. Alors, première chose : évitez l’été, les weekends trop chargés quand le petit parking déborde. Fin octobre, nous étions seuls dans la falaise. Optez pour Daladom ou un autre spot vertaco plus lointain. Préférez les périodes calmes comme les mois d’octobre à mars quand les douces températures en journée donnent envie de grimper au soleil plutôt que de tartiner les prises de magnésie ! À bon entendeur. 

Presles, à gauche les secteur du Dièdre Oublié et du Nid d’Aigle, à l’extrême droite la barre supérieure est celle de Festival. © J. Chavy

Le départ des voies dures de Festival, Jo Crison en action. © JC

Le beau caillou du Charmeil, Lise Billon dans Festival du naze à Presles, 7a+ © JC

Historiquement, la découverte de Presles remonte à 1953 (voie des Buis) et sa démocratisation aux années 1970 pour les itinéraires traditionnels (fissures, et premières dalles) puis aux années 80 (ouverture du haut) avec les goujons dans le rocher gris. Dans les années 80 puis 90, pour les voies d’une longueur, c’est les secteur de Tina Dalle et de Pierrot Beach qui deviennent à la mode – un réservoir de voies dures et pas beaucoup de voies en 6 – et encore moins en 5.

À la fin des années 2000, le guide 100% local Bernard Gravier – dont on croise la propriété sur le chemin d’accès – déniche Daladom, un secteur de voies d’une à cinq longueurs au-dessus du secteur de la grande voie Brouette Chinoise. Également guide, Romain Gendey s’investit complètement dans l’équipement des falaises du Charmeil. « Je suis allé au pied de Daladom vers 2008, et j’ai commencé à équiper ces belles petites falaises, avec Bernard. Puis ensuite on a eu l’aide des stagiaires du CREPS de Voiron. » Après Daladom, les plus petites barres de Dalarhum et Festival sont équipées, de même qu’un petit spot au-dessus de Daladom, le Bloc Penché, et un secret spot (dans le topo !) avec du trad, Dalamomo. On fait le tour ?

Daladom, grand secteur perché au sommet de Presles

Dédiée à sa femme Dominique, la falaise de Daladom a été équipée par Bernard Gravier à partir de 2006, avec ses première couennes classiques, les très belles Marchand de saucisse (6c) et Achille Talon (6b) entre autres. Le style d’escalade ? Preslien par excellence ! Des dalles grises ou des murs raides, un beau rocher gris sculpté, des voies du 5c au 8b+ (Le Grand Pardon, de Romain Gendey) mais aucune dans son niveau n’est donnée. Savoir exploiter les prises verticales, biscornues et fuyantes est un art preslien, et seul un placement de pieds rigoureux vous sauvera. La falaise est la plus haute, à gauche quand on se dirige vers le bord. Il s’y trouve aussi deux super grandes voies accessibles, Cosmos (6b max, bien équipée) et Gazogum (5c/6a). 

Au-dessus de Daladom existe un spot pour (très) forts grimpeurs, le Bloc Penché, une poignée de voies dures ouvertes par B. Gravier et le chamoniard Nicolas Potard (Dévers des Verrous, 8a). 

Depuis le Charmeil, trois autres barres, beaucoup plus populaires, sont accessibles : la falaise de Festival, à main droite, et celle de Dalarhum, et, sous celle-ci, le spot de trad Dalamomo.

Alix à vue dans l’un des beaux 5 sup de la partie droite de Festival, Cock-a-doodle-do, 5c © JC

Jonathan Crison, Fesse estivale, 8a+.  © JC

Lise Billon, Court trashmé, 7b+ © JC

La falaise de Festival concentre près de 70 lignes, et hormis le 4, tous les niveaux sont bien représentés. Le plus étonnant est que cette barre regroupe plusieurs petits secteurs et autant de styles de voies différents. Il y a du beau rocher gris en dalle, du rocher gris bleu raide exigeant, mais aussi des dévers et des bombés prononcés, et même des colos. Autant dire que Festival ne manque pas d’atouts. Les amateurs de voies abordables se tourneront soit vers le secteur où l’on arrive, avec un concentré de (rares) voies faciles, ou à l’autre extrémité de la barre, qui surplombe en fait le pilier de Digitibus. Dans le 6ème degré tendance supérieure, le secteur Festibac est parfait, avec par exemple L’interceltic, 6c, et son pas difficile tout en haut dans le rocher verdonesque preslien. Les forts grimpeurs sont servis avec des murs raides en rocher parfait dans le 7b/7c (Naze à Vienne). Et les très forts ont de quoi faire, avec les surplombs à droite comme Fesse Estivale 8a+ ou les dévers à gauche pour mutants comme Twist Again, 9a de Quentin Chastagnier. 

Quand on arrive au pied de la barre équipée de cordes fixes, il faut tourner à gauche pour atteindre la plus discrète falaise de Dalarhum, à l’équipement initié entre autres par le Creps de Vallon Pont D’Arc. Au programme, du beau rocher gris sculpté et une série de croix à faire dans le 6b+ et 6c.

Festival ? 70 lignes de tous niveaux, du 5b au… 9a

 

Sous Dalarhum les infatigables découvreurs du Charmeil, Bernard Gravier et Romain Gendey, cette fois accompagnés d’un guide grenoblois spécialiste de fissures, Sylvain Maurin, ont déniché un spot à part : ce sera Dalamomo, un secteur de trad. Explications : les relais sont en place, de même que certains points dans les longueurs, mais pour l’essentiel, le jeu sera celui du « trad », comme en Grande-Bretagne ou à Annot. Il faut un à deux jeux de coinceurs selon les voies, chacune décrite dans le topo de Romain Gendey. Le trio de guides propose d’ailleurs une exotique cotation anglaise aux voies, un 6a sur coinceurs devient un sérieux Hard Very Severe cotation anglaise, à protéger entièrement soi-même, jusqu’au fameux Stanage, 7b+ ou E1/5b ou le terrible Rien de nouveau à l’ouest du Pecos, 7b engagé coté E5/6b. Quincaillerie obligatoire !

Pour tous les goûts, pour tous les styles, et même en trad : les falaises du Charmeil sont fantastiques à plus d’un titre. On le répète ici : prenez soin des voies, et faites attention à bien vous garer (ne pas gêner le passage devant la ferme). Presles connaît aujourd’hui une accalmie – embellie ? – dans la relation avec les propriétaires des terrains ou les agriculteurs, prenez soin de tout le boulot, y compris celui qui ne se voit pas, pour que cela continue !

Lise Billon dans le superbe mur gris de L’interceltic, 6c © JC

Lise Billon, 3 vieilles charrues et un cloporte, 7a+. © JC

Sunset sur Presles, paradis de l’escalade en Isère © JC

Escalade au Charmeil (Isère)

Accès : depuis Grenoble ou Lyon. De Pont-enRoyans prendre la D531 en direction de Choranche puis à gauche la D292 direction Presles. On peut monter à Presles depuis St-Pierre-de-Chérennes directement. Une fois sur le plateau, prendre à droite (si vous venez de Pont-en-Royans) la petite route du Charmeil (à gauche si vous venez de Presles). Prendre encore à droite pour atteindre le hameau du Charmeil, puis à droite lieu-dit Adrien, parking 400 m. plus loin. 

Accès secteurs :

Suivez absolument les conseils des topos. Il y en a deux : le topo fédéral Escalade en Isère – Ze Topo qui décrit l’accès au parking et les secteurs Festival, Daladom, Dalarhum. Et le nouveau topo Escalades Libres en Royans, Vercors, de Romain Gendey qui décrit tous les secteurs.

Du parking passer devant le gîte Entre ciel et Pierres de Dominique et Bernard Gravier (également guide), continuer sur le chemin principal qui monte et dépasser un passage canadien (tuyaux en métal – obstacle pour le bétail). Ne pas poursuivre sur la piste 4×4 mais prendre le chemin herbeux à droite en légère descente. Ensuite suivre le balisage. Après un champ, et une chênaie, plusieurs options.

Pour Festival, de la chenaîe, panneau, puis à droite, descente par une barre rocheuse avec une main courante. Du pied du petit couloir rocheux Festival est à droite quand on a la falaise dans le dos. Dalarhum est à gauche. Pour Dalamomo, dépasser Dalarhum et descendre par une autre petite barre. Pour Daladom, il ne faut pas descendre la barre d’accès à Festival / Dalarhum mais continuer à gauche en montée. Compter 15 à 25 minutes de marche selon les secteurs.

Matériel : corde de 70m en général suffisante. Casque conseillé.

Topos : 

L’indispensable Escalade en Isère, Ze Topo, tome 2, Vercors, Belledonne, Oisans, Matheysine, Valbonnais, Trièves. 2021. Édition CT38 FFME. 

Nouveau topo Escalades Libres en Royans, Vercors, de Romain Gendey, 2022. Dispo au Vieux Campeur entre autres.

Topo Les écoles d’escalade du Vercors de Dominique Duhaut, Promogrimpe, 2021.

Où dormir /manger : Pont-en-Royans.

Infos : Alpes Isère

OT : Pont-en-Royans

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