Objectif Trango : une aventure de 6 mois pour Maud Vanpoulle et Guillaume Lagier sur la route du Pakistan

Maud Vanpoulle et Guillaume Lagier en route pour le Pakistan. ©Coll. Vanpoulle/Lagier

Les skis côtoient les vélos, la cuisine et le lit dans le van de Maud Vanpoulle et Guillaume Lagier pendant les six prochains mois. Et pour cause : le couple traverse l’Eurasie pour mêler voyage, alpinisme et escalade. Après du ski improvisé en Géorgie et des nuits sous tente en altitude au Tadjikistan, le duo avance au rythme des rencontres et de leurs envies. Avec en toile de fond l’objectif de grimper Eternal Flame, voie de renom des Tours de Trango au Pakistan. Entretien téléphonique entre l’hyper-centre grenoblois et la nature tadjike. 

Pour réussir à les appeler, il a fallu être patiente : décalage horaire (4 heures, c’est gérable), carte SIM qui ne fonctionne pas pour Maud, frontières à franchir, aléas administratifs, fenêtres météo propices au ski… C’est normal, c’est l’aventure ! Quand on arrive à entrer en contact, on sent dans les voix de Guillaume Lagier et Maud Vanpoulle que ce voyage les fait vibrer.

Depuis un parc de la capitale du Tadjikistan, Douchanbé, on les imagine assis dans l’herbe lorsqu’ils reviennent pour nous sur le fondement de leur projet. L’un est arboriste grimpeur, l’autre guide de haute montagne. En couple dans la vie, le duo est habitué à vadrouiller en montagne pour skier, grimper ou marcher. Le 3 mars, ils ont quitté Briançon à bord de leur van pour une durée de 6 mois. L’objectif ? Les Tours de Trango, ses monolithes de granite du Karakoram (au Pakistan) et, surtout, Eternal Flame, voie cotée 7c+ en libre.

Vallée d’Alodin dans les montagnes de Fann, Tadjikistan. ©Coll. Vanpoulle/Lagier

Ils sont partis parce que « [leur] créneau de voyage, c’était maintenant, commente Guillaume. Si on ne partait pas là, sûrement qu’on n’allait jamais pouvoir refaire un tel voyage. » Motivation suffisante pour se lancer dans un tel projet qu’ils ont préparé seulement dans les grandes lignes. Maud et Guillaume ont atteint, un mois et demi après leur départ, le Tadjikistan.

Sur la route, ils ont profité de quelques belles semaines de ski en Géorgie après la Suisse, l’Italie, la Slovénie, la Croatie, la Serbie, la Bulgarie et la Turquie. Et avant de passer par le Kazakhstan et l’Ouzbékistan. « On a prévu de traverser plusieurs pays et d’adapter nos activités à la géographie et aux saisons. En Géorgie, on a surtout fait du ski de montagne, continue Maud. On a voulu passer par là parce que ça semblait sympa – et que ce n’était pas un énorme détour dans notre voyage. »

on adapte nos activités
à la géographie et aux saisons

©Coll. Vanpoulle/Lagier

La variété des paysages que le couple traverse, entre vélo sur gravier et ski d’altitude. ©Coll. Vanpoulle/Lagier

Le ski au Tadjikistan

On se questionne alors : à quoi ressemble leur quotidien en voyage ? Qu’ont-ils fait la semaine dernière ? « On a vu qu’il faisait assez beau sur trois jours côté Tadjikistan, donc on s’est un peu dépêchés pour arriver par le Nord-Ouest du pays pour rejoindre les montagnes Fann et y skier », explique Maud. La neige était bonne ? « Oui, sur 200 mètres, rigole Guillaume. C’était du ski de printemps, en altitude. »

Imaginez : une vallée « incroyable, vraiment belle » qui se découpe en deux parties. Dans la vallée, tout est sec. En flanc de falaise, les petits villages alternent avec les champs. « Ils commencent à les cultiver pour la saison. Les arbres fruitiers sont en fleurs. C’est bien entretenu », liste l’arboriste. Au Kazakhstan par exemple, les villes sont agglomérées autour des chemins de fer. Tout passe par ça. Alors qu’ici, on voit que ça fait des générations qu’ils vivent dans la vallée, dispersés. »

©Coll. Vanpoulle/Lagier

Le village d’Ushguli, plus haut d’Europe géographique avec ses tours caractéristiques. ©Coll. Vanpoulle/Lagier

« Il y a un gros axe routier qu’on suit depuis l’Ouzbékistan. Mais c’est tout de suite un autre monde, le Tadjikistan. Beaucoup plus montagneux, avec des cols à 2000 mètres, continue la guide de haute montagne. La vallée dans laquelle on a skié est perpendiculaire à cet axe, avec une piste carrossable où on avance à 15 km/h, sans savoir si c’est ouvert jusqu’au bout. »

Arrivés de nuit, ils découvrent le paysage plus en détails le lendemain, en enfourchant leurs vélos sur une dizaine de kilomètres pour se rapprocher de la neige. « Sur le chemin, c‘était bordé de falaises. Il y a un vrai potentiel d’escalade, commente Maud. C’était vraiment très beau, avec la neige à 3000 mètres d’altitude. On a dormi à environ 3500 m., au niveau d’un lac. On avait repéré le Chimtarga, pic du massif à 5 489 m. »

on a fait une belle descente à ski sur le glacier,
à 45 degrés sur 1000 mètres

Ils skient un peu à vue, sans beaucoup d’informations, sans réseau et en ayant en tête le créneau météo restreint. « Dis-toi qu’on a vu une photo de la montagne mais on ne l’a jamais vue en entier en vrai ! »

Le duo décide finalement de faire demi-tour au niveau de l’arête Chimtarga, à 5150 mètres d’altitude. Ils bataillent contre le vent, les nuages et une section plus rocheuse, plus grimpante que prévue. « On n’avait pas l’info et on n’était donc pas vraiment équipés pour. Mais on a quand même fait une belle descente sur le glacier, qui était mine de rien à quasiment 45 degrés sur 1000 mètres », revit Maud, le sourire dans la voix. Une première à ski ? Probable, répondent-ils.

Le tracé de leur voyage en van, ski et escalade. ©Coll. Vanpoulle/Lagier

Un dépaysement certain

Seul au monde, le couple ? « Carrément. On pense qu’ils ont voulu développer ce coin pour la rando’ à un moment donné parce qu’il y a un hébergement au bout de la route, il est indiqué sur les cartes mais il est fermé. Mais l’agriculture a toute sa place ici. »

C’est la première fois qu’ils sentent le dépaysement à ce point, avec la barrière de la langue, les paysages environnants (et non aménagés, précisent-ils) et peut-être aussi le temps passé depuis leur départ de France. Maud et Guillaume ont cet objectif final au Pakistan, mais ils se plaisent à se laisser porter par le voyage, par ce qu’il a à offrir en lots de surprises.

« Il y a quelques semaines, on skiait en Géorgie. Il y a quelques jours, on skiait une montagne qui nous était inconnue. Là, on se retrouve à Douchanbé. C’est assez fou. On voulait vraiment voir quelles étaient les montagnes et les cultures entre nous et le Pakistan », souligne Maud.

Paysages Kazakhs. ©Coll. Vanpoulle/Lagier

Visites des salles d’escalade 
des pays de l’est !

Mais l’escalade dans tout ça, pour garder une certaine condition pour Eternal Flame ? « Un gros challenge dont on n’a pas encore tout à fait les réponses, rigolent-ils en cœur. Les pays qu’on traverse ne sont pas développés pour l’escalade sportive, même s’ils en ont le potentiel. Donc on a mis une poutre dans le camion, on essaye de se faire des entraînements entre les sessions de ski. Et puis on essaye de trouver des salles d’escalade sur la route. C’est rigolo, une expérience culturelle à chaque fois. »

À Tbilisi, capitale de la Géorgie, ils se sont entraîné dans une salle vieillotte faite de voies avec les systèmes d’assurage fixes sur des cordes statiques… et une kilterboard toute neuve. « C’était rigolo et bien pratique, commente Guillaume. On a passé l’après-midi là-bas, à partager la séance avec des locaux. L’escalade, c’est une bonne approche ! Ça casse aussi la barrière de la langue et des a priori. »

La « pépite » reste la salle d’escalade russe, à Astrakhan. Traversant une partie de la Russie sur 3 jours (soit 700 kilomètres), ils en ont profité pour grimper. « On a tapé Climbing gym sur internet et on est tombés sur une adresse. Une fois sur place, on était sceptiques : le bâtiment n’était pas haut. Et oui : les voies faisaient 6 mètres. Mais c’était une salle associative avec des jeunes qui s’entraînaient. Grâce au traducteur Google, on a compris que l’entraîneur nous autorisait à grimper. C’était trop bien ! On a pas mal papoté avec les jeunes (toujours grâce au traducteur), savoir ce qu’ils grimpaient et ce qu’on faisait ici. »

Salle d’escalade russe, dans la petite ville d’Astrakhan. ©Coll. Vanpoulle/Lagier

rendre visible ce voyage par les terres,
voir toute la richesse de ce qu’il y a encore chez eux et les tours de trango

Vivre le voyage… et le raconter

Sur leur PolarSteps, via leur blog Lignes vagabondes et leurs comptes Instagram, ils partagent leurs aventures sans cliché. « Ça nous motivait de raconter notre expédition qui mêle alpinisme et voyage, explique Maud. J’ai fait des expé’ au Népal et en Inde, en y allant en avion avec un objectif planifié et en s’entraînant chez nous avant. Donc ça me plait de rendre visible ce voyage différent, par les terres. Traverser tous ces pays, voir la richesse de tout ce qu’il y a entre notre maison et les Tours de Trango. Et les contraintes ! Avec les visas, le temps d’attente, l’organisation. »

Guillaume et Maud se sont beaucoup questionnés : Est-ce une vocation d’y aller absolument sans prendre l’avion ? Y a-t-il quelque chose d’écologique là-dessous ? Le motif premier est avant tout de faire ce voyage dont ils ont envie, qui les « fait triper. » Ils sont en accord sur le sujet. Et savent bien qu’ils ne sont pas les premiers à le faire. « Mais ça ne reste pas si commun. »

Quelques belles descentes à ski au programme. ©Coll. Vanpoulle/Lagier

©Coll. Vanpoulle/Lagier

En Géorgie. ©Coll. Vanpoulle/Lagier

le granite, l’aspect montagne et les conseils des copains les ont convaincus :
ce sera bien EternAl Flame !

Le Pakistan, ils entendent le rejoindre par la Chine, comme l’entrée en Iran ou en Afghanistan n’est pas possible actuellement. Peu importe, ça leur donne l’occasion d’emprunter la Pamir Highway pour atteindre ensuite la Karakoram Highway et se rapprocher un peu plus encore de leur objectif principal. En attendant, les deux skieurs-grimpeurs comptent profiter du beau temps dans le Pamir pour skier. Ils vont d’ailleurs potasser les cartes après notre appel.

« On a un peu calqué ici notre pratique de la montagne en France : on profite de la météo et des montagnes environnantes. Mais là, on aimerait bien aller à 5000 mètres d’altitude, voire un sommet à 6000 mètres pour s’acclimater un peu. » Avant d’arriver, enfin, devant ces tours qui les font rêver depuis plusieurs années. Et s’ils hésitaient sur la ligne à emprunter, le granite, l’aspect montagnard et les retours des copains les ont convaincus : malgré son niveau, ce sera bien Eternal Flame ! « Même sans velléité de tout libérer. »

Puis il y aura le retour, l’attente des papiers, les questionnements aux douanes sur leurs nombreux visas, les heures de van… Mais ça, c’est pour dans longtemps, n’y pensons pas !

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    Pour suivre l’aventure de Maud et Guillaume, c’est par ici sur PolarSteps et sur leur blog.