S‘il y a bien une paroi qui symbolise à elle seule l’histoire de l’escalade, c’est El Capitan, au Yosemite. Le Captain a été gravi pour la première fois en 1957, et c’était presque aussi difficile que d’aller sur la Lune.
1975 : première ascension du Nose à la journée. 1993 : première du Nose en escalade libre par Lynn Hill. 2017 : Alex Honnold signe la première ascension en solo intégral d’El Capitan par Freerider, un exploit inégalé, et inégalable.
De nos jours, si le fameux Nose est très parcouru, avec des dizaines de grimpeurs qui s’échelonnent au fil des mille mètres de granite, les grimpeurs qui y parviennent en libre se comptent sur les doigts d’une main. Mais cette année, tout semble s’accélérer. La Gen Z fait sa révolution au Yosemite.
William Moss a vingt ans seulement, et le 1er novembre, il a gravi le Nose en libre à la journée, devenant seulement la quatrième personne à réaliser pareille performance. Mieux : le jeune New-Yorkais signe l’ascension en moins de douze heures. Personne n’a jamais grimpé en libre le Nose aussi vite sur El Cap… sauf Connor Herson, 22 ans, il y a trois semaines !
En résumé : deux p’tits jeunes courent dans une voie que leurs prédécesseurs (dix au maximum) ont eu du mal à enchaîner !
Le jour se lève, Will Moss émerge du Great Roof, dans le Nose, sur El Cap, après dix-huit longeurs attaquées à une heure du matin. ©Miles Fullman / DirtbagTv
Des performances qui laissent pantois le milieu de l’escalade outre-Atlantique, tant le Nose et ses longueurs atypiques (Le Great Roof et le Changing Corners, 8a/a+ pour la première, et 8b ou 8b+ pour la seconde) ont dérouté des régiments de forts grimpeurs.
Et ce n’est pas tout : Will Moss a déjà accompli la prouesse de flasher El Cap à la journée (c’était en mai dernier), c’est-à-dire grimper toutes les longueurs de Freerider sans tomber. Son excuse : il a regardé « toutes les vidéos possibles », d’où le flash, et pas le à-vue. Devenant ainsi le second à réaliser pareille performance, après l’exceptionnelle première ascension flash réalisée par une femme, Babsi Zangerl, en 2024.
La Gen Z de l’escalade fait sa révolution au Yosemite
Revenons sur le Nose et ses trente longueurs. Après la première en libre, Lynn Hill a réalisé la même première à la journée en 1994 ( en 23h). Il faut attendre 2005 pour que la performance soit réitérée par Tommy Caldwell – celui qui a ensuite libéré le Dawn Wall (9a/a+, 1000 m).
Il a fallu carrément vingt ans de plus pour que le 11 octobre, le jeune Connor Herson réussisse le Nose en libre à la journée, dans le temps lunaire de 9h30, et sans jamais tomber ! Il faut dire que Herson a été le plus jeune à réussir le Nose en libre à l’âge de quinze ans, en 2018.
Le Nose à la journée et en libre, ce n’est pas le seul exploit de ce jeune américain de 22 ans. Trois jours avant, Herson a gravi pour la première fois Triple Direct en libre, une combinaison qui équivaut à grimper la longueur la plus dure du Nose (Changing Corners), mais avec des longueurs plus difficiles au départ. De quoi stupéfier le gratin du Yosemite.
Pour la petite histoire, pour le Nose en libre à la journée, Connor Herson était assuré par son père, qui a dû remonter les mille mètres de paroi aux poignées jumar – en plus d’assurer son fiston.
El Capitan, kilomètre-étalon de l’escalade moderne
Connor Herson se balade en libre sur El Capitan. ©Coll. Herson
De son côté, Will Moss, 20 ans, n’en finit plus de sidérer les grimpeurs américains : avant le flash d’El Capitan à la journée, puis le Nose en libre à la journée, le tout juste vingtenaire a signé la plus radicale voie d’escalade « trad » des US, avec The best things in life are free, un énorme suplomb avec un toit au milieu dans la falaise des Gunks, près de New-York.
Cotation ? 5.14d « R », c’est-à-dire 9a sur coinceurs mais chute quasi interdite, en témoigne la vidéo qui fait peur de sa voie.
Ce tableau ne serait pas complet sans rappeler l’extraordinaire prouesse du duo franco-américain Laura Pineau (25 ans) et Kate Kelleghan qui signent en juin 2025 la première féminine de la Triple Crown, le rare enchaînement de deux mille mètres d’escalade très difficile (Mont Watkins, El Capitan, le Half Dome) en moins de 24 heures.
N’oublions pas enfin la répétition du Dawn Wall par Seb Berthe en janvier 2025, quatrième grimpeur à venir à bout de la voie la plus dure d’El Cap (et le seul sur les huit dernières années). Seb est né en 1993, mais il ne nous en voudra pas de l’inclure dans cet édito.
2025, c’est bien un nouvel âge d’or pour le Yosemite, où s’écrivent les pages d’une escalade « trad » qui reste un jeu aussi physique que mental. Et un nouvel âge d’or pour El Capitan, kilomètre-étalon de l’escalade moderne en paroi.

