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Elle le fut le jardin secret de grands alpinistes comme Pierre Chapoutot, elle devint l’obession de Manu Pellissier qui vient d’en faire l’hivernale, 27 ans après sa première incursion dans le versant austère d’une montagne exceptionnellement gravie en hiver. Oubliée, pour ne pas dire ignorée, la face nord de l’Épéna a été le théâtre de grandes et belles premières, des années soixante à ce 27 novembre dernier. Retour sur une face nord mystérieuse, plus rare qu’un 6000 du Khumbu.

En général, l’alpiniste est prompt à se plaindre de la foule tout en préférant parcourir cimes et voies à la mode, où le risque de se perdre est aussi faible que celui d’être seul à la rimaye. Certaines faces nord, pourtant réputées, voient s’agrandir la file des prétendants dès que l’info a circulé. Pas de risque à l’Épéna : une Aiguille et trois pointes aériennes qui s’élèvent en enfilade devant la face nord de la Grande Casse. Trois kilomètres de long pour sept cent cinquante mètres de haut, parfois plus, parfois moins : le versant nord-ouest de l’Épéna s’étire en une muraille géante baignée d’une solitude absolue. « Je suis allé à l’Épéna pour la première fois en 1993. Nous étions quatre, trois jeunes apprentis ouvreurs, Benoît Robert, Étienne Rol et moi, et un alpiniste au caractère bien trempé, de trente ans notre aîné, Pierre Chapoutot » raconte Manu Pellissier.

Ouvreur infatigable, auteur de voies importantes à la face sud de la Meije ou à la Dibona en Oisans, Chapoutot était déjà venu à l’Épéna. Il a raconté sur son blog, toujours en ligne bien que lui soit disparu dans une avalanche en 2006, ses premières aventures à l’Épéna. C’était avec un autre disparu précoce, Jeef Lemoine, au mitan des seventies. Il a commencé par l’éperon nord de l’Aiguille façon touriste : ayant oublié un brin de corde, il raconte : « on s’est embarqués dans une paroi kilométrique inconnue encordés à simple, avec la certitude d’avoir des tas d’ennuis en cas de retraite. » (…)

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