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27 ans après sa première incursion à l’Épéna, en Vanoise, et après d’autres tentatives, Manu Pellissier a trouvé la solution de la face nord en hivernale.  Le trio formé avec Luc Mongellaz et Jessy Pivier est venu à bout d’un vieux rêve. The Fridge est une ligne éphémère et rusée, des placages de glace et de neige dans une face nord oubliée de tous, ou presque. Récit d’une belle aventure à l’ombre, réussie grâce à une première ouverture en guise de repérage.

Les mots me manquent pour décrire ce que nous avons vécu ce 27 novembre dans cette immense face nord de l’Epéna avec Jessy et Luc. Vingt heures passées à coincer des lames, grimper des plaquages de glace et ramper sur une arête interminable, l’impression d’être loin de tout et au bon endroit au bon moment. Tout cela au bout d’une semaine de préparation, et d’ouverture d’une première ligne histoire de repérer la descente. Flashback.

Depuis le temps que je patiente au pied de cette face noire, il me semble que cette année ça plaque et ça forme  au bout du couloir. On est fin novembre, cela fait quelques semaines que je tourne en rond, mais la situation inédite que nous vivons en cette année de merde a tout de même permis aux chômeurs de haute montagne que nous sommes d’avoir le privilège de s’entrainer à plus de 20 kilomètres de la maison.

Comme chaque automne depuis une vingtaine d’années, le froid arrivant je me mets à rêver à de nouvelles coulées de glace, ouvertures improbables et autres touffes gelées qui la plupart du temps restent à l’état de fantasme. Pour ce qui est de la face nord de l’Epéna, c’est autre chose. L’idée de grimper cette face rocheuse et dalleuse en crampons et piolets, sur des coulées de glace qui rayeraient de haut en bas ces 900 mètres de faces restait une obsession aussi excitante qu’effrayante.

Evidemment chaque hiver au coin du bar, une bière à la main, je radotait mon histoire à qui voulait bien l’entendre, le jeune Mongellaz qui n’est jamais le dernier à tendre son verre et son oreille, resta le seul à accorder un peu de crédit à mes délires glacés. C’est donc naturellement que nous nous retrouvons tous deux accompagnés de Jessy jeune grimpeur local motivé et opportuniste, lancés dans cette escalade bien réelle.

Manu dans la goulotte Adieu les cons, ouverte pour (aussi) servir de voie de descente. ©Coll. Pellissier

Le topo de la goulotte Adieu les cons. ©Coll. Pellissier

A force d’échafauder des plans, j’essaie de choisir le moins mauvais.

La voie que nous envisageons sort au sommet occidental et la seule descente connue part du sommet oriental et ramène de l’autre côté de la montagne, à Pralognan. L’idée est de commencer par trouver une voie de descente côté Champagny. Je me souviens avoir repéré il y a quelques années une goulotte entre l’Epéna et la petite Glière, qui pourrait faire notre affaire.

Nous voila donc partis le 23 novembre , et après un portage et une nuit au refuge de la Glière , nous ouvrons « Adieu les cons » (500m/M5/WI5), du sommet de la voie, l’Epena semble proche, et la descente directe et rapide en 8 rappels, plutôt efficace. Nous redescendons dans la vallée, et après un dernier coup d’œil à LA face, nous sommes gonflés à bloc, prêts à en découdre.

Départ de The fridge, face nord de l’Épéna, dans les zig-zags du bas. ©Manu Pellissier

Délicate traversée en placage, dans The Fridge. ©Manu Pellissier

Dans la première moitié de la face, des traversées surprise. ©MP

Vous reprendrez bien un peu de calcaire en crampons ? ©MP

27 ans après sa première incursion dans la face nord, Manu Pellissier vient boucler une hivernale de l’Épéna.

Vendredi 27 novembre, 4h du matin, armés de nos fidèles montures électriques nous avançons vers l’Ogre de la Vanoise. Il fait à peine jour lorsque Jessy s’élance dans la première longueur, avec une détermination et une aisance qui donnera le ton de la journée.

Les longueurs s’enchainent, et ça fait des grands couics, et ça fait des grands couics…..et quelques zig-zags plus tard, nous sommes dans ce plaquage qui a fait couler tant de bière, tout se passe comme prévu et à 16H30, nous sommes au col. Nous sommes tous les trois émus et heureux, avec le sentiment d’avoir réalisé quelque chose de spécial, d’avoir été cette fois ci au bon endroit au bon moment.

La suite de l’arête que nous pensions débonnaire nous demandera encore trois heures à ramper, et marcher à 4 pattes éclairés par notre frontale, avant de rejoindre la descente et nos traces d’il y a trois jours. Il nous aura fallu vingt heures, deux jours de préparation, deux jours de repos et 27 ans d’attente pour ma part : pas exactement du « fast climbing », mais « a dream come true » comme on dit chez nous !

Coucher de soleil sur les arêtes de l’Épéna : la descente promet d’être longue ! ©MP

Le topo de The Fridge ©MP

Première ascension de « THE FRIDGE » 900m/ 5C/M5/WI5. Face Nord de L’Epéna, 3421 m, massif de la Vanoise, le 27 novembre 2020 par Luc Mongellaz, Manu Pellissier , et Jessy Pivier. Il s’agit de la deuxième ascension hivernale de cette face. La première hivernale de la face nord de l’Épéna revient à la cordée du GMHM, Léo Billon, Benjamin Védrines, et Julien Ravanello qui ont réussi à la journée l’éperon N-O de la Pointe Orientale de l’Épéna, ouvert en 1966.

L’histoire méconnue de cette montagne sauvage et imposante, cachée au fond de la Vanoise, c’est à lire ici :

Épéna, la montagne oubliée, petite histoire d’une grande face nord

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