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Prenez deux enfants pour qui randonner consiste à marcher sans grand intérêt. Promettez leur un pic-nic d’enfer en alpage, de l’escalade verticale, des animaux à portée de main, un refuge haut-perché, une vue sur le plus grand lac alpin, un coucher de soleil d’enfer et un pic vertigineux. Vous obtiendrez une grosse boule d’enthousiasme et d’énergie prête à gravir les sommets. 
En route pour la Dent d’Oche, sommet emblématique du nord du Chablais, aux abords du lac Léman, avec une nuit dans son refuge singulier, posé très haut sur un rocher.

Tous les parents le savent bien : pour emmener des enfants, il faut souvent leur jalonner le parcours d’arrêts et autres points d’interêt. Dites leur 2h de marche, il vous regarderont les yeux ronds. Traduisez par un peu de marche puis un pic-nic puis un peu de marche, ça ira déjà mieux.
Ajoutez quelques péripéties, certaines (troupeaux de vaches, forêt magique, alpages grandioses, fontaine rafraichissante) ou envisagées (bouquetins, marmottes et autre Yéti) et ils se mettent à trépigner.

« Oche c’est pas moche »

La Dent d’oche est un sommet bien connu des habitants du Chablais. Bien visible depuis les abords du lac Léman, depuis Thonon ou Evian, cette modeste montagne de 2222m prend des allures de grande grâce à sa forme pyramidale. En face d’elle, le lac Léman d’un côté, le Château d’Oche de l’autre.

Entre deux, les beaux alpages des Chalets d’Oche où l’on peut prendre une crêpe et une boisson fraîche après avoir gravi la première partie de la randonnée (400m de dénivelé environ), essentiellement en forêt. Ensuite, le paysage s’ouvre, les pentes de la Dent d’Oche se redressent. « Oche c’est pas moche ! » Sur ce bon mot, on devine le sentier qui serpente en Z vers les parois. Fini de rigoler, place à l’aventure.

Premiers pas en forêt. ©Ulysse Lefebvre

Premiers réglages d’appareil photo. ©UL

Après un bon pic-nic agrémenté de denrées plus ou moins nécessaires à l’organisme mais essentielles au moral des troupes (yaourt à boire, bonbons…), la transformation des randonneurs en apprentis alpinistes est un vrai passage initiatique. Le fait d’avoir un brin de corde et des baudriers dans le sac « au cas où » rend l’entreprise d’autant plus sérieuse. Les deux jeunes grimpeurs n’en sont que plus motivés. Fini la randonnée pour « papy et mamie », place à l’escalade pour les « aventuriers ». 

L’arrivée dans l’alpage. ©UL

Poteau et barbelés : parfait pour se gratter ! ©UL

©UL

« C’est quand la cheminée »

Equipés chacun d’un sac à dos avec l’essentiel (gourde pour le jour et doudou pour la nuit), les deux jeunes alpinistes sont prêts à en découdre avec la verticalité. Les Z sont rapidement avalés. « Quand est-ce qu’on grimpe ?» revient cependant régulièrement pour bien signifier le besoin d’action des deux jeunes fous.

Nous voilà prévenus ! © Orhan Lefebvre

©UL

À l’approche de la cheminée. ©UL

C’est que la randonnée vers la Dent d’Oche est connue pour sa cheminée, située juste sous le refuge, équipée de câbles. On s’aide des mains et on grimpe sur une cinquantaine de mètres. Avec un peu d’habitude, les jeunes enfants y arrivent sans trop de problème, sous la supervision immédiate des parents bien sûr. 

© UL

Enfin, on grimpe ! ©UL

On met les mains dans la cheminée. © UL

On voit le refuge ! ©UL

« Trop classe le refuge ! »

Le refuge est étonnamment perché à 2113m d’altitude, soit 109m sous le sommet. Autant dire qu’une fois sur sa terrasse, il est très facile de rejoindre le sommet en aller-retour. D’après sa gardienne, Maud Louvrier, le refuge a été construit en 1913, « époque qui connaissait une course au refuge le plus haut ». Ce qui expliquerait sa situation très proche du sommet, mais aussi son implantation dans un lieu sans approvisionnement en eau, ce qui est plus problématique, surtout par les temps de canicule actuels.

 

Vue sur le lac Léman. ©UL

Dobble et Yam’s avec vue. © UL

Dominos au chaud ©UL

Il faut donc bien penser à emmener suffisamment d’eau pour les deux jours de randonnée, le repas du soir et la nuit. A défaut, il reste la possibilité d’acheter des bouteilles d’eau minérale au refuge. Quant aux toilettes, elles sont sèches, ce qui est un très bon exercice pédagogique avec des enfants. Et eux de conclure : « Les toilettes sèches ça pue mais c’est bon pour la planète ». CQFD. A noter que le refuge possède le label « Refuges en famille », moins pour son accès aisé que pour ses dortoirs adaptés et ses jeux disponibles pour les petits et grands.

Le soir, c’est un festival de tête-à-tête avec les bouquetins. Les enfants vont et viennent sans arrêt et c’est presque là le crux des difficultés pour le Papa qui doit gérer la sécurité ! 

Pendant ce temps-là, au refuge justement, les fondants au chocolat sont servis mais personne n’y est pour les manger, tous occupés à observer les bouquetins. Il se dit même, selon les enfants, que la gardienne sert le dessert volontairement pendant la visite des bouquetins pour manger tous les gâteaux délaissés ! 

 

Cache-cache avec les bouquetins. ©UL

© OL

©UL

Apprentissage de la photo avec une scène plutôt photogénique. ©UL

Un jeune bouquetin et sa mère inquiète en aval. © OL

« Pourquoi t’as pris une corde Papa ? »

Après un coucher de soleil de feu et une rencontre avec de nombreux jeunes bouquetins venus lécher les rocher (et la sortie des eaux usées !), la nuit en dortoir est confortable. Doudou et frontale en veilleuse apportent une dose d’intimité rassurante. Au matin, les bouquetins sont de retour et les petits en oublient le petit déjeuner. Au moins, tout le monde est rapidement prêt à partir !

 

Un brossage de dents avec une seule gorgée d’eau, c’est possible, mais ça s’apprend ! © UL

Ciao le refuge ! © UL

Il reste donc une petite demi-heure d’ascension pour le sommet. C’est surtout dans cette section qu’il faudra garder un oeil sur les enfants et se placer juste dessous pour retenir une éventuelle zipette. « Je sais vraiment pas pourquoi t’as pris une corde Papa ! » dit la jeune espiègle. Si l’on choisit de laisser la corde dans le sac, alors il faudra aussi garder l’oeil ouvert dans la première partie de la descente, par l’arête est, où le rocher patiné et équipé de câbles reste aérien. Ensuite, à partir du col de Planchamp, le sentier est à nouveau de l’ordre de la randonnée classique et l’on peut se laisser aller plus sereinement.

En route pour le sommet ! © UL

On assure les pas sur la crête équipée. ©UL

© UL

Au-dessus, la Dent d’Oche déploie sa face sud et le sommet parait déjà loin. Plus qu’une ascension, cette boucle permet aux enfants de découvrir de nombreux aspects de la montagne, sa faune, sa flore, la marche technique et verticale, la nuit en refuge, le repas unique, le confort d’un autre genre… Et les petits en reviennent grandis.

Massif du Chablais, Dent d’Oche, 2222 m, en boucle via le refuge
Traversée ouest-est
T4, D+1007m

Accès 
Départ de Bernex, au lieu-dit la Fétiuère (le seul mot français comprenant ces trois voyelles à la suite ?), 1215m

Topos 

Randonnées en montagne, Chablais et Valais francophone, Philippe Metzker
Sentiers du vertige en Haute-Savoie, Pierre Millon
Randonnées sur les grands sommets, Pierre Millon

Matériel
Selon l’âge, l’aisance des enfants et des adultes les accompagnants, prévoir un brin de corde (30m) et des baudriers pour encorder les enfants dans les passages les plus exposés. Les enfants apparaissant dans cet article sont âgés de 8 et 6 ans.

Refuge
Gardienne : Maud Louvrier
Informations par téléphone : 06 48 90 57 41
Réservation conseillée en ligne
Pas d’eau là-haut, donc prévoir des réserves.
Pas de carte bleue non plus, chèques ou espèce uniquement. 

La descente redevient « roulante ». © UL

Plein d’eau à la fontaine des chalets d’Oche. ©UL

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