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Millet Trilogy 19

Le Tour de l’Oisans et des Écrins par le GR54 est un itinéraire de haute volée. Cheminant sur près de 200km, c’est un voyage sauvage, au cœur d’un massif jalonné de sommets emblématiques. Les étapes reliant la Vallouise au Valgaudemar combleront les plus affamés de dénivellée et d’ambiance alpine. Et pour cause : en trois jours, le randonneur franchit rien de moins que cinq cols et côtoie l’imposant Sirac. Plongée dans une itinérance minérale.

Le Grand Tour de l’Oisans et des Écrins est l’un des trois grands sentiers de Grande Randonnée (GR) des Alpes. À côté de ceux du Mont-Blanc et de la Vanoise, le GR54 est souvent considéré comme le plus sauvage. Mais parce qu’il n’est pas toujours facile de trouver 13 jours pour s’embarquer dans cette grande aventure, certaines sections plus courtes méritent d’être parcourues individuellement. Les trois étapes reliant Vallouise à La Chapelle-en-Valgaudemar sont à elles seules un voyage dans un décor étonnant.

Du vert pour quelques temps encore, avant d’attaquer la minéralité. ©Ulysse Lefebvre – Parc national des Écrins

Transitions. ©Ulysse Lefebvre – Parc national des Écrins

On a marché sur la Lune

Vallouise. Fraîcheur matinale. En cette fin d’été, la capitale touristique du Pays des Écrins s’agite encore. Notre rampe de lancement est située à l’écart des terrasses de café. Le randonneur qui prend les étapes du GR54 en cours de route a le privilège de choisir son point de départ. Pratique. Il peut ainsi décider de ne pas partir directement du cœur du village mais de se garer au parking d’Entre les Aigues pour économiser ainsi quelques kilomètres de fond de vallée. Notre destination d’altitude du jour ? Deux cols haut-perchés, l’Aup Martin (2761m) et le Pas de la Cavale (2735m). Quelle promesse que ce dernier, la cavale, pour notre chevauchée balbutiante ! Mais avant de cavaler, il faut se chauffer dans le fond du vallon du torrent de la Selle. Entre ses deux versants raides et rapprochés, le soleil ne perce pas encore. L’ambiance alpine déjà, en attendant de décrocher la Lune. Et quelques cloches de tarine pour rappeler que le pastoralisme anime toujours ces espaces que l’on croirait inhabités.

Le col de l’Aup Martin (2761m). ©Ulysse Lefebvre – Parc national des Écrins

La végétation se fait ensuite plus rare. Les ruminants restent en bas et les chevauchants poursuivent leur cavalcade vers ce qui ressemble de plus en plus à un paysage lunaire. L’Aup Martin et le pas de la Cavale sont deux cols jumeaux, presqu’à la même altitude. Entre ces deux coups de couteau dans la pierre, le temps s’est arrêté. C’est une bulle géologique. Un morceau d’étoile inconnue posée dans les Écrins, et que l’on traverse rapidement, presque trop rapidement pour en profiter, en quelques minutes. Plus loin, très loin le lendemain, c’est une autre planète lointaine que l’on foule au col de la Vallette (2671m), à celui de Gouiran (2591m) et enfin au col de Vallonpierre (2607m). Ne croyez pas cette fois à l’enchaînement rapide des trois passages. Le saute-mouton ne fonctionne pas ici. La dénivellée s’accumule. Pour ce deuxième jour, comptez 1150m de D+ pour seulement 11km. Pentu ! À monter puis redescendre… pour remonter encore vers le noir sentier du col de Vallonpierre. La remontée à ce dernier est peut-être la plus lunaire des cinq. Mais pas d’apesanteur ici. Les pas sont lourds, sous la présence écrasante du Sirac.

Entre ces deux coups de couteau dans la pierre,
le temps s’est arrêté. C’est une bulle géologique.
Un morceau d’étoile inconnue posée dans les Écrins

Une ascension minérale voire lunaire… ©Ulysse Lefebvre – Parc national des Écrins

Sur l’Aup Martin. ©Ulysse Lefebvre – Parc national des Écrins

Entre l’Aup Martin et le Pas de la Cavale. ©Ulysse Lefebvre – Parc national des Écrins

Stations orbitales

Les cosmonautes-randonneurs auront à cœur de poser leur spatial fessier en deux lieux confortables et aux tonalités variées.
Le refuge du Pré de la Chaumette est un havre de paix. Assez bas en altitude (1810m), il est situé dans une fond de vallée plat, verdoyant et ensoleillé. Un lieu de repos bucolique aux alentours entretenus par les moutons. Beaucoup de visiteurs y viennent d’ailleurs depuis la vallée de Champoléon, dans le Champsaur, via une courte randonnée familiale. Pour nous, c’est le premier lieu de repos sur le chemin. Thomas, son jeune gardien, prends soin de servir une bière pression, du Champsaur svp, pour désaltérer le corps et l’esprit. Ce dernier vagabonde volontiers dans l’ambiance bucoliques des lieux. Tout en cherchant des yeux la trace du chemin de la prochaine étape. Celle qui ramènera là-haut, aux cols qui, vus d’ici, semblent encore intersidéraux.

Aux environs du refuge du Pré de la Chaumette : ambiances bucoliques et contemplatives. ©Ulysse Lefebvre – Parc national des Écrins

Vue sur la dent de Morges depuis le col de Gouiran (2591m).  ©Ulysse Lefebvre – Parc national des Écrins

Puis le deuxième refuge, enfin, celui de Vallonpierre. Un autre monde. Minéral comme son nom l’indique. Un petit lac adoucit les lieux. Mais l’imposante masse du Sirac nous rappelle à la haute montagne. On se prend à imaginer les voies d’accès au sommet. On se réjouit de la présence, toujours, de glaciers sur ses flancs. On préfère ne pas penser à la longue traversée de ses arêtes. Iterminables lignes de fuite crénelées fermant le haut-Valgaudemar. C’est vers lui que l’on descend au troisième jour, quittant le monde des pierres pour regagner celui des champs et du bocage local. La vallée la plus himalayenne des Alpes, comme elle est vantée sur les dépliants touristiques, cache de petites oasis de cultures à l’ombre de ses flancs raides. Une dernière pente douce vers La Chapelle en Valgaudemar, option pouce levé si nécessaire, et il sera temps de remettre les pieds sur Terre. De là, il faudra choisir entre le retour au monde des hommes ou le prolongement des hauteurs et l’aspiration vers le refuge des Souffles. Cette histoire là reste à écrire.  

Vers le col de la Vallette (2671m). ©Ulysse Lefebvre – Parc national des Écrins

Au col de Vallonpierre (2607m).  ©Ulysse Lefebvre – Parc national des Écrins

Jeux d’échelles entre humble randonneur et imposant Sirac, en arrivant au col de Vallonpierre.  ©Ulysse Lefebvre – Parc national des Écrins

Mirage du Sirac dans le lac de Vallonpierre, aux côtés du refuge. ©Ulysse Lefebvre – Parc national des Écrins

CARNET DE BORD

Toutes les étapes du Grand Tour des Écrins sont bien décrites sur le site dédié.

La FFrandonnée propose également un topo en ligne.

En voici une synthèse :

ETAPE 1 : Vallouise – Pré de la Chaumette
Entre 6 et 9h, 24km, D+ 1616m.  (données variables selon point de départ au village ou Entre les Aigues)

ETAPE 2 : Pré de la Chaumette – lac de Vallonpierre
6h, 11km, D+ 1150m

ETAPE 3 : lac de Vallonpierre – La Chapelle en Valgaudemar

3h30, 14km, D+ 49m

Attention les cols d’altitude peuvent être enneigés en début de saison (juin-juillet), s’informer auprès des maisons de parc avant de partir.

 VARIANTE

Il est également possible d’enchainer avec la variante du Tour du Vieux Chaillol, qui part vers la vallée du Champoléon, depuis le Pré de la Chaumette.

CARTES 

 IGN – 3436ET – Meije – Pelvoux – Parc national des Écrins

 IGN – 3536OT – Briançon Serre-Chevalier – Montgenèvre

REFUGES

Pré de la Chaumette : 04 92 55 95 34. Ouvert du 15 juin au 15 septembre (14 places hors gardiennage)

Vallonpierre : 04 92 55 27 81. Ouvert du 15 juin au 15 septembre et les week-ends de septembre (19 places hors gardiennage).

POUR ALLER PLUS VITE

Ces trois étapes, bien que minérales, sont relativement « roulantes » et se prêtent bien à la course à pied. Selon la forme, il est intéressant aussi de parcourir ces trois étapes en deux jours voire un seul. Les changements d’ambiance n’en seront que plus prégnants.

La Maison du Parc, à La Chapelle-en-Valgaudemar et la montée vers le cirque de l’Olan en arrière-plan. ©Ulysse Lefebvre – Parc national des Écrins