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Allo Mike, quoi ?

©Coll. Mike Horn

Nous voilà tous rassurés, Mike Horn est sauvé !
Son complice Børge Ousland aussi, ouf !
Les deux explorateurs polaires quinquagénaires ont échappé de peu au pire en Arctique. Le 7 décembre dernier, ils ont finalement pu gagner sain et sauf le Lance, un brise-glace venu les aider. Une opération de sauvetage ultra médiatisée en France.
Bon, il faut dire que les ingrédients d’un film hollywoodien (voire hitchcockien) étaient réunis : le froid, les engelures, la nuit polaire, le manque de nourriture, la dangerosité des glaces, ce satané réchauffement climatique et même les pauvres ours polaires « maigres et affamés au pôle Nord » (1)
La faute à Jessica Horn, qui invitée à témoigner par son ami journaliste Hugo sur son live Instagram, a expliqué que « son père n’avait pas croisé d’ours polaire, mais vu des traces d’un mâle affamé, très maigre et qui avait faim ». Précisons que Jessica et Hugo étaient aux premières loges de cette opération de sauvetage. Leur propos a ravi Stacie Arena, journaliste du Huffington Post France, au point de nous préciser que « la faune arctique serait décimée ». Bigre !
Heureusement Super-Hugo Clément, opportunément embarqué dans cette opération de sauvetage, avait su trouver les justes mots pour éclairer les propos de Jessica un brin brumeux pendant le live Insta : « Mike a constaté que c’est un mâle qui cherche de la nourriture, parce que les (empreintes de) pattes avant et arrière étaient très rapprochées, un ours maigre donc, et ils marchaient en zigzag, cela veut dire qu’ils cherchaient à manger ». Journaliste estampillé environnement sur France 2, Hugo Clément en fait trop.

Tout ce tintamarre frise même l’indécence,
voire le ridicule

Tout ce tintamarre frise même l’indécence, voire le ridicule. La faute aux médias toujours prompts à vouloir faire du spectaculaire et à simplifier le propos ? Ou bien la faute aux communicants de cette expédition qui ont versé dans la surenchère ? Les deux à coup sûr.
Ce n’est bien entendu ni la performance de Mike, ni celle de son complice Børge (ne l’oublions pas !), qui est en cause mais bien la (sur)communication. Certes, une opération de sauvetage coute cher, très cher et nécessite surement de créer le buzz pour réunir les fonds ad hoc, ne soyons pas dupes.

Cette surenchère médiatique (Paris-Match, Gala, Voici…) n’a étrangement pas ébranlé en France la statue de super-héros de Mike. En Suisse, c’est une autre histoire. « L’«ego trip» de l’explorateur dans le Grand Nord » (selon ses termes) a laissé de glace Aïna Skellaug (2) une chroniqueuse du site d’informations Le Temps la poussant même à écrire que : « Ce qui fait fondre la banquise en ce moment au pôle Nord, c’est la testostérone de Mike Horn. Les scientifiques du GIEC devraient s’y intéresser ».
J’aime bien Mike, j’aime encore plus Børge, mais c’est leur son de cloche, le vrai celui qu’ils ont sur leur cœur et dans leurs tripes, que je souhaiterai entendre. Car pour paraphraser Michel Audiard : « La com’, ça ose tout. C’est même à ça qu’on la reconnaît » (3).
Allo Mike, quoi ?

 

(1) : Article « Mike Horn, démuni face à des ours polaires « maigres et affamés » au pôle Nord » In. Huffingtonpost du 5 décembre 2019.
(2) : Lire la chronique « Mike Horn, au-delà de mes forces ». In. Le Temps du 29 novembre 2019.
(3) :  : « Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît ». In. « Les Tontons flingueurs » comédie franco-germano-italienne réalisée par Georges Lautner en 1963, avec des dialogues de Michel Audiard.

Pour ce qui est de l’histoire, hors communication, lire notre série sur cet exploit par Mike Horn et Børge Ousland :
– PÔLE NORD : MIKE HORN ET BORGE OUSLAND SAUVÉS IN EXTREMIS
– 86 JOURS SUR LA GLACE, LE PÔLE NOIR DE MIKE HORN ET BORGE OUSLAND

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