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Millet Trilogy 19

Advenire, l’aventure d’un mot

Parce que la montagne demande du recul, nous sommes allés chercher un observateur à la mer. Deuxième opus made in La Rochelle précisément, là où l’aventure démarre plus souvent en mettant les bouts qu’en lovant les cordes. L’aventure ? Mais d’où vient ce mot, d’ailleurs ? Et, pour paraphraser Gauguin, où nous mène t-il ?

 

A

venture. D’où nous vient donc ce vaste mot dont l’éclectisme d’usage n’a d’égal que l’étendue des territoires qui ont engendré ou attisé au fil des âges ses adeptes, les aventuriers. Il tient sa racine du latin advenire, qui signifie ce qui va advenir. Par définition : l’inconnu, l’imprévu. A ce stade de votre lecture, vous vous dites certainement que votre démarche – de lecteur – tient un peu de l’aventure, toute proportion gardée néanmoins. Mais poursuivons, car à présent une question nous taraude tous : Qu’est-t-il advenu du « d » de advenire ? Par quel mécanisme linguistique avons-nous hérité d’une aventure dépourvue de son « d » ? Advenire se serait-il gelé le « d » en franchissant les Alpes au cœur de l’hiver, pour rallier la Gaule depuis la Rome Antique ? Pis, par quel mystère ce maudit « » est-il parvenu intact en Angleterre pour ensuite y engendrer adventure dont les anglais ont su faire – reconnaissons le ici – un usage magistral au fil des siècles.

Aventure tient sa racine du latin advenire, qui signifie ce qui va advenir. Par définition : l’inconnu, l’imprévu.

Puisqu’il s’agit d’aventure, risquons-nous à une hypothèse. Advenire a pu rallier la langue anglaise depuis l’empire romain par les voies maritimes : Méditerranée, Détroit de Gibraltar, Atlantique et Manche ! Les talents de marins de nos voisins grands bretons – notez que cela fait déjà deux compliments à leur adresse – couplés à de bonnes conditions météorologiques ont alors permis à advenire d’arriver indemne à bon port par une de ces belles – mais si rares – journées ensoleillées du sud de l’Angleterre. C’est bien connu, la mer est plus sûre que la montagne. Et la logique dans tout cela, me direz-vous ? Il n’y en a point ! Jugez plutôt : Le verbe advenir tient sa place dans le dictionnaire de langue française mais notre aventure a définitivement perdu son « d ». A quelques miles nautiques du vieux continent, outre-Manche, le dictionnary référence fièrement son adventure et se passe fort bien d’un quelconque verbe rappelant phonétiquement « advenir ». L’anglais est pragmatique. Mais rassurez-vous, Le Français est poétique. Car notre aventure dépourvue de son « d » fait clairement écho à ce qui de fait adviendra, le « d » en moins : l’avenir. Si l’aventure, c’était l’avenir ?