Janja Garnbret vient d’enchaîner Bibliographie, 9b+, à Céüse, dans les Hautes-Alpes. La Slovène signe la première ascension féminine de cette voie majeure, ouverte par Alex Megos en 2020. Elle devient aussi la deuxième femme seulement à atteindre le 9b+, après Brooke Raboutou. Une performance hors normes.
Elle a longtemps fait usage de son talent uniquement en compétition : Janja Garnbret a tout gagné, des coupes du monde aux Jeux Olympiques. Mais l’extraordinaire grimpeuse slovène s’est résolument engagée dans une nouvelle direction depuis deux saisons, passant du temps en bloc à l’extérieur et en falaise. Quoi de plus naturel pour une grimpeuse d’exception que d’aller essayer l’une des voies les plus mythiques d’une falaise qui n’en manque pas ?
Bibliographie, à Céüse, est cette voie. Le 6 juin 2026, Janja Garnbret en a réalisé la première ascension féminine, ajoutant à son palmarès une performance en falaise qui compte parmi les plus fortes jamais réalisées par une grimpeuse. Cotée 9b+, cette ligne de 35 mètres, située sur la grande barre calcaire des Hautes-Alpes (alias la plus belle falaise du monde), avait jusque-là résisté à toutes les femmes. Avant la Slovène, seuls cinq grimpeurs l’avaient enchaînée.
Sur ses réseaux sociaux, Janja Garnbret a résumé l’importance intime de cette voie en quelques mots : « certaines voies vous marquent longtemps avant même d’atteindre le relais ». Pour une athlète habituée aux podiums, aux titres mondiaux et aux médailles olympiques, Bibliographie aura donc été autre chose qu’une croix : un apprentissage de la patience, du rocher, des conditions. Jusqu’à l’apothéose.
Équipée par Ethan Pringle en 2009, Bibliographie a longtemps attendu son premier enchaînement. Alex Megos l’a libérée en 2020, après un long travail, en proposant d’abord 9c. La cotation a ensuite été ramenée à 9b+ après la répétition de Stefano Ghisolfi, un avis accepté par Megos. Depuis, la voie est restée l’un des repères mondiaux du très haut niveau en escalade sportive : plus de 80 mouvements, deux sections très dures, peu de repos, et cette exposition particulière de Céüse aux conditions changeantes.
Avant Janja Garnbret, la liste des répétiteurs était courte : Alex Megos, Stefano Ghisolfi, Sean Bailey, Sébastien Bouin et Jorge Díaz-Rullo. Cinq grimpeurs seulement pour une voie devenue, en quelques années, l’une des voies-étalons du 9b+.
La réussite de Garnbret est donc double : elle devient la première femme à réussir Bibliographie, mais aussi seulement la deuxième femme de l’histoire à atteindre le 9b+, après Brooke Raboutou, qui avait réalisé Excalibur, à Arco, en avril 2025.
elle devient la première femme à réussir Bibliographie, mais aussi seulement la deuxième femme de l’histoire à atteindre le 9b+
La progression féminine au-delà du 9a+ reste rare. Le premier 9b féminin avait été signé par Angela Eiter avec La Planta de Shiva, en Espagne, en 2017. Julia Chanourdie avait ensuite enchaîné Eagle-4, à Saint-Léger-du-Ventoux, en 2020. Laura Rogora avait rejoint ce niveau avec Erebor en 2021, puis Anak Verhoeven avec La Planta de Shiva en 2024. À ce jour, très peu de femmes ont donc atteint le 9b, et seulement deux ont confirmé le 9b+ : Brooke Raboutou et Janja Garnbret.
Chez Garnbret, la portée de cette performance est aussi liée à son profil. Double championne olympique, multiple championne du monde, dominatrice historique de la compétition, elle n’avait plus grand-chose à prouver sur résine. Mais la falaise lui a réservé des surprises. À Céüse, il faut accepter le vent, la température, l’attente, les jours sans, les méthodes à trouver, et cette incertitude propre au rocher. Dans un entretien publié après son ascension, la Slovène a expliqué que la voie l’avait obligée à devenir « une grimpeuse différente ».
C’est sans doute ce qui donne du poids à cette réalisation. Bibliographie a imposé à la Slovène un rapport au temps, à l’échec, qu’elle ne connaissait pas, ou peu. Garnbret a tenté la voie sur plusieurs séjours, ayant commencé le travail de la voie après les Jeux de Paris 2024, avant de l’enchaîner le 6 juin dernier.
Ce passage de la compétition à l’une des voies les plus dures du monde n’efface pas l’énorme carrière de Garnbret sur résine. Mais cela nous rappelle aussi que les frontières entre la performance sportive et l’histoire de l’escalade se déplacent désormais des deux côtés : dans les compétitions olympiques, mais aussi sur les falaises où quelques lignes concentrent les meilleurs.
Avec Bibliographie, Janja Garnbret ne signe pas seulement une première féminine. Elle inscrit son nom dans la courte histoire du 9b+, un degré encore réservé à une poignée d’athlètes. Et elle confirme, sur le beau calcaire de Céüse, que la meilleure compétitrice de sa génération est aussi capable de s’imposer sur l’une des voies les plus exigeantes du monde.





