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Parce que nous envisageons le VTT comme un sport alpin à part entière, prenons le temps de faire le point sur les cotations et les niveaux de difficulté des itinéraires. Pour s’engager sur les sentiers en toute sérénité (ou presque…).

Pourquoi coter des itinéraires ? En ski ou en escalade, la cotation permet surtout de choisir une course fonction de son niveau et d’éviter de se retrouver coincé par ses capacités techniques au moment crucial. C’est une notion de sécurité. La cotation permet ainsi au skieur alpiniste de ne pas se retrouver tétanisé par la section de couloir bien trop raide qui s’ouvre soudain sous ses spatules ; et elle permet au grimpeur ou à l’alpiniste de ne pas avoir à battre en retraite devant une longueur trop difficile, ou à prendre des risques en s’écartant de la voie.
En VTT, la cotation n’assure pas vraiment de fonction de sécurité. Parce que la différence fondamentale entre le VTT et les autres sports de montagne précités, c’est que la pratique du VTT n’est pas une nécessité pour effectuer une course ; c’est au contraire une difficulté qu’on s’impose en sus. Pratiquer l’alpinisme est nécessaire pour atteindre la Verte. Pratiquer l’escalade est indispensable pour gravir El Capitan. Pratiquer le ski est plutôt conseillé pour descendre le Pan de Rideau. En revanche, pratiquer le vélo n’est pas du tout nécessaire pour descendre le Taillefer. Du coup, lorsqu’un VTTiste se retrouve en difficulté, il n’a pas forcément besoin d’aller mobiliser des ressources qu’il ignorait pour parvenir à franchir la section compliquée, oh non, il dispose d’une autre option : il lui suffit de descendre de vélo.

Certes, le ski-alpinisme peut dévier dans cette catégorie que je qualifierais de « sport masochiste », en ce sens où il est pratiqué là où le crampon est conseillé. Mais quoi qu’il en soit, si on pousse le raisonnement, tous les sports sont masochistes. Il sera toujours plus simple de rester chez soi plutôt que de gravir un sommet !
En VTT, la cotation permet donc surtout de s’éviter une galère doublée d’une humiliation, à savoir devoir descendre en poussant le vélo (et son ego). Le problème, c’est qu’une cotation est nécessairement subjective. Elle dépend grandement des variables d’environnement (froid, vent, humidité, présence de neige…). Par ailleurs, en vélo, il n’existe pas de cotation prenant en compte l’engagement général (longueur de la course, isolement, altitude…)

cette catégorie que je qualifierais de « sport masochiste »,
en ce sens où il est pratiqué là où le crampon est conseillé

©Alexis Righetti

La cotation VTT est ainsi basiquement composée d’une notation technique (T) et d’une évaluation d’exposition (E). Mais attention, il n’existe pas de standardisation aussi poussée que pour le ski de rando, l’alpinisme et à fortiori l’escalade. Ainsi, chaque topo peut avoir sa propre échelle (parfois des couleurs) fonction du public visé.

Globalement, les critères techniques retenus sont les suivants :

Largeur du chemin

(ou plus généralement des passages, si l’on considère qu’on est en freeride)

Raideur de la pente

(ou plutôt de l’itinéraire, un sentier pouvant être peu incliné sur une pente très raide) : il est à noter que contrairement au ski, le VTT permet plutôt difficilement de descendre des pentes raides. Globalement, on peut considérer que du 20° en vélo correspond à du 45 à skis. Et au-delà de 30°, il est quasiment impossible de s’arrêter à vélo, il faut forcément se positionner tout droit, avec du dégagement en bas.

©Alexis Righetti

Obstacles

rochers, marches, racines (on parle de chemin « roulant » ou « cassant »)

Virages

le VTT étant un sport de pilotage, une bonne partie des difficultés sont concentrées dans les virages ou épingles

Structure des roches

certaines roches sont plus faciles à passer que d’autres (voir notre article sur le vélo de montagne)

Pilotage

le fait que le terrain pardonne ou non l’erreur

 

Il est toujours difficile d’établir une cotation globale pour un itinéraire complet. C’est pourquoi je préfère coter chaque section indépendamment. On peut considérer (un peu arbitrairement) qu’il faut au moins 3 facteurs combinés sur une section pour qu’elle entre dans une catégorie donnée.

T1 

Il s’agit grosso modo d’une piste roulable en voiture.

  • Largeur : 1 m ou plus
  • Pente : <15% (équivaut à 7°)
  • Obstacles : inexistants
  • Virages : aucune problématique, très larges
  • Structure des roches : sans objet
  • Pilotage : ce type de terrain est adapté aux débutants
  • Récompense à l’arrivée : un verre d’eau
©Alexis Righetti

T2

C’est un sentier large, globalement sans surprise.

  • Largeur : environ 50 cm
  • Pente : jusqu’à 30% (14°)
  • Obstacles : petites pierraille / racines peu émergentes / petites ornières
  • Virages : faciles, il faut juste maîtriser sa vitesse
  • Structure des roches : sans objet
  • Pilotage : les erreurs de pilotage sont facilement rattrapables
  • Récompense à l’arrivée : un jus de fruits
©Alexis Righetti

T3

Il s’agit d’un sentier étroit avec des portions un peu techniques. Le T3 correspond au niveau moyen d’un pratiquant régulier.

  • Largeur : entre 20 et 50 cm (il faut commencer à savoir placer ses pédales fonction des obstacles)
  • Pente : jusqu’à 40% (18°). (Il devient alors nécessaire de se positionner derrière la selle.)
  • Obstacles : pierrier moyen / racines hors sol / marches jusqu’à 30 cm / sentier raviné
  • Virages : certaines épingles nécessitent un réel contrôle. Elles peuvent être étroites, déversantes et nécessitent un passage ralenti.
  • Structure des roches : parfois un peu traîtres, glissantes ou déversantes
  • Pilotage : une erreur est en général rattrapable sans chute
  • Récompense à l’arrivée : une bière
©Alexis Righetti

T4

On passe sur du technique plus ardu.

  • Largeur : < 20 cm (le placement des pédales doit être précis et rapide, souvent en contre équilibre)
  • Pente : jusqu’à 60% (27°)
  • Obstacles : gros pierrier pouvant passer « en force » / racines hors sol multiples et vicieuses / marches jusqu’à 50 cm / ravines ou ornières très prononcées
  • Virages : des épingles nécessitant un pilotage très précis. Elles sont étroites et aigues, déversantes ou avec marches et nécessitent un passage presque à l’arrêt.
  • Structure des roches : roches vicieuses, nécessitant une bonne lecture de terrain, parfois très glissantes ou déversantes
  • Pilotage : une erreur conduit nécessairement à la chute
  • Récompense à l’arrivée : une vodka-martini
©Alexis Righetti

T5

On se rapproche du trial, le positionnement sur le vélo devient critique. Il faut en général repérer la section à pied avant de se lancer.

  • Largeur : il faut savoir placer ses roues au centimètre
  • Pente : > 60% (27°)
  • Obstacles : gros pierrier, nécessitant du franchissement / racines inextricables / marches > 50 cm / sauts obligatoires
  • Virages : certaines épingles ne sont passables qu’en nose-turn.
  • Structure des roches : roches trialisantes
  • Pilotage : une simple hésitation conduit à la chute
  • Récompense à l’arrivée : des vêtements de rechange, parce que vous n’avez plus un poil de sec
©Alexis Righetti

T6

Le T6 devient difficile à appréhender en termes de cotation : il s’agit soit de trial pur (donc du statique), soit d’un sentier avec des franchissements énormes et engagés (donc de l’hyperdynamique). Cette cotation n’est accessible que pour une mince élite de pratiquants.

  • Largeur : il faut savoir placer roue avant ET roue arrière au centimètre
  • Pente : pouvant atteindre 100% (45°)
  • Obstacles : sauts importants obligatoires (grande longueur ou/et grande profondeur)
  • Virages : passables en combinant plusieurs mouvements de trial.
  • Structure des roches : roches trialisantes
  • Pilotage : il ne faut pas faire d’erreur
  • Récompense à l’arrivée : une révision du vélo, qui a bien morflé
©Alexis Righetti
Il est à noter que comme toute échelle de ce genre, on peut considérer qu’elle est ouverte vers le haut, à condition de travailler et répéter le franchissement de certaines sections… même si le travail sur échelle est formellement interdit par le Droit du Travail.

À ces cotations, il convient d’ajouter :

NR (Non roulant)

Comme son nom l’indique, cela signifie qu’il faut descendre du vélo pour passer.

©Alexis Righetti

NR-ESC (Non roulant Escalade) 

C’est un ajout personnel, mais je trouve que lorsqu’on fait du vélo de montagne, c’est un élément important à préciser. Cette cotation signifie qu’il faut porter son vélo tout en parvenant à se dégager au moins une main pour parvenir à franchir des sections d’escalade facile. En effet, si porter son vélo est aisé, le porter sur des portions raides devient vite extrêmement difficile et dangereux, car la masse décentrée du vélo déséquilibre et empêche de nombreux mouvements basiques de par son encombrement (les roues touchant la paroi, notamment). Il faut donc avoir un très bon pied montagnard pour réaliser un portage sur de petites portions un tant soit peu « escalade ».

©Alexis Righetti

Exposition

Enfin, à la cotation technique, on ajoute une cotation d’exposition, qui évalue le risque de blessures en cas de chute. Intrinsèquement, une cotation d’exposition n’a pas grand sens car vous pouvez très bien vous tuer de votre propre hauteur. Surtout en vélo, où l’on tombe toujours mal… Néanmoins, cette cotation est nécessaire pour jauger des risques inhérents à l’environnement. Et autant en ski on peut considérer qu’en général l’exposition et la technique vont de pair, autant en VTT, ça n’est pas du tout le cas. Vous pouvez très bien emprunter un sentier très facile à flanc de falaise.

©Alexis Righetti

E1

Normalement, la chute n’est pas censée faire mal. Evidemment, toute la subtilité réside dans l’adjectif « censée ». Néanmoins, on peut considérer que la gravité de la blessure sera essentiellement due à la vitesse.

©Alexis Righetti

E2

La gravité de la blessure se voit aggravée par les potentiels obstacles (soit sur le sentier, soit hors sentier, du fait d’un chemin plus étroit).

©Alexis Righetti

E3

Une chute conduit nécessairement à se blesser, potentiellement gravement. Une blessure mortelle n’est pas à exclure.

©Alexis Righetti

E4

Cela signifie que le passage se trouve en bordure de falaise. En cas de chute, la mort est inéluctable, sauf miracle. Mais mieux vaut ne pas compter dessus et s’engager sur le passage que si l’on est d’un niveau technique au moins 2 crans supérieur. Par exemple, si l’on est capable de passer du T4, on ne s’engagera sur un passage E4 que de niveau T2 maximum. Et auparavant, on éteindra sa Gopro, source de témérité mal appropriée.

©Alexis Righetti
Il est à noter qu’en vélo, l’exposition sera relevée d’un cran selon que vous passez en statique ou en dynamique. Cela est notamment vrai en forêt, où une chute violemment arrêtée par un arbre peut vite s’apparenter à l’impact d’une chute de grande hauteur.