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Un Leica Q2, c’est un bijou de photographe : l’objet est lisse, magnifique, tant que l’on ne regarde pas le prix de la bête. Mais la photo est une histoire de passion. Une passion qui a un prix, chez Leica. Mais oublions le point rouge pour nous intéresser à ce boîtier original : le Leica Q2 dispose d’une seule focale fixe, un 28mm très lumineux (f1.7), un capteur plein format doté d’une avalanche de pixels (47 millions), un viseur à gauche. Du métal partout dans un format compact. Et en photo, ça donne quoi ?

J’ai eu l’opportunité de tester ce boîtier grâce à nos partenaires de Youstudio, où nous dispensons les formations Alpine Creative, des formations photo et vidéo professionnelle. Le Q2 est l’héritier du Leica Q (Typ 116) qui marquait une rupture chez Leica : à savoir, la volonté de proposer un boîtier plein format mais « simplifié », avec une focale fixe, comme une version épurée du boîtier « star » de la marque au point rouge, le M. Le Q2 reprend les mêmes codes, il a le même Summilux 28mm f1.7 mais s’est vu au passage gonflé en pixels, avec 47.3 Mpx. Ce gain de pixels permet à Leica de proposer un mode de recadrage, permettant de cropper (ou recadrer, si vous préférez), à la prise de vue, pour obtenir un « équivalent » 35mm, 50mm ou 75mm. Les guillemets sont nécessaires : on parle bien de recadrage numérique, on y reviendra.

Leica Q2. Iso 100, 1/125 s, f/16 ©Jocelyn Chavy

Un boîtier compact ?

Côté dimensions, le Leica Q2 est un plein format (24×36) compact. S’il est un peu moins haut (80mm) qu’un Sony A7III ou A7RIII (95.6mm avec le faux pentaprisme), il est aussi large (130mm vs. 126.9mm). Mais déjà, l’absence du bloc pentaprisme, et le dessus lisse du Q2 le classe à part, et donne cette impression de compacité. L’avantage est plus net encore par rapport à un Nikon Z6 II (100.5mm de haut x 134mm de large). Non, en réalité il est compact car optique comprise, il ne fait que 91.9mm d’épaisseur. Un Sony A7III affiche 73.7mm d’épaisseur SANS optique, voir ce comparatif. Si l’on se contente, chez Sony, d’un 28mm f2 qualitativement moins bon (et moins lumineux) on rajoute 64mm en épaisseur, soit un total de 137.7mm… Là on comprend mieux en quoi le Leica Q2 est vraiment compact.

Prise en main

Côté design, il est, comment dire, parfait. Épuré, presque trop. Rien ne dépasse. Le form factor reprend, en plus petit, les codes de celui de la série M. La finition du Q2 est exceptionnelle, le pare-soleil, par exemple, ne bouge pas d’un micron. Par contre, le bouchon d’objectif est mauvais : on l’a perdu en une après-midi ! Bon, avec un pare soleil à demeure, le bouchon n’est pas vraiment utile, mais tout de même. Surprise, il n’y a pas de trappe de batterie, grâce à un système ingénieux c’est la batterie qui fait office de trappe. Le tout est certifié IP52.

La prise en mains est agréable, l’ensemble très épuré donc. Une molette pour la vitesse sur le dessus. Un déclencheur et une molette de pouce « fonction » pour régler la sensibilité ou n’importe quel réglage que l’on y attribue. Ces trois éléments sont alignés pour ne pas dépasser du dessus du boîtier. A l’arrière, trois boutons à gauche, un trèfle pour naviguer dans les menus.

Le viseur OLED à gauche du Leica Q2 permettra de « penser » une image comme avec une visée télémétrique

On a l’impression que les ingénieurs allemands ont fait la chasse aux boutons : difficile d’en mettre moins, sauf à passer sa vie dans les menus qui d’entrée de jeu ne sont guère conviviaux. Les Leicaïstes passionnés ajouteront que la prise en main sera plus agréable avec un repose pouce (comme le levier de réarmement fictif sur un M10, il se monte sur la griffe flash et coûte 200 euros…). Le viseur OLED à gauche permettra aux apprentis du Leica de « penser » une image comme avec une visée et une mise au point télémétrique (sur les M) : on peut viser avec l’oeil droit et surveiller ce qui rentre dans le champ avec l’oeil gauche. Très pratique en street photographie …ou en photo de ski.

On remarquera qu’on peut faire pareil avec un Sony série A6000 (viseur décalé à gauche) bardé d’assistance électronique mais APS-C, ou avec un Sony A7C plein format. L’ensemble est certes compact, plus haut qu’épais, mais pas si léger : 718g avec la batterie. Ce n’est pas très lourd avec une optique lumineuse.

L’optique, Summilux 28mm 1.7

C’est bien là que l’on craque (un peu) : l’optique, le Summilux, est carrément magnifique, avec les indications de diaphragme sur le fût – celles-là même qui sont devenus rares sur les objectifs modernes. Ce Summilux 28mm est débrayable, pour passer de l’autofocus au manuel. Petite concession au confort, il faut savoir que pour basculer sur l’objectif du mode autofocus à la mise au point manuelle, il faut d’abord faire un focus à l’infini puisque le bouton d’autofocus est à la fin de la bague de focus.

A l’usage, j’ai surtout bossé en manuel. Snobisme ? Ou plaisir de travailler avec un couple boîtier/optique qui est fait pour, avec bien sûr l’aide de la loupe. Pourquoi ? Parce que comme chez d’autres marques (Nikon au temps où je bossais 70% du temps avec le 17-35mm f2.8) l’infini sur le fût de l’optique n’est pas à l’infini… Malgré le soin que l’on peut apporter à la mise au point c’est un peu décevant, mais facile à contrer avec un coup de loupe avant de déclencher.

Après, l’optique est dotée de l’autofocus : pas la peine de s’en priver pour ceux qui préfèrent « assurer » leur prise de vue. Je ne l’ai utilisée qu’avec la mesure équivalent spot, soit le focus sur le centre du cadre.

j’ai surtout shooté en manuel. Snobisme ? Ou plaisir de travailler avec un couple boîtier/optique qui est fait pour, avec bien sûr l’aide de la loupe.

Côté piqué, c’est exceptionnel dès la pleine ouverture (voir plus bas). Chez Leica, quand on indique f1.7, on peut utiliser l’optique à cette valeur : pas besoin de fermer un peu pour tirer le meilleur parti de l’optique. Lumineux, ce 28mm est une focale qui ne plaira pas à tout le monde. C’est pourtant la focale historique des Leica M, et aussi, à tout hasard, une focale prisée de certains grands photographes actuels (JR pour ne pas le nommer).

Personnellement, le 28mm me permet de faire beaucoup de choses : c’est un léger grand-angle qui reste adapté pour shooter des gens sans les déformer (ce qui se passe avec le 24mm plus adapté au paysage uniquement). C’est avoir un peu plus de recul qu’avec le classique 35mm. Par contre, Leica annonce un zoom numérique à partir des 47 Mpx vus par ce 28mm, et là, je dois vous prévenir que ceci n’est qu’à moitié vrai.

Crop d’une image avec la mauvaise MAP à l’infini. La photo est ratée, les détails sont flous. 1/125s f/14

Crop d’une image avec la bonne MAP à l’infini. 1/125s f/14

Le recadrage : attention au rendu

Ce qui est courant sur les smartphones existait déjà, par exemple sur le D800 de Nikon, à partir d’une simple touche fonction personnalisable : le recadrage automatique au moment de la prise de vue. Cela permettait par exemple de cadrer un équivalent 300mm à partir d’un 200mm. Là, sur le Q2, Leica propose à partir du 28mm de recadrer légèrement : 35mm, ou plus, avec 50 et 75mm.

Tout le monde comprendra facilement qu’à partir d’un fichier de 47 Mpx en 28mm le Jpeg soit recadré : mais Leica conserve la même définition en DNG, le format brut (raw) utilisé par la marque (et inventé par Adobe). Vous aurez toujours un fichier de 8368 x 5584 pixels, dans lequel vous déplacerez votre recadrage selon la focale choisie… ce qui revient bien à cropper le fichier final. Avec 30 Mpx en zoom numérique 35mm et 15 Mpx en zoom numérique 50mm, certains diront, à juste titre, qu’il reste un paquet de marge pour publier sur Instagram… Certes.

Le recadrage léger, en 35mm, est valable. Le reste est du marketing. Le Leica Q2 est un bien un appareil à focale fixe, 28mm.

Mais ce que vous devez savoir, c’est que quelque soit le recadrage choisi l’optique reste un 28mm. Cela veut dire que les proportions dans l’image d’un 35, d’un 50, d’un 75mm réel ne sont pas les mêmes ! Les perspectives ne sont pas les mêmes avec un 28mm ou un 50mm « physique ». Faites le test si besoin. Par exemple, au 28mm, le premier plan a plus d’importance dans l’image, et celle-ci, même recadrée en 50mm, sera différente de l’image prise avec une optique « réelle » en 50mm. De même la profondeur de champ : le flou d’arrière plan répond aux lois de l’optique – en 28mm – qui font que celui-ci peut-être « généré » (avec un arrière plan lointain) plus difficilement avec un 28 qu’avec un 50 de même ouverture. Conclusion ? Le recadrage léger, en 35mm, est valable. Le reste est du marketing, et le Leica Q2 est un bien un appareil à focale fixe, 28mm.

Photo, iso et format

Même l’obturateur mécanique du Q2 est quasi silencieux : on peut se permettre de l’utiliser comme lors de la répétition d’un concert auquel j’assistais. C’était surtout l’occasion de tester la montée en Iso d’un boîtier à …cinq mille euros. On va dire que le bruit est contenu jusqu’à 3200 iso, et qu’à cette valeur on obtient de très bonnes photos, avant de se dégrader à 6400 iso tout en restant exploitables. Après, rares sont ceux qui voudront shooter à 12800 avec une optique f1.7… le Q2 reste un bon outil pour les spectacles ou les photos nocturnes.

Dommage de ne pas proposer un raw compressé qui aurait pu diviser le poids des images par deux

On a utilisé Lightroom comme logiciel en lieu et place de Leica Fotos, non testé mais dont l’app permet de communiquer entre le boitier et le smartphone. Attention, si vous utilisez le Q2 en rafale (jusqu’à 10 images/seconde, voire le double en obturateur électronique) : le format DNG du Q2 n’étant pas proposé en différentes possibilités de compression, ce sera du 82 Mo par photo et pas moins.

A ce rythme le stockage enfle rapidement pour le photographe Leica. Dommage de ne pas proposer un raw compressé qui aurait pu diviser le poids par deux, ou approchant.

Leica Q2. Iso 100, 1/125s f/2.8. ©Jocelyn Chavy

Leica Q2. Iso 100, 1/125s f/14. ©Jocelyn Chavy

Leica Q2, mode d’emploi

Après une petite journée de shooting, on retiendra que le design, la logique de l’appareil permet rapidement de trouver ses marques : ainsi le réglage d’ouverture se fait sur l’objectif, celui de la vitesse sur la molette au-dessus et celui de la correction d’exposition à droite. Il faut redire que le look épuré omet quelques indispensables : si on ne veut pas fouiller dans les menus pour changer d’iso en l’absence de touche iso, il faut paramétrer la touche FN, ce qui exclut de lui attribuer une autre fonction.

A noter qu’il existe des modes scènes (inutiles sauf pour la fonction Panoramique cachée dedans) mais qu’on shootera en mode priorité vitesse ou priorité ouverture, personnellement j’ai shooté en mode Manuel. A savoir aussi, quand on définit une valeur, le changement via les menus se fait uniquement dans les valeurs autour de celles-ci : un peu agaçant, mais c’est sans doute pour mieux être dressé à changer lesdites valeurs physiquement.

De toute façon, si le « confort » d’utilisation est élevé, l’ergonomie d’un boitier du côté des boutons et surtout des menus reste une histoire d’habitude, qu’il paraît difficile d’évaluer sans l’utiliser des semaines entières. Leica de ce point de vue ne m’a pas semblé plus « user friendly » que Sony dont j’ai l’habitude, mais qui n’est pas réputé pour une ergonomie sans faille de ses menus. Je n’ai pas essayé la vidéo.

Cette alliance d’exposition et de balance des blancs justes, de colorimétrie équilibrée et de résultats piqués font une partie du plaisir qu’il y a à photographier avec ce Q2

Qualité d’image

Sur les photos, j’ai trouvé la balance des blancs réglée sur auto très juste, avec une colorimétrie bien équilibrée. La mesure de lumière, l’exposition, est elle aussi très juste. Avant le traitement, les fichiers bruts sont bons, en colorimétrie comme en balance des blancs. Ce qui est une excellente chose. Autant de temps de gagné avec une focale fixe : zéro poussière sur ce boitier que son propriétaire a acheté il y a un an.

A condition de se servir de l’autofocus ou de faire une MAP manuelle impeccable, le Leica Q2 produit des images très bien piquées, avec un contraste de base et des noirs agréables. On aime ! Cette alliance d’exposition juste, de balance des blancs juste, de colorimétrie équilibrée et de résultats piqués font une partie du plaisir qu’il y a à photographier avec ce Q2. Bien sûr, on travaillera toujours en post traitement. Mais avoir des images brutes de capteur de cette qualité, c’est très appréciable. Car à la fin, l’image c’est ce qui compte, non ?

Leica Q2. Iso 3200, 1/60s, f/4 ©Jocelyn Chavy

Leica Q2, conclusion

Alors justement, que penser d’un boîtier à focale fixe, certes plein format de 47 Mpx, qui s’affiche désormais à plus de 5200 € prix public ? Pour le même prix, les habitués de Sony dont je fais partie peuvent se payer un Sony A9 II, une vraie machine avec moins de pixels mais bien plus de possibilités. Les adeptes du mariage pourront se payer un A7III avec un zoom Sony f2.8, ou un A7IV nu avec plus de pixels. Et, pour quatre Smic, on peut faire beaucoup de choses, ou partir en montagne pendant quelques saisons… bref, oui, il est hors de prix.

Si on se réfère aux specs, un objectif aussi lumineux que le Summilux couplé à un plein format demande aussi un gros budget chez les autres marques. Mais clairement, ce n’est pas ce que je chercherais dans un Leica Q2. C’est d’abord le plaisir de photographier avec un plein format numérique de haute qualité, avec non pas un « form factor » vintage mais bien un boîtier compact pensé pour la photo comme on la pratique « traditionnellement », c’est-à-dire en bossant en semi-auto priorité ouverture (ou vitesse), ou en manuel, avec le fameux triangle d’exposition en tête. Et avec juste ce qu’il faut sous les doigts : des bagues et des molettes précises. Et un seul objectif, le 28mm.

C’est d’abord le plaisir de photographier avec un plein format numérique de haute qualité, avec non pas un « form factor » vintage mais bien un boîtier compact pensé pour la photo

Ce Leica Q2 nous ramène à la philosophie de la photo. Il nous renvoie la question métaphysique de la photographie : pourquoi capturer des instants ? Pourquoi faire des images dans un monde où il y en a à profusion ? Ce genre de questions permet aussi de faire d’autres photos, d’imaginer d’autres choses. Sans doute choisir un Leica Q2 donne une partie de la réponse : parce que la photo est un art, une sensibilité, des choix qui ne se résument ni à des specs, ni à un seul standard. 

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Caractéristiques techniques Leica Q2

Capteur CMOS plein format 47,3MP

Nouveau processeur d’image Maestro

Tropicalisation IP 52

Objectif Summilux 28mm f/1.7 ASPH

Nouveau viseur OLED 3,68 MP

Système AF extrêmement rapide 

Rafale jusqu’à 20 ips

Vidéo C4K DCI

Plage ISO 50-50000

Ecran LCD tactile de 3,0″

Wi-Fi et Bluetooth intégrés

Application Leica FOTOS

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