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Au tournant des années 2010, le collectif des Flying frenchies explose aux yeux du grand public et donne lieu à une série de films qui marquera les esprits, avertis ou non. La trajectoire fulgurante d’un groupe éclectique, qui signe une fresque en dehors des codes. Une expérience à vivre en live à travers différents spectacles époustouflants actuellement en tournée dans l’hexagone.

La veille, nous surfions le petit swell automnal de la côte sauvage, heureux comme des enfants à qui rien ne manque. Houle longue et vent de terre, lumière de septembre, eau claire. De ces journées de glisse qui ravissent petits et grands, confirmés ou débutants. Ce soir au clair de lune, dans une douceur d’été indien, nous avons les yeux rivés sur l’écran de la petite guinguette, à deux pas de l’océan. Donner à voir pour la première fois « Surf the line » ou revoir ce film une énième fois. Chacun le perçoit, le reçoit différemment. C’est le propre d’un film, d’une œuvre en général. L’appréciation qu’on s’en fait découle de multiples facteurs : affinité au thème et au genre, sensibilité au traitement et à l’image, adhésion à la narration, empathie envers les personnages, compréhension du contexte, perception des émotions, sensibilité au message, etc.

 

Anicet Leone, dans une position habituelle au festival international du film et du livre d’aventure de la Rochelle, en 2017. ©Samuel Buton / FIFAV

Un collectif atypique, des films emblématiques…

Avec « Surf The Line », le réalisateur Jérémy Frey nous donne à voir bien davantage que la énième glissade démesurée de ce collectif à la croisée des univers : les Flying Frenchies. Voyez un peu, une bande de français technico-athético-artistico-éclectico foutraque qui nous jette à la figure sa soif de liberté, fait voler en éclat le sacro-saint principe de précaution, nous plante là face à nos propres peurs, nous entraîne malgré nous dans des actions bien réelles que nos propres rêves – ou cauchemars, c’est selon ! – ne se seraient pas risqués à engendrer. Même les ricains n’ont pas d’équivalent. La dream team est française en la matière. Alors oui, on se tait, on regarde et on écoute. Nos paupières clignent un peu moins qu’à la normale, tous ébahis que sont nos yeux plongés dans l’écran, ceux de grands enfants. Les grands enfants qu’ils sont restés eux les Flying Frenchies, sans complexe. Fin 2015, aux Rencontres Ciné Montagne de Grenoble, Tancrède Melet et Anicet Leone qui viennent d’amuser la galerie après la projection du film « Back to the Fjord », dévoilent en primeur la ligne conductrice de leur prochain projet, au micro d’un Jean-Michel Asselin enjoué à juste titre. Une ligne en plein ciel, une ligne à surfer pleine balle, take off plein gaz, parachute dans le dos en guise de ligne de vie, sortie obligatoire en chute libre. Une ligne sur laquelle, passé le cap de la maîtrise technique ils se régaleront à redevenir bohèmes et acrobates, artistes de haut vol. Libérer un peu la connerie. Oui c’est bon d’être un peu con, diront-ils volontiers…

Même les ricains n’ont pas d’équivalent.
La dream team est française en la matière.

© Surf the line / Flying frenchies

En 2017, ils surferont bel et bien dans le ciel. Mais dans l’intervalle de temps : patatras.

L’artiste en chef glisse sur une peau de banane, se prend les pieds dans le tapis, trébuche sur un quiproquo. Appelez ça comme vous voulez, mais l’histoire se répète, comme souvent avec les meilleurs, les plus talentueux. Ils partent un jour où rien ou presque ne les y exposait.

Pour le plaisir de nos yeux, les aventures portées à l’écran sont souvent synonymes d’engagement, parfois de risques poussés jusqu’à l’extrême. Un extrême qui nous laisse sans voix, partagés entre admiration, jubilation et stupéfaction. Faut-il filmer ces actions, faut-il y convier la caméra ? Comment se prononcer à chaud lorsque l’adrénaline agit par procuration ? Chacun est libre d’en juger. Au début des années 2010, Tancrède Melet incarne ce parti pris du risque. Athlète accompli, il se fait artiste du vide, de la verticale, chorégraphe de l’extrême et interprète de ses projets les plus beaux, les plus fous aussi. Mais fou, lui ne l’était pas. De 2010 à 2015, portés à l’écran par l’intuitif Sébastien Montaz-Rosset, Tancrède et les Flying Frenchies, nous ont fait vibrer parfois au-delà du raisonnable. Tancrède était un explorateur d’univers, d’émotions et de performances. Un artiste lumineux.

Anicet Leone, Julien Millot et Antoine Moineville. ©Samuel Buton / FIFAV

Sébastien Montaz-Rosset, montagnard talentueux devenu révélateur de talents

En 2010, le film « I Believe I can Fly » de Sébastien Montaz-Rosset pousse les premiers Flying Frenchies – dont Tancrède Melet et Julien Millot – dans le grand saut de la notoriété. Mais qui sont-ils vraiment ? Le film ne le dit pas. C’est le parti pris gagnant de Montaz-Rosset, façon dénicheur de talent et cadreur talentueux. Voyez, jubilez, rêvez, partagez ! Le plus montagnard des réalisateurs du moment les suivra un peu partout jusqu’au bord du vide et remettra le couvert à trois reprises. Filmant celles et ceux qui deviendront au fil des saisons un véritable collectif mêlant montagnard, circassiens, performers, athlètes, musiciens et autres trublions de passage. Bohèmes et ingénieux. « Le petit bus rouge » – second opus de Seb Montaz – sorte de road-movie à bord du véhicule éponyme, se moquera des interdits et narguera allègrement le politiquement correct. Burlesque et border line. Puis sonnera l’heure du retour au fjord norvégien, point d’orgue des premiers grands pas dans le vide de « I believe I can Fly ». Pour « Back to the flords », Anicet et Tancrède convient à la fête l’esprit de Léonard de Vinci et inventent une machine infernale et géniale, qui les catapultera littéralement dans le vide scandinave depuis le haut d’une falaise. Où s’arrêtera leur imagination ? Mais là encore ne cherchez pas à en savoir trop sur leurs motivations profondes. Voyez, jubilez, rêvez, partagez ! Le réalisateur chamoniard ne les invitera pas à se livrer face caméra. Pas son truc à lui vraisemblablement. Mais n’est-ce pas là, la magie de cette « trilogie » ?

On devine les questionnements nombreux,
les contradictions qui guettent
et la philosophie de vie cabossée par les accidents 

© Surf the line / Flying frenchies

Surf The Line, le film qui révèlera plus que tous les autres, l’esprit du collectif

En 2017, à l’aube du tournage de « Surf the Line », on se prend à imaginer Arnaud Hiltzer, producteur du film et proche de Tancrède Melet, interpeler son réalisateur : « Cette fois-ci Jérémy, on ferait bien de les faire parler les flying… ». En effet il le fallait, d’autant qu’il y aura d’autres coups durs dans la foulée de cette nouvelle performance. Catharsis ? « … En psychanalyse contemporaine, à la suite de Sigmund Freud, la catharsis est tout autant une remémoration affective qu’une libération de la parole, elle peut mener à la sublimation des pulsions. En ce sens, elle est l’une des explications données au rapport d’un public à un spectacle, en particulier au théâtre ». Oui il y a une forme de Catharsis dans la démarche du collectif qui aura emmené au bout le rêve de Tancrède Melet : Surfer dans le Ciel. Les témoignages livrés par Anicet et Tiphaine -entre autres- face caméra, nous éclairent plus concrètement sur la démarche et les motivations du collectif, son rôle sociétal, ses complexités aussi. Mais on y pressent que la performance du surf tyro ne sera pas immédiatement suivie de nouveaux projets. Que devient l’énergie originelle au moment d’affronter les drames ? Dans quelles ressources puisées pour repartir ? Surf The Line en dit long sur les ressources individuelles et l’énergie collective, sur la force de ce groupe au moment d’assumer le pire, confronté à la mort. On devine les questionnements nombreux, les contradictions qui guettent et la philosophie de vie cabossée par les accidents successifs. Alors, comme une belle leçon de vie, on ne se lasse pas de ce film qui déroule tel un swell d’automne.

L’esprit flying-frenchies en live !

En attendant de retrouver peut-être les Flying Frenchies dans un nouvel opus filmique, certains piliers du collectif, dont Anicet Leone et Julien Favreuil sont notamment en tournée avec le cirque Inextremist pour le génial « Exit ». Ou comment s’évader d’un asile de fous au moyen… d’une montgolfière. Des flying frenchies en live près de chez vous ! Faites-y un saut…

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