fbpx
@

La première ascension de l’Annapurna a demandé 140 jours d’expédition, et a coûté très cher à Louis Lachenal, amputé de tous ses orteils au cours d’un retour abominable. Lachenal a écrit de son vivant sa version de l’histoire, qui est celle de l’ambition démesurée de Maurice Herzog : une version dont la publication lui fut interdite pendant cinq ans, et stoppée par sa mort en 1955. Après Une affaire de cordée parue en 1999, les mêmes éditions Guérin ont rassemblé dans ce nouveau livre, Rappels, les écrits de Louis Lachenal. Ils éclairent d’un jour nouveau les dessous peu glorieux d’une conquête nationale, mais aussi sa belle amitié de cordée avec Lionel Terray. Voici les bonnes feuilles.

 

Vendredi 2 juin

Matin froid. Les Sherpas ne sont pas là avant le soleil. Heureusement pour nous. Dès l’arrivée d’Ang Tharkey et de Sarki nous finissons les préparatifs et partons. Un large crochet vers la gauche nous fait contourner la région des séracs dans laquelle est installé le camp et nous prenons pied dans une zone de champs de neige immenses qui mènent sans difficultés au sommet.

Il n’y a plus de trace maintenant et nous enfonçons beaucoup. Notre marche devient plus lente à mesure que nous avançons. Les Sherpas lourdement chargés donnent tout ce qu’ils peuvent. Qu’ils sont beaux, ces salariés ! On dirait qu’ils sont là pour leur plaisir.

Nous remontons ces champs très longs jusqu’à l’aplomb d’une barrière de rochers au pied de laquelle nous pourrons mettre le camp. Nous sommes vers 7 500. La marche est pénible. Seul Ang Tharkey est décidé à marcher devant, car souvent la neige enfonce. Nous arrivons au rocher. Pas de plate-forme. Pas de possibilité d’en faire. À notre grande déception, notre unique tente va être installée sur la neige et non sur la banquette de rocher sur laquelle nous avions prévu de la mettre. La plateforme est faite dans la neige glacée. Ce travail exténuant est en majorité effectué par les Sherpas. La tente est montée mais dans la neige ne tient pas très bien.

(…)

La nuit est très mauvaise. Violente tempête. (…)

La suite pour les abonnés

. . .

Copy link