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Imaginer l’himalayisme amateur dans le futur, pour retrouver le sens de l’aventure. Oui mais comment ? Après avoir lancé un plaidoyer pour changer les règles des expés commerciales, et sur quels sommets enlever les cordes fixes, Paulo Grobel fait le tour des acteurs possibles de ce changement. Associations internationales et népalaises, guides, clients… Et si tout le monde s’y mettait ?

«En alpinisme, ce qui est important, ce n’est pas de réussir un sommet à tout prix, mais bien la manière dont le sommet est atteint. Plus les moyens mis en oeuvre sont conséquents, plus ils oblitèrent le sens et l’intérêt de cette activité humaine. »*

Après avoir posé la question sur la nécessité de changer l’approche de l’himalayisme, puis sur le sens qu’il est possible de donner à cette réflexion, il faut aborder le sujet des acteurs de ce changement et des actions concrètes qu’ils pourraient mettre en oeuvre. Il s’agit d’une réflexion systémique qui implique toutes les composantes des communautés d’alpinistes et d’himalayistes.

UIAA, clubs de montagne FFCAM, GHM

L’UIAA, les clubs FFCAM, ou encore le GHM : tous sont concernés.

Tout commencerait par une activation de ce paradigme « Est-il possible de changer l’himalayisme ? », avec des débats au sein des communautés de pratiquants de la montagne. Certains sont regroupés au sein de clubs, de fédérations. Les premiers acteurs pourraient être les médias internes de ces organisations.

Leur action serait de diffuser et de partager auprès de leurs adhérents cette réflexion.

Une réflexion sur l’himalayisme qui s’ancrerait dans les pratiques de l’alpinisme en Europe avec des actions très symboliques. L’aménagement du Cervin, de la Dent du Géant, de La Meije ou du Cimon de la Palla illustre la complexité, les contradictions de cette problématique globale, « chez nous » dans les Alpes. Une proposition pourrait être de débattre sur la pertinence de « nettoyer » les cordes ou les câbles qui y sont été installés. Et, peut être, de réellement les enlever ?

Cela conduit à réfléchir aux pratiques de l’alpinisme en Europe, avec un questionnement sur la pertinence des aménagements en cordes fixes sur les sommets comme la Dent du Géant ou la meije

Au Népal, il s’agit de protéger des sommets comme le Kang Garu pour qu’ils restent vierges de cordes fixes. ©Paulo Grobel

Du côté des alpinistes eux-mêmes.

Pour les himalayistes qui se rendent au Népal, le choix du sommet et de la manière de le gravir leur incombe. Ils peuvent ne plus choisir des sommets qui sont proposés avec des cordes fixes, par exemple éviter l’Island Peak et valoriser d’autres sommets comme le Pachermo. Préférer le Ratna Chuli à la place de l’Himlung. Ne pas aller à l’Ama Dablam. Ils peuvent également choisir de manière sélective l’agence népalaise qui va organiser l’ascension en étant plus exigeant sur les critères d’équipement de la montagne et des compétences de l’encadrement.

L’UIAGM et toutes les associations nationales de guides.

En réduisant le zoom, il est possible de s’adresser de manière différenciée aux professionnels de la montagne que sont les guides de haute montagne diplômés. Leur structuration professionnelle simplifie la mise en oeuvre d’une réflexion puisque un organisme existe au niveau international : l’UIAGM. Au niveau national, dans chaque pays dispose en outre de syndicats ou d’associations de guides (par exemple en France le SNGM, et au Népal : la Nepal National Mountain Guide Association, NNMGA). L’UIAGM dispose d’une commission dédiée aux expéditions. Pour les associations de guides des pays d’Asie, les expéditions sont directement au coeur de leurs activités. L’organisation d’une rencontre des associations de l’arc himalayen pour aborder ce sujet de l’équipement des itinéraires pourrait être une initiative majeure.

Par ailleurs, les guides UIAGM ont un rôle important à jouer au Népal dans la mesure où ils proposent eux mêmes des ascensions et qu’ils en définissent les modalités pour leurs clients. Ils peuvent donc choisir le style d’ascension qu’ils souhaitent promouvoir. Cette décision des guides de ne pas (ou de moins) utiliser de cordes fixes aura forcément une répercussion sur le milieu des guides népalais, soit comme exemple de pratique, soit par une collaboration directe.

Les actions des guides pourraient être de diffuser et de partager cette initiative.

Des tour operator européens (Allibert, Terdav, Expedition Unlimited ou Kobler & Partners, KE), bien que peu nombreux sur ce marché des expéditions, ont évidemment un rôle important d’information à jouer auprès de leurs clients en positionnant clairement leurs propositions du point de vue du style de l’ascension. De même pour les tour operators anglo-saxons, comme Himex, Mountain madness ou Jagged Globe.

Ces agences pourraient valoriser des expéditions proposant un équipement minimum sur la montagne : l’ascension du Pachermo à la place de l’Island Peak.

Ils pourraient également soutenir cette action en intervenant auprès de leurs réceptifs locaux.

Cette décision des guides de ne pas (ou de moins) utiliser de cordes fixes aura forcément une répercussion sur le milieu des guides népalais

Ce bureau du ministère du tourisme est le passage obligé de toutes expéditions au Népal. Et l’accueil y est bienveillant ! ©Paulo Grobel

Au Népal : le ministère du tourisme, les agences et les guides

Comment rendre opérationnelle une réflexion sur l’himalayisme alors que les préoccupations habituelles des acteurs népalais sont avant tout de l’ordre de l’organisation d’un secteur touristique marchand ?

Peut être justement en rendant attractives et rentables ces trois propositions :

– Créer une liste de sommets qui seraient protégés de tout équipement à demeure comme par exemple le Pachermo, le Ratna Chuli ou le Kang Garu. Une liste établie avec le concours de la Peak Profil Commity sous l’égide de la Nepal Mountaineering Association, NMA.

– Réaliser un équipement le plus fiable possible sur les sommets commerciaux avec des équipes professionnelles dédiées par sommet (Ama Dablam, Island Peak, Himlung). C’est déjà le cas pour l’Everest, avec un nettoyage de l’itinéraire et une rénovation à chaque saison. Les expéditions et donc les agences n’auraient pas à se préoccuper de cette mise en place, sinon du financement.  Chaque » fixing team » pourrait s’ancrer localement.

– Autoriser tous les sommets de moins de 6500 m, avec des formalités simplifiées et un tarif identique mais avec l’obligation de les gravir sans cordes fixes. Soit uniquement dans un premier temps sur les deux régions de l’Ouest du Népal pour des raisons de développement économique, soit directement sur l’ensemble du territoire.

Les activités de montagne sont gérées par la « Mountainering Section » du ministère du Tourisme, et comme dans toutes les administrations népalaises le renouvellement régulier des cadres administratifs ne facilite pas une action de persuasion au long court. La réalité économique liée à l’effondrement du tourisme complexifie également l’écoute possible des structures de l’état.

Les problématiques à résoudre pour convaincre les différents acteurs sont complexes et ne peuvent être abordées que par les acteurs népalais eux-mêmes. Les guides népalais et les instructeurs, regroupés au sein de la NNMGA et de la Nepal Mountaineering Instructors Association, NMIA , sont les meilleurs ambassadeurs de la cause d’un nouvel himalayisme. Encore faut-il qu’ils y voient un intérêt économique réel ou que la perspective professionnelle de n’être que de simples « poseurs de cordes fixes » au bénéfice des agences les mobilise pour défendre une autre vision de l’himalayisme.

Le Kang Garu. ©Paulo Grobel

Comment procéder ?

Pour les agences de trek népalaises, regroupées au sein de la Trekking Agency Associations of Nepal TAAN, le fait de ne pas remettre en cause la partie centrale du business sur les grands sommets, mais au contraire de vouloir la simplifier pourraient leur permettre d’accepter des contreparties. La perspective de voir s’ouvrir une multitude de sommets (tous les moins de 6500 m) devraient également les inciter à défendre cette proposition auprès du ministère. Un travail de longue haleine d’une rare complexité dans les relations humaines et internationales ! Il faudrait également expliquer plus en détails les différentes propositions.

Cette initiative ne saurait être que la simple rédaction de textes d’intention. Pour qu’elle puisse s’installer dans le temps et déboucher sur des actions concrètes, elle devrait s’accompagner de la création d’un comité de pilotage international, qui regrouperait l’ensemble des acteurs cités et des personnalités représentatives du monde de la montagne.

Ce n’est que le début de la marche d’approche… Qui va se poursuivre dans le prochain épisode par des avis d’acteurs concernés.

*  Ce questionnement sur ce qu’est universellement l’alpinisme a été mené au sein du groupe de réflexion qui a soutenu la réflexion la notion de patrimoine culturel immatériel de l’humanité, jusqu’à sa reconnaissance par l’UNESCO.

À lire :

Plaidoyer pour un nouvel himalayisme, changeons les règles, épisode 1

Plaidoyer pour un nouvel himalayisme, quels sommets sans cordes fixes, épisode 2

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