Ober Gabelhorn, 4063 m, Arbengrat et traversée

Les plus belles courses d'Alpine

Même s’il en impose au milieu du paysage, Zermatt ne se résume pas au Cervin. D’autres 4000 vous attendent comme l’Ober Gabelhorn, dont l’altitude raisonnable, 4063 m, ne doit pas faire oublier le caractère aérien. En traversée, de l’Arbengrat à la Wellenkuppe, cette magnifique course longue et engagée est un concentré d’alpinisme valaisan.

Ce genre de course a ce tropisme qui fait que la descente devrait plus vous préoccuper que la montée. Car ici comme à la Meije, un exemple pas si différent, atteindre le sommet n’est qu’une étape de la course, la traversée d’arêtes et la descente qui suit étant le plat de résistance. Commençons par les présentations. L’Ober Gabelhorn est cette cime élégante, dont la face nord, diamant des Alpes, a attiré les meilleurs skieurs de pente raide. Il est gravi en 1865 par la cordée d’Horace Walker menée par Jakob Anderegg, oui, le même Horace qui a légué son nom au point culminant des Jorasses en 1868, fait la première de la Barre des Écrins en 1864, et la Brenva cette même saison 1865. Autant dire que ces pionniers étaient la crème des alpinistes de la fin du XIXème siècle. Et l’Ober Gabelhorn n’est pas moins pointu aujourd’hui.

L’arête ouest-sud-ouest, appelée Arbengrat, a été gravie pour la première fois en 1874, tandis que la traversée par la Wellenkuppe, l’arête Est, a été découverte en 1890. Cette traversée ici dans le sens ouest-est peut être réalisée dans l’autre sens. Quelque soit votre choix, l’ensemble reste une course longue et soutenue, de niveau AD+.

Balade sous la face nord du Cervin, approche depuis Schwarzsee. ©Jocelyn Chavy

Lionel à l’Arbenbiwak, 3224 m. ©Jocelyn Chavy

©JC

Combien de fois a-t-on déjà écrit, sur Alpine Mag et ailleurs, qu’il fallait étudier la descente d’un sommet et pas seulement la montée ? Visiblement, ce n’est pas encore assez. La montée par l’Arbengrat a été rapide, du moins comparée à la bavante de la veille, qui a consisté à monter à l’Arbenbiwak, sympathique petite cabane (au sens français) posée au pied de la face sud de l’Ober Gabelhorn. Quitter Zermatt, son train et sa foule qui se presse dans les boutiques de luxe, prendre un raccourci d’une heure et demie en passant par les remontées de Schwarzsee, puis remonter une grande moraine jusqu’au bivouac tout confort.

L’Arbengrat commence par un cheminement facile dans des névés puis un petit glacier, un couloir rocheux dont on suit la rive droite qui dépose sur l’arête O-S-O, l’Arbengrat proprement dite. De là, on suit l’échine de l’Ober Gabelhorn versant ouest la plupart du temps, à l’ombre donc. Quatre (ou cinq) heures après avoir quitté le bivouac, vous voici sur le faîte du sommet, diablement pointu, face au Cervin. Un panorama exceptionnel vous y attend.

L’Arbengrat, c’est les hors d’oeuvre.

L’aube sur le Cervin et la Dent d’Hérens. ©JC

Cervin, l’aurore sur la face nord. ©JC

Dans le seul passage versant sud de l’Arbengrat. ©Jocelyn Chavy

Dent d’Hérens (à gauche), et Dent Blanche (à droite) depuis le sommet de l’Ober Gabelhorn ©JC

Les 4000 s’alignent d’un bout à l’autre de l’horizon : à l’ouest la Dent Blanche et la Dent d’Hérens, puis le Cervin au sud, le Breithorn, le Lyskamm, le massif du mont Rose, puis à l’est, les 4000 de Saas… et enfin le Zinal Rothorn, une corne qui porte bien son nom, dans le prolongement de la longue arête qui vous attend pour descendre : l’arête est, via la Wellenkuppe. Rappels, désescalade, puis une arête magnifique, cornichée, aérienne, avec le passage du Grand Gendarme qu’il faut traverser, permet de remonter à la Wellenkuppe… et mesurer le chemin qu’il reste à faire. Rappels, désescalade… bis repetita, jusqu’au glacier de Trift. Bizarre, la descente a pris plus de temps que la montée, vous avez dit bizarre ?

Descente de l’arête Est : on distingue le Grand Gendarme (au centre) puis la Wellenkuppe, le sommet blanc arrondi par lequel la descente se poursuit. ©Lionel Cariou

Dans le rétro, l’Ober Gabelhorn et la partie finale de l’arête Est ©JC

Valais. Ober Gabelhorn, 4063 m, en traversée ouest-est.

Arbengrat puis Wellenkuppe.
Ensemble AD+.

 

Accès Depuis Zermatt (en train depuis Täsch), remonter la vallée de Zmutt puis le vallon de l’Arben jusqu’à l’Arbenbiwak, 3224 m. 5 à 6H. Prendre les remontées jusqu’à Schwarzsee permet de réduire d’1h30 cette montée au bivouac. Arbenbiwak, SAC, 15 places, gaz, eau à proximité. Non gardé.

Montée Arbengrat Du bivouac on rentre dans le vif du sujet rapidement : gradins, névé, petit glacier, avant le couloir (appelé vire dans certains topos) bien visible du bas, qui permet de rejoindre l’arête de l’Arben proprement dite. Ensuite le cheminement (III+ max) est évident versant ouest, un gendarme un peu carré se contourne par le versant sud (fissure, III+) sinon on reste soit sur le fil, soit versant ouest, par exemple pour éviter le grand gendarme suivant (IV+ sinon). Sous le sommet, un court système de fissures (IV) permet de franchir le dernier mur. 850 m de dénivelé depuis le bivouac.

Descente arête Est par Wellenkuppe Du sommet de l’Ober Gabelhorn (4063 m), désescalade et rappels de 25 m permettent de prendre pied sur l’arête neigeuse. Suivre l’arête (corniche) jusqu’au Grand Gendarme (3868 m) de l’arête est, que l’on traverse, descente facilitée par une grosse corde fixe. Depuis ce point 3820m, remontée à la Wellenkuppe, coupole de neige à 3900 m. De là, après une courte pente de neige, descente en 3 à 4 rappels de 25 m sur l’arête rocheuse, en bon rocher (attention au coincement de corde), pour atteindre un collu. Contourner l’éperon suivant par le flanc droit (sud), descendre en suivant les cairns (dalle lisse, spits) puis viser une tige de fer. De celle-ci, tirer un dernier rappel de 25 m (si, si), pour atteindre un couloir au sud en éboulis. On rejoint le glacier de Trift. Descendre celui-ci en décrivant un arc-de-cercle par la gauche. Atteindre le refuge Rothorn Hütte, 3197 m. (refuge gardé) il ne vous reste plus que 3h de marche pour rejoindre Zermatt par le sentier.

Matériel
Corde 50 m suffisante (rappels de 25 m), coinceurs (4 camalots suffisent), grandes sangles, crampons acier, un piolet acier, matériel de sécurité sur glacier (broches).

Topo et carte
Topos du Club Alpin Suisse et C2C, le beau livre du CAS décrit la traversée dans l’autre sens. L’excellente carte suisse est dispo en ligne

Conseils
– Progression en corde tendue la plupart du temps à la montée, sauf pour franchir le ou les gendarmes principaux de l’Arbengrat. A la descente, nombreux rappels plus ou moins obligatoires.

– la course peut s’apparenter à une traversée de la Meije, avec une montée au sommet plus courte et/ou plus facile. La traversée Ober Gabelhorn – Wellenkuppe prend du temps, constamment entre  4000 et 3800 mètres d’altitude : acclimatation conseillée.

– si vous êtes lents à la montée de l’Arbengrat, il peut être judicieux de redescendre par le même itinéraire, certes raide, mais en terrain connu.

– si vous préférez le soleil à la montée, la course s’effectue aussi dans le sens Wellenkuppe-Arbengrat. La montée à la Wellenkuppe restera ingrate dans sa partie rocheuse, où seul le haut est en bon rocher. La descente de l’Arbengrat sans la connaître est sans doute le défaut de cette option. Dernière solution : monter et descendre par l’arête est et la Wellenkuppe, sans doute très long.

– attention sur le glacier de Trift : rimaye, nombreuses crevasses et ponts de neige.

 

Depuis le sentier de la Rothorn Hütte, la longue échine qui relie l’Ober Gabelhorn (à gauche) à la Wellenkuppe (à droite) ©JC

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