Les 30 ans de l’Xtreme de Verbier : « dès la première année, on a senti que le potentiel était énorme »

Xtreme 2026 ©FWT / Jeremy Bernard

L’Xtreme de Verbier a fêté sa 30e édition ce 28 mars. Trente ans après sa naissance sur le Bec des Rosses, l’épreuve fondée par Nicolas Hale-Woods reste le point d’ancrage du freeride de compétition, entre montée du niveau et professionnalisation du circuit Freeride World Tour. D’année en année, le spectacle offert par les riders et les rideuses gagne encore en qualité. Au coeur du Valais, le Bec des Rosses est toujours aussi impressionnant, rappelant que la finale du Freeride World Tour ne se réduit pas à une simple compétition. L’Xtreme de Verbier demeure ce point d’équilibre entre la structuration d’un sport devenu FIS, l’engagement des riders et l’exigence de la montagne. Reportage sur place.

Ce 28 mars, à Verbier, l’Xtreme a fêté sa 30e édition. Trente ans pour un événement qui a changé de dimension sans vraiment changer de nature : une compétition née ici, sur le Bec des Rosses, en 1996, et restée, malgré la mondialisation du circuit, son point de gravité. Après deux étapes annulées cette année, une météo compliquée jusqu’à la veille de l’épreuve de Verbier, une nivologie à se faire des noeuds au cerveau, Nicolas Hale-Woods a pu enfin souffler sous le soleil valaisan, après le déroulé impeccable de l’Xtreme version 2026, finale du Freeride World Tour. 

Fondateur de l’épreuve, Nicolas Hale Woods nous a confié qu’il avait pressenti très tôt ce que le freeride pouvait devenir. « Dès la première année, on a senti que le potentiel était énorme », raconte-t-il, en se souvenant du premier spectacle donné sur la face par l’Américain Steve Klassen (1er), le Suisse Gilles Voirol (2e), et le Français Jérôme Ruby, 3ème.

« Quand on a vu la réalité, les riders donner le maximum, c’était incroyable » se souvient Hale-Woods. À l’époque, l’Xtreme de Verbier est reservé aux snowboardeurs. Il faudra attendre 2004 pour voir des skieurs – et 2006 pour des skieuses – sur le Bec des Rosses. 

Steve Klassen, le premier vainqueur de l’Xtreme de Verbier en 1996. ©FWT

Ce qui se jouait alors tenait encore de l’intuition. Une idée forte, une face hors norme, une poignée de snowboardeurs capables d’y inventer quelque chose. Trente ans plus tard, l’Xtreme de Verbier est à la fois resté ce rendez-vous originel qui est devenu la finale d’un circuit mondial, décliné en plusieurs niveaux (avec les Freeride World Qualifiers) avec 23 pays, 11 000 licenciés, 71 nationalités différentes.

Selon Nicolas Hale-Woods, cette structuration explique une bonne part de l’évolution du niveau : « Le niveau de la compétition aujourd’hui, on ne l’imaginait pas il y a 30 ans. Comme dans tous les sports qui grandissent et qui sont sains, où il y a une relève, il y a désormais une pyramide junior qui commence à faire des compétitions à 10 ans, et quand ils en ont 20, ils ont 10 ans d’expérience derrière eux, ça c’est la grosse différence avec l’époque de 1996. »

Avec les conditions délicates de l’hiver et les chutes de neige la veille, l’organisation a choisi deux entrées : une au centre de la face du Bec des Rosses, mais sous le sommet, et une à droite. ©Jocelyn Chavy

Le niveau de la compétition aujourd’hui, on ne l’imaginait pas il y a 30 ans. Nicolas Hale-Woods

L’histoire du freeride est aussi une histoire de transmission. Les pionniers ne sont pas tout à fait partis ; ils sont devenus guides, pères, passeurs. « Jérôme Ruby, en France, pour nous, c’était essentiel, c’était fondateur. Il l’est toujours. Il est le papa d’une junior, il est un de nos chefs-guides sur le World Tour.» Guide de haute-montagne, Jérôme Ruby est l’auteur de premières mythiques comme la face nord du Triolet. Hale-Woods déroule ainsi une généalogie qui va de Steve Klassen à son fils, de Jeremy Jones à sa fille, Mia Jones, qui gagne l’Xtreme de Verbier cette année ! Cela constitue sans doute la maturité d’un sport né dans la marge puis institutionnalisé sans se couper complètement de ses racines.

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Le freeride évolue

Photographe officiel sur le Freeride World Tour depuis 2008, Dom Daher regarde cette évolution depuis un autre poste d’observation : celui de la face, des tricks, des styles. Son constat est net. « Le niveau a complètement changé, il a complètement explosé. Evidemment les riders n’étaient pas « mauvais » avant, mais cétait une autre manière d’envisager la montagne. En fait on ne skie pas la montagne de la même manière qu’on l’a skiée en 2000 ou en 1996. »

Pour lui, le matériel compte, bien sûr, mais il ne suffit pas à expliquer ce basculement. « On a des gamins qui ont été élevés au freeride, qui depuis tout petits se sont formés à ça. Ils ont appris à lire des lignes, ils ont des coachs, ça a vraiment progressé. Ils font du snowpark, ils font de l’airbag. »

Candide Thovex, Xtreme de Verbier, 2015 ©Dom Daher / FWT

Dom Daher décrit un ski devenu plus compact, plus souple, moins vertical dans ses appuis, avec des influences venues du freestyle, mais aussi une lecture de terrain beaucoup plus fine. « Aujourd’hui on est sur des gamins qui vont skier un peu à la Candide, tout en appuis chevilles, les skis très collés, beaucoup de fluidité. » Ce n’est pas seulement une affaire de figures. C’est une manière différente de rider une pente raide, de construire une ligne, d’enchaîner vitesse, contrôle et créativité. Et si le nom de Candide revient, c’est parce qu’il reste, à ses yeux, une référence souterraine : « Il y a Candide et le reste du monde. » 2015 est la seule participation de Candide Thovex au Freeride World Tour, qui remporte l’Xtreme de Verbier cette année-là.

Sur ce basculement du freeski, avec une dose de freestyle en plus, et une dose d’alpin en moins, Hale-Woods est d’accord. Il constate que les riders font « plus d’entraînement, plus de préparation, plus de compétition, et ce depuis qu’ils sont tout jeunes ». Il note aussi l’effet d’accélération produit par les réseaux sociaux : « ils voient des tricks, ils mémorisent et ensuite ils reproduisent ». Le freeride n’est plus une culture confidentielle, il est devenu langage mondialisé, transmis en temps réel, repris et adapté des Alpes au Japon en passant par la Norvège et les Rocheuses.

Le niveau a complètement explosé. Dom Daher

Les moyens techniques

L’autre grand changement, c’est évidemment la diffusion. Là aussi, Nicolas Hale-Woods est catégorique : « La diffusion en live est essentielle. » Il poursuit : « Aujourd’hui un sport qui n’est pas live ne marche pas. » Cette phrase résume assez bien ce qu’est devenu l’Xtreme de Verbier : un événement de montagne se doit désormais exister autant sur la face que sur les écrans. Les drones, la 3D, la sophistication du dispositif de retransmission ne sont plus des accessoires : ils font partie de la compétition elle-même, et même de sa sécurité. Les progrès techniques ont suivi, des drones FPV pendant la compétition au scan 3D de la face mis à disposition des riders. Hale-Woods estime ainsi que la vue en 3D aide les riders à mieux percevoir la disposition des barres rocheuses, et donc à limiter les risques. Ce que nous confirmeront Lou Barin (première à skis cette année) et son frère César (3e en snowboard). 

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Liam Rivera, Verbier 2026. ©FWT / J. Bernard

Le paradoxe, c’est que cette modernisation accompagne un sport toujours confronté à quelque chose d’irréductible : la montagne elle-même. L’édition d’hier l’a encore rappelé. Si Nicolas Hale-Woods peut parler d’un beau succès à Verier obtenu au terme d’un gros travail de l’équipe, cela s’est passé dans des conditions qui étaient incertaines jusqu’au bout : « La veille il neigeait encore et on ne voyait rien ! »

Il raconte les purges de la face, la logistique à monter en altitude, puis cette confiance acquise par l’expérience, une fois la face stabilisée. Pour autant cette année les riders ne sont pas partis du sommet du Bec des Rosses, mais de deux (et demi) départs différents sur la partie droite de la face. Mais néanmoins sur le Bec des Rosses !

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Ben Richards, 1er en ski, Verbier 2026 ©FWT. / Jeremy Bernard

Daher, lui, remet cette journée dans le contexte d’un hiver particulièrement compliqué. « Ça a été la pire saison que j’ai faite depuis le début », dit-il. Il rappelle les compétitions annulées, en Géorgie et en Autriche, les problèmes de stabilité du manteau, la difficulté croissante à sécuriser les accès eux-mêmes. Depuis 2018, observe-t-il, « on sent aussi qu’il y a complètement un changement de la montagne et du snowpack ». Avec alternance de chutes abondantes, de périodes anticycloniques et de redoux qui fragilisent le manteau, ce qui a conduit à l’annulation de l’étape du FWT en Géorgie (« toute la face est partie » dixit Dom ) puis de l’étape en Autriche cette saison, amputant de deux étapes le circuit du FWT. 

La veille il neigeait encore et on ne voyait rien

La sécurité se professionnalise, mais elle ne fait pas disparaître l’exposition. Daher le dit sans détour : « Il y a eu des accidents », et même si les dispositifs sont aujourd’hui massifs — guides, héliportage, médecins urgentistes, sécurisation de la face — l’engagement reste énorme. Trois minutes de run où tout peut arriver. L’Xtreme demeure une compétition, mais sur « une vraie montagne dans un pays de montagne. Ce n’est pas pour rien que c’est la finale ».

Au fond, Verbier continue sans doute de jouer ce rôle particulier parce que tout y est lisible, par les spectateurs montés à 2900 mètres, face à la face. Interrogé sur son souvenir le plus fort, Hale-Woods n’hésite pas : « Steve Klassen, Gilles Voirol et Jérôme Ruby en 1996 sur le Bec des Rosses ». Le moment où l’idée est née.

Verbier 2026, les résultats

Snowboard Hommes : victoire à domicile pour Liam Rivera au YETI Xtreme Verbier, Victor de Le Rue décroche un cinquième titre FWT historique

Les enjeux étaient particulièrement élevés en Snowboard Hommes : Victor de Le Rue (FRA) visait un record historique tandis que Liam Rivera (SUI), rider local et Champion du Monde FIS en titre, ambitionnait une première victoire à domicile ainsi qu’un doublé exceptionnel sur la saison. La finale a tenu toutes ses promesses, les deux riders atteignant leurs objectifs avec brio.

De Le Rue a une nouvelle fois repoussé les limites du snowboard freeride en décrochant un cinquième titre historique, après avoir égalé le record la saison précédente. Il a signé l’un des runs les plus attendus de la journée, lançant un énorme backflip directement dans une zone engagée, suivi d’un backside 360 parfaitement exécuté. Il obtient 75 points et se classe deuxième de l’épreuve.

Liam Rivera a démontré sa parfaite connaissance du Bec des Rosses. Issu du Verbier Freeride Team, il a choisi une ligne engagée avec un gros saut dès le sommet, enchaîné avec un backflip parfaitement maîtrisé. Il décroche 96 points, soit le meilleur score jamais enregistré en Snowboard Hommes, s’assurant la victoire et faisant vibrer le public local. Si Rivera remporte l’épreuve, la performance de de Le Rue lui permet de s’adjuger le titre FWT 2026, consolidant son statut de légende du sport.

À la troisième place, César Barin (FRA), 20 ans, confirme son statut de rookie phare de la saison. Pour sa première confrontation avec le Bec des Rosses, il a livré un run solide et maîtrisé, obtenant 73,67 points et montant pour la première fois sur un podium cette saison.

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Ski Hommes : Ben Richards domine la saison 2026 avec une troisième victoire et le titre FWT

Ben Richards (NZL) conclut une saison parfaite avec une troisième victoire, après ses succès à Baqueira Beret et Val Thorens, en livrant une performance exceptionnelle lors de la finale de saison, le prestigieux YETI Xtreme Verbier sur le Bec des Rosses. Son run confirme sa réputation comme l’un des riders les plus précis techniquement et les plus fluides du Freeride World Tour.

Le Néo-Zélandais ouvre avec un énorme 360 parfaitement exécuté au-dessus d’une section très exposée. Il enchaîne ensuite plusieurs modules avec fluidité, incluant un long transfert à haute vitesse, démontrant sa capacité à combiner freestyle et terrain de haute montagne. Avec 96 points, Richards réalise un triplé historique : victoire au YETI Xtreme Verbier, titre de Champion du Monde FIS Freeride et couronne FWT 2026 sur une seule saison. Une performance de référence qui confirme son statut parmi l’élite du sport.

En deuxième place, Toby Rafford (USA), tout juste vainqueur en Alaska, réalise un run solide. Il ouvre avec un 360 engagé et conserve sa vitesse vers un double technique dans la partie haute. Avec 94,67 points, il décroche un nouveau podium à Verbier, confirmant sa régularité au plus haut niveau.

Tiemo Rolshoven (GER) termine troisième avec un run fluide et maîtrisé, combinant solides bases de freeride et éléments de freestyle progressifs. Grâce à une exécution précise, il obtient 93 points, illustrant son potentiel au sein de la nouvelle génération de prétendants au FWT.

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La Canadienne Justine Dufour-Lapointe (2e) sort un saut monstrueux si ce n’est le plus gros du jour ©JC

Ski Women : double historique pour Lou Barin avec victoire au YETI Xtreme Verbier et titre de Championne FWT

Lou Barin (FRA) réalise une percée sensationnelle au YETI Xtreme Verbier, remportant à la fois l’épreuve et le titre du Freeride World Tour dès sa première saison.

Ancienne rideuse de freestyle participant à sa première année sur le Tour, Barin conclut la saison 2026 de manière remarquable. Confrontée pour la première fois au Bec des Rosses (et admettant auparavant se sentir intimidée par la montagne), elle a su répondre présente avec sang-froid. Elle ouvre son run en reliant la partie supérieure comme un double, un choix ambitieux, avant d’ajouter un 360 depuis la traversée haute, maximisant une section souvent abordée de manière conservatrice. Elle poursuit avec un second 360 parfaitement exécuté depuis une barre rocheuse. Récompensée par 95 points, elle s’impose sur le Bec des Rosses. Ce résultat lui permet également de décrocher le titre général du Freeride World Tour, concluant une saison de rookie exceptionnelle.

En deuxième position, la Championne FWT en titre Justine Dufour-Lapointe (CAN) livre un run audacieux et mémorable, fidèle à son objectif de « faire quelque chose dont elle se souviendrait toute sa vie ». La canadienne a débuté avec un saut direct depuis le sommet, avant d’enchaîner de gros modules avec vitesse et précision. Elle réalise ensuite un important drop de falaise parfaitement maîtrisé, puis termine par un énorme saut final. Elle obtient 79,67 points, malgré la perte de ses deux bâtons sur une réception. Sybille Blanjean (SUI) termine troisième.

Snowboard Femmes : Mia Jones signe une saison parfaite avec une troisième victoire et le titre général

Mia Jones (USA) réalise une performance marquante au YETI Xtreme Verbier, remportant à la fois l’épreuve sur le Bec des Rosses et le titre du Freeride World Tour 2026 dès sa première saison. Dans un moment historique, Jones devient membre du premier duo parent-enfant à concourir sur le Bec des Rosses, suivant les traces de son père Jeremy Jones, vainqueur sur cette même face en 2004.

Partant de la porte trois (la seule snowboardeuse de la catégorie à le faire), Jones s’est engagée sur une ligne très exposée et technique. Elle a débuté avec un saut solide dans la partie haute et maintient sa vitesse dans un terrain raide, enchaînant les modules avec fluidité tout en naviguant avec précision dans les sections complexes. Avec 87 points, elle sécurise à la fois la victoire et le titre général.

Comme Ben Richards, Mia réalise un triplé parfait : victoire au YETI Xtreme Verbier, titre de Championne du Monde FIS Freeride et Championne FWT 2026.

Anna Martinez (FRA) poursuit sa saison 2026 régulière avec un nouveau podium. Elle enchaîne plusieurs drops de falaise avec des réceptions contrôlées, dont une section clé en milieu de face nécessitant une trajectoire précise entre les rochers. Elle obtient 79,67 points et la deuxième place. Michaela Davis-Meehan (AUS) termine troisième