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Mélodie à 4000 En hommage à Patrick Berhault

Berhault est à Chappaz ce que Tintin est à Hergé. Un favori, un sujet, une passion ? Durant les années 2000 le réalisateur Gilles Chappaz consacre trois films à Patrick Berhault. En 2001, « La Cordée de rêve » relate la fantastique traversée de l’arc alpin réalisé par Berhault, pour partie en compagnie de l’autre Patrick, Edlinger. Berhault et Edlinger, point d’orgue d’une épopée quasi fraternelle. En 2004, « Sur le fil des 4000 », Patrick Berhault et Philippe Magnin – présent dans l’entreprise précédente – se lancent dans l’enchaînement – by fair means – des 82 sommets de plus de 4000m des Alpes. Hors normes, à l’image des bonhommes dont le binôme a déjà fait merveille. Philippe Magnin vit alors probablement des moments parmi les plus beaux et les pires de sa vie d’alpiniste, les témoignages qu’il livre ensuite face à la caméra de Gilles sont dans les esprits de quiconque a vu le film. Gilles Chappaz vit quant à lui très certainement l’un des moments les plus compliqués de son parcours de réalisateur. L’histoire, tout le monde la connaît. Au soixantième-sixième sommet de leur entreprise alpine, Berhault quitte le fil et Chappaz doit assumer le film par-delà le débat qui couve, comme toujours dans ces cas-là. « Berhault ne pouvait pas tomber là » se murmure dans les vallées. Emballement médiatique ? Tentation de l’exploit ? Symbole des chiffres – 60 sommets en 60 jours, 82 sommets en 80 jours ? Les hypothèses vont bon train. Cette fin-là – oh combien tragique – scellera le début du film. C’est un classique, comme un antidote pour le réalisateur qui se déleste d’un poids, d’une charge émotionnelle, pour ne pas dire affective. Se libérer dès l’entame afin de parvenir malgré tout à raconter l’histoire. Une grande histoire d’alpinisme, une tragédie à 4000. De ces films qui marquent, bien au-delà de la communauté des alpinistes. Enfin, en 2008 tel un aboutissement, une conclusion, Gilles Chappaz signera au sens propre comme au sens figuré la biographie filmique sobrement intitulée « Berhault ». Comme un dernier hommage au premier des deux Patrick à avoir quitté le fil. Tout y est ou presque, exprimé ou suggéré. Personne depuis n’a réalisé un film sur Patrick Berhault. La sensibilité et la passion dont a fait preuve Gilles Chappaz dans le traitement de ces trois films – une saga en somme, une trilogie – n’ont d’égal que son tempérament et sa personnalité, pour le moins entiers. Mais peut-il en être autrement lorsqu’il s’agit d’aller dans les pas, de filmer, de raconter la trajectoire de vie d’un Berhault ? N’en va-t-il pas de même d’un Bertrand Delapierre avec Marco Siffredi, d’un Rémy Tézier mettant en scène Catherine Destivelle, d’un Benoît Aymon relatant Erard Loretan, d’un Sébastien Montaz Rosset à propos de Tancrède Melet et Kilian Jornet, ou plus récemment d’un Jimmy Chin portant à l’écran le solo démesuré d’Alex Honnold ?

Le troisième film de Chappaz sobrement titré Berhault, comme un dernier hommage au premier des deux Patrick à avoir quitté le fil.

De cela, nous pourrions discuter des heures pour aboutir à des réponses en forme de leurres. Alors pourquoi revenir aujourd’hui, 15 ans en arrière ? Point de date anniversaire. Simplement, au plan personnel j’ai souvent considéré que l’œuvre de Gilles Chappaz et notamment la trilogie Berhault avait compté pour beaucoup dans l’histoire du film de montagne, du film d’aventure en général. Pour le reste c’est une belle anecdote qui m’invite à livrer ces quelques lignes. Une anecdote comme un lien imperceptible entre la Montagne et l’Océan, une mélodie qui aurait traversé le pays. Dans les murs du conservatoire de musique et de danse de ma ville portuaire, j’ai rencontré hier sans savoir qui il était, Laurent Jacquier. Musicien, auteur, compositeur, interprète, Laurent a signé dans ses années Grenobloises les musiques originales des trois films de la saga, pour le compte de Gilles Chappaz. De ces musiques qui rythment un film. Les notes de Laurent Jacquier en accord avec le célèbre plan séquence tournée depuis l’hélico sur Patrick Berhault au sommet de la Verte, le 27 mars 2004 au soleil de midi. Un extrait de quelques secondes qui suffit à lancer une discussion qui pourrait durer des heures. Quinze ans après, de fil en aiguille mais à deux pas de l’océan, bien loin du sommet de la Verte, la mélodie Berhault se joue du temps qui passe.