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François Damilano trouve le temps et le réseau suffisants pour nous partager ses sentiments et impressions en expé, tout au bout du Népal. Alors que la marche d’approche étire le temps, il en profite pour effectuer un petit exercice : blind test et comptage de mules.

Nous les comptons. Un, deux, trois, quatre… douze, treize, quatorze. Dingue, c’est une caravane de quatorze mules (dunkeys) qui nous accompagne tout au long de notre voyage ! Aussitôt nous les baptisons une à une dans ce que nous pensons être leur ordre hiérarchique. Everest, K2… Ah, mais quel est le troisième plus haut sommet du monde ? Le jeu est lancé. Je distille parcimonieusement quelques indices. Kumari et Dipen¹ viennent à la rescousse et le baptême peut continuer. Jusqu’aux 8000 pakistanais. Où se place donc le Nanga Parbat ? Et les « petits » 8000 du Baltoro, quel ordre d’altitude ?

©Raphaëlle Damilano

François Daï, we have a problem !

Treizième mule, Gasherbrum II ; quatorzième, Shishapangma. Yes, nous les avons tous.

L’étape s’étire et le temps est orageux. Sous la chaleur suffoquante, nous poursuivons le blind test himalayen en situant chaque 8000 dans son pays, en recherchant la date de sa première ascension et si possible la nationalité des premiers summiters.

Occupation de marche. L’étape est longue parce que nous tentons de rattraper la journée d’hier. Il nous a fallu patienter au camp monté sur la rive de la Tarap Khola. Attendre justement deux mules en provenance de Dunaï avec la nourriture pour le troupeau de bêtes lui-même… Au moment du départ il y a 5 jours, nous ignorions qu’il manquait deux équidés à l’appel et les muletiers se sont bien empressé de ne pas nous partager l’information.

©Raphaëlle Damilano

Résultat des courses, hier soir, à la nuit tombante, Kumari m’interpelle timidement :

– François Daï, we have a problem !²

– ???

– Yes it miss two dunkeys. We have to stay one full day in the camp.

– ???

Et de m’expliquer le micmac de logistique népalaise et la nécessité que les mules retrouvées puissent nous rattraper. Quelle alternative avons-nous ? Momentanément le plus sage est d’obtempérer à la demande des dunkeymen et de leur faciliter la tâche. Leur travail nous est indispensable et leur bonne coopération nous sera précieuse au moment de traverser les montagnes hors des sentiers battus. Des cols à plus de 5500 m où l’habilité des bêtes et le savoir-faire de leurs propriétaires ne cessera de nous impressionner.

À nous de réfléchir à la réorganisation des prochaines étapes. Tenter deux journées en une ou bien laisser filer le temps ? Nous en avons encore, du temps. Luxe.

– François Daï, another question.³

– ??? Heu oui, quoi encore ?

– Breakfast tomorrow, at what time ?

– Heu…

1 : Dipen est notre sherpa leader. Absolument pas Sherpa puisque d’ethnie Mhagar.

2 : – François Daï, nous avons un problème !

– ???

– Oui, il manque deux mules. On doit rester un jour entier au camp.

– ???

3 : – François Daï, une autre question.

– ??? Heu oui, quoi encore ?

– Le petit-déjeuner demain, à quelle heure ?

– Heu…

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